A l’est, à l’ouest, au nord, au sud, le football déploie sa toile sur l’ensemble du monde. Et c’est ce que s’évertue à montrer Tour du Monde chaque semaine. Aujourd’hui, dans ce nouvel épisode, mettons le cap à l’est. Alors attachez vos ceintures, éteignez vos mégots, car voici l’histoire du FC Dnepr Mogilev.

Магілёў

Le FC Dnepr Mogilev, parfois orthographié FK Dnepr Moguilev en français, et de son nom complet FK Dnepr-Transmash Mogilev voit le jour en 1960, dans les faubourg de Moguilev. Le club porte alors le nom de Khimik Mogilev. Ce nom est alors fortement empreint d’une influence soviétique. Normal alors que le rideau de fer divise l’Europe, “de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique”, pour reprendre Churchill. Moguilev est en effet le nom russe de la ville de Mahiliow, orthographié Магілёў au pays de Kobiakov, contre Могилёв pour la langue des tsars. Les deux prononciations sont acceptées en français. C’est sous la forme biélorusse que l’ambassade recommande la prononciation, mais c’est avec la russe que le club s’est fait connaître.

Parlons un peu de la ville. Mahiliow est une ville d’un peu plus de 300 000 habitants au dernier recensement, située dans l’est de la Biélorussie. Troisième plus grande ville de Biélorussie, elle est relativement ancienne. Au bord du Dniestr, le duc Danilovitch Moguiy, selon la légende, y construit son château en 1267. Mais les polonais passeront par là, et anéantiront l’édifice en 1595. La ville commence cependant son développement aux alentours de 1581, puis connaît une croissance tantôt sous la houlette polonaise, tantôt sous l’influence russe. Au cours de la seconde guerre mondiale, comme toutes les villes de l’est, elle est dépeuplée par les massacres nazis, qui y tuent une vingtaine de milliers de juifs. Les combats y durent plusieurs semaines. Et son histoire tragique continue en 1986, avec la catastrophe de Tchernobyl, dont elle est une des principales victimes.

Grandir

En 1960, lors de la fondation du club, la population n’est que d’une grosse centaine de milliers d’habitants, et tutoie les trois cent mille seulement dix ans plus tard. Cette croissance démographique n’affecte cependant pas réellement le Khimik de Mogilev, devenu Spartak de Mogilev en 1963, puis Dnepr Mogilev en 1973. En effet, le club de la banlieue, tout en se recentrant dans la ville, évolue tout au long de la période soviétique en deuxième division, et ne compte pas même sur la coupe nationale pour écrire ses jolies pages. Une relégation en 1970 les fera même évoluer au quatrième étage national. Dans un championnat qui compte alors cent-quarante équipes divisées en zones géographiques, le club n’est qu’un parmi tant d’autres, et le maillot blanc et bleu n’impose aucune peur dans les esprits adverses.

Mais peu à peu, le club va remonter la pente. Ainsi, en 1982, dans l’ère Anatoly Baidachny, le Dnepr sort de sa médiocrité et gagne une promotion en premiuère division. Et en 1992, peu après l’effondrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, il participe à la première édition du championnat national, la Belarusian premier League. Depuis 1973, il concourt sous le nom de Dnepr Mogilev. Et dès sa première saison, il finit deuxième du championnat… et atteint la finale de la coupe nationale ! Une promotion éclair, donc.  Puisque l’année d’avant, le club s’était classé douzième du championnat soviétique de troisième division ! Cette belle performance ne sera cependant pas suivie d’autres, puisque aucun classement supérieur à quatrième sera atteint jusqu’en 1997.

Mais l’année 1998 est faste. Outre une demi-finale de coupe nationale – la quatrième en sept saisons -, le club remporte le championnat. Et ce avec vingt-et-une victoires en vingt-huit sorties. Le tout en marquant cinquante-cinq fois et ne concédant que douze buts.

Anonyme

Mais le club va rapidement retrouver l’anonymat. Cependant, à l’été 1995, le club connaît une épopée en Intertoto. Ils battent 2-1 les yougoslaves du Becej, font 3-3 en Pologne contre le Pogon de Szczecin, 2-2 à domicile face à l’AS Cannes et s’inclinent 2-0 en Roumaine contre le Farul de Constanta. Leur deuxième aventure européenne, en 1998, sera plus courte : une défaite 4-2 à domicile contre Debrecen, doublée d’une humiliation 6-0 en Hongrie. Le titre de 1998 offre un tour préliminaire de Champion’s League, conclu par une défaite 3-0 en cumulé contre les suédois de l’AIK… Un illustre anonyme européen, voilà ce qu’est le FK Dnepr Mogilev.

Au plan national, cependant, le FK Dnepr Mogilev – un nom adopté en 2006 – absorbe, après son titre de 1998, le Transmash Mogilev. C’est de là que le club tient son nom complet de FK Dnepr-Transmash Mogilev. Les aventures européennes reprennent en 2010, avec trois tours d’Europa League : une victoire 8-1 en cumulé contre les Albanais de Laci d’abord. Puis un 3-3 contre Stabaek (Norvège). Ensuite un 3-1 contre le Banik d’Ostrava, le club tchèque. Ce n’est qu’en play-off, contre Villarreal, que le club s’incline (7-1 en cumulé).

Aujourd’hui de retour en première division, après deux saisons dans l’antichambre de l’élite, le club aspire à retrouver les sommets. Cela a été chose faite l’an passé avec une jolie seconde place en championnat. Emmenés par des joueurs contre Vladyslav Hevlych ou Sigitas Olberkis, le club s’appuie sur un schéma tactique simple. Un 4-5-1 basé sur les contres-attaques et les attaques placées rapides. Sera-ce suffisant pour s’imposer une nouvelle fois en championnat ? Seul l’avenir nous le dira…

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