Après douze semaines d’investigation dans les méandres du football et du golf, nous vous partageons désormais les dessous des cartes, avec le premier entretien intégral que nous avons réalisé. En fonction du sportif que nous interrogions, nous avons évidemment adapté le questionnaire au sport qu’il pratiquait entre le golf, le football ou le footgolf.

Le sujet B. est un golfeur amateur.
Quels sont les premiers stéréotypes qui vous viennent à l’esprit à l’évocation du golf ?

« Alors, je dirais que c’est un sport plutôt pratiqué par les classes sociales assez aisées. C’est un sport qui peut se pratiquer seulement si tu as déjà pris quelques cours, c’est-à-dire que, si tu es complètement débutant, tu ne peux pas arriver comme au basket ou au foot et jouer directement. C’est un sport qui n’est pas forcément accessible facilement dans la mesure où il faut avoir un terrain de golf et il n’y en a pas non plus énormément ».

Pour vous, dans le golf, les stéréotypes sont-ils liés à une non-connaissance du domaine et aux tarifs qui sont appliqués ?

« Oui, c’est ça. Et comme je t’ai dit, non-connaissance mais aussi manque de parcours de golf, il n’y en a pas assez. D’ailleurs, ça tombe bien que tu m’appelles aujourd’hui parce que je reviens tout juste du golf, je suis allé jouer cette après-midi et en fait j’ai fait 45 minutes de route pour y aller car le parcours le plus proche est à 45 minutes. Et c’est vrai que, aux frais qui existent déjà, il faut rajouter l’essence pour se déplacer et surtout avoir assez de temps pour le déplacement et la pratique. C’est minimum 4 heures une partie de golf ».

La place des femmes dans le golf évolue-t-elle selon vous ?

« Je pense qu’il n’y a pas réellement eu d’évolution de la place de la femme dans ce sport. Et cela parce qu’en fait, c’est un sport qui se pratique beaucoup en couple. Une femme n’ose pas venir seule, elle considère inconsciemment qu’elle ne doit pas déranger les hommes dans leurs temples, que ce temps qu’ils s’accordent entre eux est sacré. Ce que je dis n’est bien entendu pas explicite, c’est un ressenti que je peux avoir, après tu peux avoir certains hommes qui au contraire souhaitent faire rentrer sa femme dans son intimité, lui faire découvrir sa passion, ses amis, ça permet de passer un temps très agréable en couple. C’est ce qui me choque le plus, les rares évolutions que je peux observer de la femme dans le golf, c’est parce que son mari l’invite à pratiquer cette activité elle aussi ».

Du coup, est-ce-que de base le rapport homme pratiquant sur femme pratiquante était déséquilibré ?

« Non, je pense qu’au contraire, c’est un des sports où il y a une grande parité, qui souffre peu du déséquilibre homme/femme. Cette après-midi par exemple, j’ai vu autant de femmes que d’hommes sur le parcours ».

Le sport est-il un facteur de rapprochement social ou au contraire d’exclusion de certains ?

« Pour moi, ça dépend du sport, il y en a qui, lorsqu’ils sont accessibles à tous, notamment au niveau du budget, sont un facteur de rapprochement dans la mesure où des gens de tous les milieux se côtoient. En revanche, c’est vrai que ça peut aussi être un facteur d’exclusion parce qu’il y a des sports dans lesquels il faut forcément un budget minimum pour pouvoir pratiquer ».

Le golf est-il un facteur de rapprochement social ou au contraire d’exclusion de certains ?

« Franchement, je pense qu’il y a une volonté de la part de la Fédération Française de Golf mais, pour être honnête, les gens qui jouent au golf restent encore aujourd’hui des gens de catégories sociales plutôt aisées. Ça doit forcément exclure ceux qui ont moins de moyens, oui. Mais pour le coup, je ne sais pas si, de toute façon, les personnes moins aisées ont l’envie ou même l’idée de pratiquer le golf spontanément. Il y a presque une sorte de « tradition » du golf dans certains groupes qui n’existe pas dans d’autres ».

Avez-vous le sentiment d’un entre-soi lorsque que vous pratiquez le golf ?

« Clairement oui. Déjà, c’est toujours les mêmes personnes qu’on retrouve sur le parcours et ce sont souvent des gens qui se connaissent depuis longtemps, sont amis. Au niveau des professions, on retrouve beaucoup de professions libérales, des cadres, des patrons… C’est factuel, je pense qu’il y a des sports qui sont plus souvent pratiqués par certains groupes de personnes et d’autres par d’autres, c’est comme ça. Souvent, on joue au golf parce que notre famille y joue d’ailleurs, ça se transmet comme ça.

En revanche, si je peux rajouter quelque chose, c’est que ça varie beaucoup selon les pays. Parce qu’aux Etats-Unis par exemple, ils n’ont pas du tout le même rapport au golf que nous pouvons avoir en France. C’est beaucoup plus ouvert là-bas, plus démocratisé, moins cher et finalement c’est un sport qui est déjà plus « populaire » et assez commun ».

D’autres stéréotypes qui vous viendraient à l’esprit ?

« Au niveau des origines des personnes qui pratiquent, oui. C’est un peu bête de dire ça comme ça mais je n’ai personnellement jamais croisé personne d’origine africaine ou d’origine arabe sur un parcours.

Au niveau de l’âge aussi. En général, ceux qui pratiquent le golf ne sont pas très jeunes. Souvent des personnes à la retraite ou des quadra/quinquagénaires. Y voir des jeunes, c’est hyper rare encore.

Si je devais dresser le portrait-robot du joueur de golf :  il a environ 50/60 ans, d’origine occidentale, il a le temps et assez d’argent pour le pratiquer ».

Pourquoi est-ce qu’on n’arrive pas à dépasser tous les stéréotypes dont nous avons parlé ?

« Il y a deux choses. Déjà, du côté des gens qui n’ont pas l’habitude de pratiquer le golf, ils n’osent pas venir pratiquer car ils se disent que ce n’est pas pour eux, que ça coûte trop cher, etc… Et de celui des gens qui font du golf, peut-être – pas partout – qu’ils freinent l’arrivée de ces nouvelles personnes parce qu’ils voudraient rester entre eux. On peut un peu comparer ça avec les lycées privés en France avec les directions qui peuvent freiner ce processus et des familles qui n’osent pas y mettre leurs enfants ».

Et au niveau des tarifs pour pratiquer finalement ?

« Déjà, on doit payer sa licence à la Fédération, c’est une centaine d’euros ou un peu moins. Ensuite, il y a l’abonnement au parcours qui peut monter à 2000€/an ou alors à l’unité 33€ pour un parcours de 9 trous. Il y a aussi le matériel à acheter donc, selon les qualités, on peut avoir des premiers prix à 400€ pour un club mais ça peut monter beaucoup plus haut rapidement. Et le déplacement aussi…

Cela étant, la Fédération essaye de mettre en place des formules pour ouvrir la pratique à plus de gens avec des forfaits de 3 mois d’essai à prix réduit par exemple ».

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