Si aujourd’hui, le football et le golf semblent dissembler par bien des points, une analyse historique semble montrer que l’origine des deux disciplines est très ressemblante. Comment expliquer une telle dissemblance aujourd’hui, à tel point que le football est souvent surnommé « le sport du peuple » tandis que le golf prend le nom de « sport de l’élite », c’est ce que nous allons voir dans cette première partie de notre enquête.

Le golf, ou comment les élites ont pris la main sur leur sport

Ou sont les femmes ?

Elite sociale

Les femmes sont donc exclues, et le golf est réservé à une élite sociale, dans laquelle on rentre par cooptation des membres. Cela explique de nombreux mécanismes dans la construction du sport : le golf se construit sur un élitisme social, et sur une codification absolue, qui voit le jour dès 1744 avec les treize règles du Royal and Ancient Golf Club of Saint Andrews (RANDA, 2019).

Ces treize règles, plus quelques modifications, sont d’ailleurs les règles toujours en vigueur. A ce moment-là, le golf est encore cantonné à l’est de l’Écosse plus la Hollande où il est perte de vitesse. Et à cause de cet élitisme, le golf va mettre un temps infini à se diffuser. Pour preuve, à l’ouest du pays, le premier parcours ne s’ouvre qu’en 1848 seulement. En Angleterre, pourtant voisine, il faut attendre 1864 pour l’ouverture du premier terrain de golf. La France ne sera pas beaucoup mieux touchée : Pau accueille certes un parcours en 1856, mais il s’agit du seul en France pendant plusieurs décennies.

A travers le monde, le golf est très fortement attaché aux possessions britanniques où s’installent les riches colons. Les terrains de golf coûtent très cher à entretenir et à bâtir : seules les grandes fortunes de la haute bourgeoisie parviennent à devenir membre d’une association. Il y a donc une discrimination financière dès les origines du sport (Adams & Rooney, 1985).

Masculinité

Les femmes ne sont pas beaucoup mieux loties que les plus pauvres. En témoigne une étymologie longtemps attribuée au mot « golf », bien que rejetée unanimement aujourd’hui et plus probablement construite par rétroacronymie. Dans cette étymologie, « golf » devient donc « G.O.L.F. », et l’acronyme de « Gentlemen Only, Ladies Forbidden ». Même si elle n’a pas de réalité historique, elle témoigne bien de la manière dont le golf est perçu au sein de la société. Et certains éléments historiques viennent même plaider en faveur de cette perception. Ainsi, pendant tout le dix-neuvième siècle et le début du vingtième, le golf royal de St. Georges arbore sur son parking un écriteau évocateur : « Ni chiens, ni femmes » (BBC, 2015).

Pendant toute son enfance, le golf n’est donc pas du tout ouvert d’esprit. La cooptation mise en place par les francs-maçons en Écosse s’est diffusée dans tous les terrains. Quand elle n’est pas sociale – pour diverses raisons –, la barrière devient économique, en raison de la hauteur des frais d’inscription à un club de golf et du prix du matériel. Et si l’on remplit les deux premières conditions, jusqu’à l’après-seconde guerre mondiale, il vaut mieux ne pas être une femme, au risque d’être boutée hors des terrains les plus prestigieux. En 1850, une femme désargentée et non intégrée dans les cercles sociaux a à peine plus de chances d’intégrer un club de golf que de commander les armées françaises ou britanniques.

Un manque d’ouverture d’esprit

Persistance de comportements

Si la cooptation sociale de la franc-maçonnerie semble avoir plus ou moins disparue, on assiste néanmoins à une persistance de comportements élitistes. C’est ce que nous avons pu évoquer avec le sujet A. A. est salarié en Middle Office dans un grand groupe bancaire français, et joue au golf depuis désormais six ans. Il a découvert le golf lors d’un afterwork organisé par ses supérieurs hiérarchiques qui avaient l’habitude de se réunir après le travail ou en fin de semaine autour d’un putter et autres clubs. Lorsque l’on évoque avec lui les stéréotypes pesant sur le golf, sa réponse est laconique : ce sport ne s’est pas débarrassé de ses anciennes habitudes.

« C’est un sport de riches et uniquement pour mecs. C’est ce que mon entourage ne cesse de me faire remarquer pour me taquiner, surtout mes amis. J’avais moi-même ce sentiment lorsque j’ai rejoint mes collègues pour leur faire plaisir. Je n’avais d’ailleurs pas osé leur demander les tarifs pour jouer, j’étais juste invité grâce à une séance gratuite lors d’un afterwork. »

Quelques familles…

Ce sentiment de ne pas être à sa place est fortement accentué par le fait que les golfeurs fassent souvent partie d’une même famille. C’est en tout cas ce qu’affirme notre sujet B., dont les parents sont eux-mêmes golfeurs et qui est tombé sur le green étant petit. Après avoir tenté d’éluder une quelconque discrimination volontaire de la part de la fédération, il revient sur ses propos et n’hésite pas à parler de « tradition du golf ».

« Les gens qui jouent au golf restent encore aujourd’hui des gens de catégories sociales plutôt aisées. Ça doit forcément exclure ceux qui ont moins de moyens, oui. Mais pour le coup, je ne sais pas si, de toute façon, les personnes moins aisées ont l’envie ou même l’idée de pratiquer le golf spontanément. Il y a presque une sorte de « tradition » du golf dans certains groupes qui n’existe pas dans d’autres ».

Contrairement au football, le golf ne semble donc pas avoir réussi à se débarrasser de ses origines élitistes, et semble encore être en proie à une certaine frange de la société.

Retrouvez les premiers épisodes ci-dessous !

 

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)