Si aujourd’hui, le football et le golf semblent dissembler par bien des points, une analyse historique semble montrer que l’origine des deux disciplines est très ressemblante. Comment expliquer une telle dissemblance aujourd’hui, à tel point que le football est souvent surnommé « le sport du peuple » tandis que le golf prend le nom de « sport de l’élite », c’est ce que nous allons voir dans cette première partie de notre enquête.

Le football, ou comment le sport de l’élite est devenu le sport du peuple

Une codification au sein des grands collèges britanniques

A Eton…

Après avoir connu des variations à travers le monde, le jeu de ballon va peu à peu se fixer et se codifier en Angleterre. En 1747, à Eton, une des Public Schools les plus prestigieuses d’Angleterre, va se disputer une partie de « folk football », littéralement le football du peuple, et qui est une variante extrêmement codifiée et beaucoup moins violente du calcio florentin. Deux ans plus tard, on assiste à Westminster, une Public School très prestigieuse aussi, à une partie de « folk football ». Néanmoins, le jeu ne fait pas encore l’unanimité dans les Public Schools, où il est encore considéré comme un peu dégradant.

Afin de laver le football de son passé très populeux, les grands collèges britanniques vont donc très largement ajouter leur propre note au football, et le transformer en un sport de gentlemen. C’est encore une fois à Eton qu’il faut venir chercher les sources du football moderne. A l’époque, la cour où se pratique le sport est garnie de terre et de cailloux, et les chutes sont particulièrement dangereuses. Alors afin d’éviter les contusions sur les fragiles corps des jeunes garçons de la société britannique, le sport est peu à peu modifié. Cela n’a pas encore grand-chose à voir avec le football moderne, mais l’on commence à trouver des marques. Sous la direction d’un arbitre, souvent à cheval, deux équipes se disputent plus ou moins violemment une balle qui roule sur le sol et tentent de la pousser dans un but.

Et à Rugby…

En 1846, la Rugby School publie les premières règles du football, qui sont cela dit assez floues et qui autorisent l’usage des mains mais aussi les placages. En effet, le terrain de Rugby est garni d’un gazon moelleux, et les chocs sont donc beaucoup moins dangereux. Trois ans après, piqués dans leur orgueil, les jeunes gens d’Eton vont eux aussi publier leurs propres règles, et donner naissance au « dribbling game ».

C’est là que naît l’opposition fondamentale entre deux footballs : le football de Rugby et de quelques collèges gallois et écossais ; et le football d’Eton, qui sera bientôt rejointe par d’autres écoles de son rang. Le premier devient le « football rugby » – le rugby moderne –, quand le second prend le nom de « football association » – le football moderne (Fabre, 2007). Ainsi, à Eaton par exemple, le “Wall Game” est conçu pour répondre à la taille de l’enceinte du collège. Peu de matchs inter-collèges sont recensés dans les premières années du football. En 1860, la première rencontre entre les collèges de Malborough et de Rugby a lieu. Les règles sont extrêmement éloignées de ce que l’on connaît aujourd’hui. Petit à petit, une codification va avoir lieu, et les différentes écoles vont harmoniser leurs règles.

Le football et le rugby dérogent alors à l’adage qui veut que « le football soit un sport de gentlemen joué par des voyous et le rugby un sport de voyous joué par des gentlemen ». Non, les deux sports sont des sports de gentlemen pratiqués par des gentlemen. Et ils entendent bien le faire rester. Ils y parviendront pendant encore quelques décennies avec le rugby, qui s’épanouira dans les communautés étudiantes d’abord anglaises. Mais les gentlemen des bonnes écoles britanniques échoueront complètement pour le football.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)