Si aujourd’hui, le football et le golf semblent dissembler par bien des points, une analyse historique semble montrer que l’origine des deux disciplines est très ressemblante. Comment expliquer une telle dissemblance aujourd’hui, à tel point que le football est souvent surnommé « le sport du peuple » tandis que le golf prend le nom de « sport de l’élite », c’est ce que nous allons voir dans cette première partie de notre enquête.

Le golf, ou comment les élites ont pris la main sur leur sport

Des origines semblables au football

Des précurseurs…

Le golf partage avec le football de nombreux points communs dans ses jeunes années. De la même manière que l’on trouve au « people’s game » des ancêtres dans l’antiquité gréco-romaine, des jeux semblables au golf apparaissent dans la Grèce antique. Il s’agit alors, à l’aide de cannes, de botter une petite balle, soit dans des tous petits buts, soit dans des trous. On trouve ensuite au Moyen-Âge, notamment en France mais aussi dans ce qui deviendra les Dix-Sept Provinces et dans les régions germaniques des jeux dans le même esprit, notamment le « palemail » dans les régions les plus occidentales et du « kolf » ou « colve » dans les régions orientales de la zone. Si l’on quitte l’Europe, on retrouve dans la Chine du onzième et douzième siècle un jeu qui s’approche très fortement du golf moderne, le « chuiwan », et qui est pratiqué notamment par l’Empereur Xuande (Liponski, 2003).

Mais le golf moderne naît finalement un peu plus tôt que le football, mais à peu près dans la même zone géographique. A partir du quatorzième siècle, dans les futurs Pays-Bas, on retrouve un sport extrêmement proche du golf moderne – que les autorités, à l’instar du « foteball » en Grande-Bretagne, essayent de combattre à cause des troubles à l’ordre public qu’il induit. Le sport reste néanmoins plutôt cantonné à des zones géographiques très restreintes jusqu’au quinzième siècle, avant de connaître une immense vague de popularité à partir du milieu du siècle. Les premiers parcours sont construits, et le golf se diffuse dans toute la Hollande jusqu’au milieu du dix-septième siècle. Là, le golf fait face à un énorme obstacle ; double. Les vêtements à la mode empêchent plus ou moins de jouer aisément au golf, mais surtout, le jeu est surpassé par les jeux plus intellectuels et d’intérieurs (Gillmeister, 2002).

Aux formes modernes

Cependant, le renouveau va venir de la mer. Un peu comme le football, qui a connu son immense popularité mondiale grâce aux convois maritimes, le golf va voir le jour en Europe grâce aux échanges énormes dans le détroit de la Manche. Mais ce ne sont pas les populations ouvrières de Londres, Liverpool, Manchester ou bien encore Newcastle qui vont être touchées par le golf. Les conditions matérielles des ouvriers dans ces régions sont en effet beaucoup trop précaires pour envisager un sport aussi chronophage et qui demande, bon an mal an, à la fois un espace de jeu assez important et un matériel tout aussi imposant. C’est dans l’Écosse du début du dix-septième siècle que le golf renaît de ses cendres (Gillmeister, 2002).

Un sport originellement très élitiste

Popularisé par les marins hollandais, il ne s’étend cependant pas dans tout le pays, et reste cantonné à la côte est. Surtout, c’est véritablement au tournant du dix-septième que le golf devient le sport des élites, et devient très élitiste. En effet, l’Écosse est à cette époque fortement peuplée de loges maçonniques, qui ne sont pas encore unifiées par la grande loge d’Écosse qui ne verra le jour qu’en 1736. Les loges, indépendantes et diversifiées, sont l’expression d’élites très localisées, et accaparent le golf.

Comme ailleurs dans le monde, la franc-maçonnerie écossaise est très secrète et est très élitiste. Elle ne cherche donc pas à partager ses pratiques. Et le jeu, tombé dans les mains des francs-maçons, n’est surtout pas accordé aux femmes. En effet, la mixité dans les loges maçonniques est même aujourd’hui quelque chose de très contesté. Et dans l’Écosse du dix-septième et dix-huitième siècle, elle n’est pas vraiment à l’ordre du jour (R., 2005).

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)