Tour du Monde, c’est le meilleur moyen d’enrichir sa culture footballistique et de briller lors des dîners en ville. Aujourd’hui, l’avion de la compagnie prend la direction de l’Europe et de la frontière franco-espagnole. Allez, attachez vos ceintures, éteignez vos mégots, et partons ensemble à la découverte d’Ildefons Lima, une légende du football andorran.

« Virtus Unita Fortior »

La principauté d’Andorre n’est pas exactement connue pour son football. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que Tour du Monde s’intéresse aujourd’hui à un des plus grands joueurs, si ce n’est le plus grand, de l’histoire du football national. Mais avant d’aller plus loin, et de parler de la vie et de l’œuvre d’Ildefons Lima, remontons en 780. Alors que Charlemagne règne en maître sur le royaume des Francs, une charte est accordée à la ville d’Andorre, pour la récompenser de son courage face au Maures. Mais c’est en 1278 qu’il faut remonter pour que le système politique actuel voie le jour. Un contrat de paréage, c’est-à-dire, grossièrement, de co-gouvernement, est conclu entre l’évêque d’Urgell et le comte de Foix.

Par l’intermédiaire des rois de Navarre, et notamment d’Henri III de Navarre, qui deviendra le futur Henri IV, le comte de Foix cède sa part du paréage au roi de France. En 1607, le roi français et l’évêque d’Urgell sont officiellement coprinces d’Andorre. L’autonomie du pays perdurera – sauf un bref interlude français pendant la période Napoléonienne. Le pays restera relativement anecdotique durant les siècles suivants. Et ce jusqu’au milieu du vingtième siècle, où elle deviendra la plaque tournante de la fuite des militaires polonais, des français cherchant à rejoindre l’Angleterre et des juifs fuyant la France et l’Allemagne… avant de tourner casaque et de devenir le refuge des nazis et des collaborateurs tentant de passer en Espagne franquiste.

Pour l’anecdote, Andorre ne signera la paix de la première guerre mondiale avec l’Allemagne qu’en 1958. En effet, Andorre n’avait pas été invitée à Versailles. Le pays se développe peu à peu dans la deuxième moitié du siècle grâce à ses avantages fiscaux.

Le football en retrait

Mais le football, de son côté, reste bien en retrait. Contrairement à d’autres petits États d’Europe comme Saint-Marin, aucune politique pour le développement du football local n’est mis en place. En effet, ce n’est pas vraiment la préoccupation des coprinces, le président français et toujours ce bon vieil évêque d’Urgell. C’est dans le contexte d’un football andorran qui ne participe pas aux compétitions internationales qu’Ildefons Lima Solà voit le jour le 10 décembre 1979.

Son apprentissage du football se fait aux côtés de son frère Antoni, qui est un des deux seuls joueurs andorrans à avoir évolué en Liga espagnole (deux matchs pour Antoni Lima avec l’Espanyol de Barcelone, un match pour Jesús Lucendo avec le FC Barcelone). Logiquement, comme son frère, et notamment du fait de leur grande taille, un mètre quatre-vingt-onze chacun, Ildefons Lima est défenseur central. Mais si Toni Lima passe l’intégralité de sa carrière à l’étranger, ce n’est pas le cas d’Ildefons, qui commence en professionnels avec le FC Andorra en 1997.  La même année, il est appelé pour la première fois en sélection andorrane. Il ne le sait pas encore, mais l’histoire est en marche.

Car pour sa toute première avec Andorre, Ildefons Lima marque son premier but contre l’Estonie lors d’une défaite 4-1 en amical. La scène est rare et incroyable. En effet, marquer un but avec Andorre est chose rare : le pays n’inscrit son premier but en compétition officielle qu’en 1998. Ildefons s’impose comme un titulaire indiscutable dans le onze de son club. Tout comme dans celui de la sélection. Au point qu’en 1999 l’Espanyol de Barcelone lui fait intégrer son équipe réserve. L’expérience ne sera pas vraiment concluante… et Lima prendra la direction de l’UE Sant Andreu en 2000.

Vent en poupe

Dans le même temps, il marque son deuxième but en sélection, puis son troisième. Après un an sous le maillot de l’UE, Ildefons Lima tente sa première expérience à l’étranger. Il rejoint l’Ionikos Le Pirée, en première division grecque. Après six mois où il ne jouera pas le moindre match, il passe au Mexique. Là, il signe pour le CF Pachuca. Trois matchs au compteur, un petit but, et le voilà qui retourne en Espagne à Las Palmas. En une saison, il s’impose plus ou moins et fait valoir ses qualités dans les airs. Après un court passage au Poli Ejido de neuf mois où il ne joue que deux matchs, il porte pendant la saison 2004-2005 les couleurs du Rayo Vallecano. Ildefons Lima est titulaire indiscutable au Rayo. Mais l’étranger l’attire à nouveau. Logiquement, il rejoint l’US Triestina Calcio en 2005.

Ildefons Lima se sent bien à Triestina, et reste près de quatre saisons en Italie, avant de signer un contrat avec l’AC Bellinzone en 2009. Un contrat qui prendra fin en 2011 pour revenir à Triestina le temps d’un exercice footballistique. En 2012, Ildefons Lima fait son retour en grande star dans son club formateur. En effet, non content d’être devenu polyglotte, Ildefons Lima est désormais le tireur attitré des pénaltys de la sélection andorrane.

Et en plus de son habileté sur coups de pieds arrêtés, le capitaine de la sélection est donc le buteur attitré de la principauté. Et ce qui devait arriver arriva. Ildefons Lima s’échappe au classement des meilleurs buteurs de la sélection andorrane. Avec onze buts en cent-dix-neufs capes, le capitaine d’Andorre est très largement le meilleur buteur du pays. Loin devant Óscar Sonejee, quatre buts en cent-six matchs malgré son poste de milieu de terrain. Aujourd’hui à l’Inter Club d’Escaldes après quatre ans au FC Santa Coloma, Ildefons Lima, bientôt quarante ans, est une valeur sûre du championnat andorran.

Retrouvez les précédents épisodes de Tour du Monde en cliquant sur les liens ci-dessous :
  1. Équipe Nationale du Lazistan
  2. Équipe de France de football de deuxième division
  3. Équipe Nationale du Sahara Occidental
  4. Abahani Limited Dhaka
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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)