Qu’est-ce que le football ? Un sport pratiqué par des milliers. Peut-être le jeu le plus populaire de l’histoire de l’humanité. L’affrontement de deux équipes d’onze personnes, avec un ballon comme seul arme. Mais surtout, un spectacle hors du commun.

Chorégraphie

Le football est un spectacle chorégraphié de son entame à sa dernière seconde. Tout est parfaitement calibré. Dans les tribunes, les supporters doivent jouer leur rôle. Supporter leur équipe, huer les adversaires. Et les dirigeants, eux, doivent se tenir digne, symboles de la grandeur de leur club. De son côté, l’arbitre est comme le chef d’orchestre, à la seule différence que sa baguette est remplacée par un sifflet. Et ses partitions par des cartons rouges et jaunes. Les préparateurs physiques agissent comme des maquilleurs en coulisses, prêts à prodiguer leurs derniers massages et à rendre leurs joueurs les plus performants possibles. Et les entraîneurs sont comme les deux ailes d’un chœur, prêtes à se rendre coup pour coup. Chanter plus fort et danser plus haut.

Mais c’est quand ils rentrent sur le terrain que la chorégraphie se lance vraiment. Les joueurs. Dans leurs déguisements aux couleurs de leurs factions, ils apparaissent comme rentre un soliste sur la scène. Et avec leurs pieds et leurs mains, ils vont produire un spectacle entièrement nouveau. Un spectacle qu’aucun n’aurait pu exactement imaginer, que personne ne peut exactement reproduire. S’en approcher, au mieux, par instant. Mais jamais rien ne se passe d’exactement, parfaitement, complètement identique. Car c’est bien là le propre de la chorégraphie footballistique. Offrir un spectacle unique. Et de la même façon qu’un spectacle de danse est encore plus beau vu depuis le public, un match de football offre bien plus depuis les tribunes. Les odeurs. Les bruits. Les mouvements de foule. Tout est partie de la chorégraphie. Même le silences après un but glaçant est encore du football.

Jeu bon

Que serait le football s’il n’était pas un spectacle ? Un sport comme les autres, peut-être. Que seuls les athlètes regarderaient, pour se comparer, pour s’impressionner. Comme l’on regarde de l’haltérophilie, sûrement. Mais voilà. Les hommes font que le football est un spectacle unique. Où entrent en scène tour à tour des magiciens, des esthètes, des méchants. L’unique El Trinche Felipe Carlovich, l’éternel enfant Diego Armando Maradona, le génial Mané Garrincha dans la première catégorie. Le roi Pelé, “Császár” Flórián Albert, ou bien encore Kazimierz Deyna dans la deuxième. Et puis ces défenseurs, si utiles et pourtant si destructeurs. Renzo De Vecchi, Domingos da Guia, Paolo Maldini…

Tant de noms viennent remplir le carnet du football qu’une énumération ressemblerait davantage à une course sans fin qu’à une récitation. Tous ces hommes ont fait du football ce qu’il est aujourd’hui. Un spectacle continu, éternel, où il n’y a ni gentils, ni vilains, mais que des semi-héros. Car ils ne sont que des hommes, après tout. Et ils ne peuvent pas lutter contre le temps, contre ses affronts. Ils ne peuvent pas non plus toujours tout faire bien, et toujours tout faire ressembler à des films en noir et blanc où le héros embrasse sa dulcinée en scène finale.

Les footballeurs ne sont que des hommes. Ils font avec un ballon ce qu’ils ont appris à faire. Comme l’on dresse une otarie pour aller faire rebondir la balle sur le bout de son nez. Et quand le temps passe, ils sont toujours là, les souvenirs de ce spectacle unique. Les acteurs s’en vont, d’autres naissent. Mais l’héritage, les souvenirs, eux, restent. Pour toujours, la légende s’écrit dans le marbre. Dans les colisées modernes, l’Homme crée des spectacles pour tuer le temps, mais le marque à jamais. Et c’est le football.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)