On vous l’avait promis il y a quelques semaines. Et c’est désormais chose faite : un épisode de « Tour du Monde » sur le fantasque Fandi Ahmad. Trêve de bavardages et de plaisanteries, passons au sujet du jour. Allez, attachez vos ceintures, éteignez vos mégots, car voici l’aventure de Fandi Ahmad !

Exceptionnellement, cet épisode de Tour du Monde sera en deux parties. Aujourd’hui, première partie avec la carrière en club de Fandi Ahmad.

 

L’obsession

Fandi Ahmad, de son nom de naissance Fandi bin Ahmad, voit le jour dans la petite cité-État de Singapour, le 29 mai 1962. Il ne mesure pas encore 1 mètre 76, et n’est pas encore connu de tous, mais déjà son destin est marqué. Dès sa plus tendre enfance, il passe son temps à jouer au ballon. Dans le deux pièces familial, non loin de l’hôpital Woodbridge, il casse tous les vases que sa mère dispose sur les meubles. Son père, Ahmad Wartam, était alors gardien de but de l’équipe nationale. Et pourtant, Fandi et les siens ne sont pas riches. Pour boucler ses fins de mois, et se faire un peu d’argent de poche, il vend dans la rue du Nasi Lemak – un repas traditionnel à base de piment et de noix de coco.

Fandi commence tout naturellement à disputer des parties de football, au poste de gardien de but. Mais un de ses professeurs le conseille de passer au milieu de terrain. Sa vie est perturbée quand à douze ans, ses parents divorcent. Il choisit le football et son père. Son premier club est le Serangoon Gardens Secondary School Football Team, une équipe scolaire. Mais Fandi Ahmad a un peu tendance à négliger ses études. Alors, comme beaucoup, il redouble. Son talent éclate quand même au grand jour. C’est quand il passe au Vocational Institute de Singapour qu’il devient véritablement footballeur. En effet, il reçoit un certificat de transfert de niveau 3. Et parallèlement à cet INF de Clairefontaine local, il évolue en amateurs au sein du Kaki Bukit FC. C’est au coach du Singapour FA qu’il doit la signature de son premier contrat professionnel, en 1979.

 

Se battre

C’est donc au milieu du terrain du Singapour FA qu’il débute. Il marque quatre buts pour sa première saison, en Malaysia Cup. Aidé par la retraite d’Arshadd Khamis et de Dollah Kassim et l’arrivée de Jita Singh en tant qu’entraîneur de l’équipe, Fandi Ahmad monte d’un cran, et devient numéro neuf. Alors, en 1980, il fait parler son talent face au but, face au gardien. Et marque à huit reprises au cours de l’épopée en coupe. Dont notamment un but fantastique en finale, contre le Selangor FA, qui permet au Singapour FA d’emporter le titre.

L’aventure aurait pu s’arrêter là. Car le service national va le rattraper en septembre 1980. Mais, heureusement, le monde est bien fait. Comme des dizaines de footballeurs et de sportifs avant lui, Fandi Ahmad va bénéficier d’un allégement des contraintes. Même si ce n’est pas forcément plus sympathique que d’avoir un pantalon trop court, un fusil et un calot, il est autorisé à n’avoir qu’à récolter les déchets du camps et d’autres menus services comme celui-ci. Et peut donc continuer à prodiguer ses talents au Singapour FA. Et heureusement pour lui. Parce qu’en 1981, il gagne le titre de meilleur joueur de l’année.

Une performance qu’il ne pourra pas réitérer la saison suivante. Vous connaissez sans doute la situation politique tendue entre l’État de Singapour et la Malaisie. Eh bien, en 1982, il y a un regain de tension. Et donc le Singapour FA ne peut pas participer à la coupe de Malaisie. Fandi Ahmad en profite donc pour se faire opérer de l’épaule. Ceci lui permet également d’être réformé plus tôt du service militaire. Un mal pour un bien, en quelques sortes : six semaines de convalescence valent bien une quille avancée.

