Si Tour du Monde a pour vocation de parler du football du monde entier, surtout celui qui n’est pas couvert par la presse internationale, certaines destinations sont plus prisées que d’autres. Parmi les lieux privilégiés de la série, la Corée du Nord. Le petit pays idyllique gouverné par Kim Jong-un est en effet un lieu où le football a la part belle. Car pour le gouvernement local, le sport est une opportunité de rayonner sur la scène internationale. Alors dans ce nouvel épisode de la série, le cinquante-et-unième, repartons en Corée du Nord. Enfin, non, pas vraiment. Partons à la découverte du Football Club Korea, FC Korea pour les intimes.

Unification

Le projet du FC Korea est tout simple : unifier la Corée. Rien de bien novateur jusque là. Certes, le champ de travail est vaste, et c’est d’ailleurs pour cela que le FC Korea ne s’occupe que du champ footballistique. Tout commence en 1961 quand des membres de l’association générale des coréens résidant au Japon, plus connue localement sous le terme de Chongryon et qui est de facto l’ambassade de Corée du Nord au Japon, décident de créer un club de foot. L’équipe, sévèrement chapeautée par la Korea University – un programme d’étude nord-coréen au Japon -, voit le jour sous le nom de Zainichi Chosen Football Club. « Zainichi » est le terme utilisé pour les nord-coréens ne vivant pas en Corée du Nord. Chosen, de son côté, est la traduction anglaise du terme « Chosŏn », qui signifie en nord-coréen « Corée », sans distinction. Littéralement, le club est donc celui des nord-coréens exilés.

La région de Kanto, où se situe le FC Korea
La région de Kanto, où se situe le FC Korea

Si les quarante premières années d’existence du club se contentent de réunir les nord-coréens, tout change en 2002. En effet, à la suite de la révélation publique de plusieurs enlèvements de citoyens japonais d’origine nord-coréenne commis dans les années 1977-1983, les dirigeants du Zainichi Chosen Football Club coupent leurs liens avec le Chongryon. Et, de fait, avec la Corée du Nord. Le club devient alors le Football Club Korea, et change de politique de recrutement. Au revoir la sélection unique de nord-coréens, et bienvenu les sud-coréens. Le club se veut donc représentatif de la diversité culturelle de toute la Corée.

Un nouveau blason est adopté, représentant la Corée dans son ensemble. Le nom du club, largement anglicisé, est aussi un symbole de cette ouverture vers le monde. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette politique est un succès. En 2008, le FC Korea a gagné sa promotion en Kanto Second Division. Deux ans, plus tard, le FCK s’est hissé en Kanto First Divison (*).

Un projet

Mais mettre en place une équipe unifiée de Corée pour une compétition n’est pas exactement quelque chose de nouveau. Le projet voit réellement le jour en 1989, quand, en prévision des Jeux Asiatiques l’année suivante, les deux Corées se rencontrent pour mettre en place une équipe unifiée. Cela tombera à l’eau, mais pas grave, les bases sont posées. Un drapeau de la Corée Unifiée est dessiné. Et, en 1991, la première équipe de Corée Unifiée voit le jour… en tennis de table, pour les championnats du monde. La même année, le football est aussi à l’honneur. Lors de la Coupe du Monde U20 au Portugal, l’équipe de Corée Unifiée termine quart-de-finaliste. Mais cela s’arrête brusquement… jusqu’à réapparaître en 2000, aux Olympiades de Sidney. Si elles concourent séparément, les deux Corées défilent ensemble.

Le drapeau de la Corée Unifiée
Le drapeau de la Corée Unifiée

Quatre ans plus tard à Athènes, c’est également le cas. Mais la Chine, en 2008, met son grain de sel et sépare les deux équipes nationales. Pas grave, ce n’est que partie remise. Car en 2018, à Pyeongchang, dans le cadre des Jeux Olympiques d’hiver, les deux Corées sont réunies. Et pas seulement pour le défilé. En effet, une équipe unifiée de hockey sur glace féminin dispute la compétition. La même année, c’est au tour du judo de se planter en étendard. L’équipe mixte unifiée de judo décroche la médaille de bronze des championnats du monde. Et en 2019, le handball est également porte-étendard de l’unification de la Corée. Dans le cadre des championnats du monde masculin, la Corée du Sud laisse en effet sa place à une équipe unifiée. Le comité organisateur se montre très favorable, et augmente même la limite de joueurs sélectionnés pour cette équipe.

FC Korea International

Mais ce qui rend le FC Korea si exceptionnel, c’est que c’est un club de football qui a participé à une Coupe du Monde d’équipes nationales. Enfin, nationales, pas tout à fait. En effet, en 2015, les dirigeants du FC Korea se sont engagés dans une initiative de grande ampleur. Ils ont fondés l’UKFAJ, l’United Korean FA in Japan, afin de rendre la diaspora coréenne visible. Et l’UKFAJ a rejoint la ConIFA, la confédération des équipes nationales non-officielles au mois de novembre de la même année. Si l’équipe nationale de l’UKFAJ est sensée être distincte du FC Korea, ce n’est pas le cas dans les faits. En effet, en 2016, l’équipe s’est qualifiée pour la ConIFA World Cup… avec une ossature à 95 % composée de joueurs du FC Korea. Au cours de cette Coupe du Monde, la Corée Unifiée au Japon est parvenue à arracher les huitièmes-de-finale.

Non content de cette participation à une Coupe du Monde, le FC Korea est plein de projets d’avenirs. Parmi eux, l’accession en première division japonaise. Mais avant d’arriver en J. League, beaucoup de travail reste à fournir. Car les clubs dans la région de Kanto fourmillent, et accéder au plus haut niveau n’est pas vraiment évident. En outre, les réglementations ne vont pas vraiment dans le sens du FC Korea. Par exemple, la première division japonaise requiert un nombre important de joueurs possédant la nationalité japonaise… ce qui n’est pas le cas de nombreux immigrés coréens, n’ayant pas encore la nationalité. Alors, en attendant, le FC Korea se contente des divisions inférieures du championnat japonais… et de disputer des Coupes du Monde.

(*) La Kanto Soccer League correspond à la cinquième et à la sixième division japonaise dans la région de Kanto. Le FC Korea évolue donc dans l’équivalent français de la Nationale 3.

 

Retrouvez nos précédents épisodes de Tour du Monde en cliquant sur les liens ci-dessous :
A propos NSOL 688 Articles
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)