 

Si souvent…

Après avoir trahi l’armée, Fandi Ahmad va « trahir » le Singapour FA. En, effet, il est invité par le Selangor FA à participer avec eux à un match amical contre le Boca Juniors. Et il accepte. Heureusement pour le Selangor, puisque c’est lui qui inscrit le seul but de la défaite 2-1. Ce match attire sur lui les convoitises du football mondial. Les indonésiens du Niac Mitra, les suisses du Young Boys de Berne et surtout les néerlandais de l’Ajax s’intéressent à lui. Ces derniers lui proposent même un contrat de trois ans. Mais Fandi préfère rester dans la région, et signe pour une saison avec le Niac Mitra. Bien lui en prend, puisqu’il remporte la Galatama League – le championnat – et finit troisième meilleur buteur avec treize réalisations. Cerise sur le gâteau, il marque contre Arsenal lors d’une victoire 2-0 en amical. Mais des restrictions sur les joueurs étrangers le force à quitter l’Indonésie.

C’est donc bien vers les Pays-Bas qu’il fait route. Mais nul Ajax d’Amsterdam sur son chemin. En effet, c’est au FC Groningue qu’il paraphe un contrat de deux saisons. Malheureusement pour lui, son début hors d’Asie est compliquée. Lors du premier amical, il se blesse et reste absent pendant plus de trois mois. Pour son retour en première division, il marque un doublé contre les Go Ahead Eagles. Quelques jours plus tard, il marque contre l’Inter de Milan en coupe de l’UEFA. Avec dix buts en vingt-neuf apparitions, le milieu de terrain est élu MVP de l’équipe. Sa seconde saison est perturbée par les blessures, et il ne marque pas. Avec seulement deux matchs au compteur au cours de la saison, celui que l’on envoyait la saison précédente à Manchester United ne voit pas son contrat renouvelé.

 

Remonter…

Fandi Ahmad remet le cap sur l’Asie du sud, et vers la Malaisie. Il signe au Kuala Lumpur à l’été. Avec le club, il reporte en 1987 la coupe du Malaisie, et en 1988 réalise le doublé. Surtout, il finit meilleur buteur du championnat avec vingt-et-une réalisations. Après un troisième titre en coupe, il quitte à nouveau l’Asie pour l’Europe. C’est l’OFI Crète qui l’accueille en 1990. Mais des problèmes liés à son transfert l’empêchent d’y évoluer, et, deux mois plus tard, il quitte à nouveau l’Europe pour la Malaisie.

C’est cette fois-ci le Pahang FA qui bénéficie de ses services. Fandi Ahmad quitte la pointe de l’attaque et redescend au milieu de terrain. De nombreuses blessures viennent freiner son expansion, mais il parvient quand même à marquer trois buts en coupe – qu’il remportera à nouveau. Il réalise le doublé en 1992. Il devient cette année-là le premier joueur de football de Singapour à devenir millionnaire en dollars de Singapour.

Fandi Ahmad, amoindri, signe au Singapour FA la saison suivante. Son club formateur vient d’être relégué en deuxième division. Il parvient à faire remonter le club en première division au terme d’une saison folle où il joue un rôle primordial. En 1993, Singapour retrouve donc la première division. Il aide ses coéquipiers à atteindre la finale de la Coupe de Malaisie puis à finir champion en 1994. Nommé capitaine, il finit meilleur buteur avec 26 buts en 39 rencontres.

 

La fin

Pour sa saison exceptionnelle, Fandi Ahmad est nommé meilleur joueur de la saison. Mais surtout, il est fait officier de la médaille du service public de Singapour, la Pingat Bakti Masyarakat. Cette médaille, en argent, d’une forme de petite rose aux bords ondulés, au ruban gris et rouge, Fandi Ahmad la gagne pour services rendus à l’État de Singapour. Et il pourra la saison suivante participer au premier championnat professionnel de Singapour, la S. League 1996. Fandi quitte donc le Singapour FA, et rejoint le Geylang International FC. Et son niveau reste bon :  il finit co-meilleur buteur avec onze réalisations, dont le but du titre.

L’AFC ne peut rester indifférente, et lui donne donc le trophée de joueur asiatique du mois de juin 1996. En plus de cela, le Geylang IFC obtient une dérogation pour le payer trois fois mieux que le salaire maximum autorisé du championnat.

Sa carrière en club prend fin après trois saisons dans un club au doux nom, le Singapour Armed Forces Football Club. Il y remporte deux championnats et autant de coupes de Singapour, venant enrichir un palmarès déjà bien garni. Cependant, il n’y joue plus un rôle majeur. Miné par les blessures, il se cantonne à un rôle de supersub, comme contre les Dauphins Royaux du Cambodge en Asian Club Championship. A l’issue de cette saison 1998-1999, Fandi Ahmad prend sa retraite.

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