Dans le football d’Afrique subsaharienne, un pays compte : le Sénégal. Qualifié pour la Coupe du Monde 2018, le pays a une véritable culture footballistique, ce qui n’est pas le cas de tous les pays de la région. Mais le championnat national, lui, connaît plus de difficultés. Beaucoup de clubs européens, dont le FC Metz et l’Olympique lyonnais, possèdent pourtant des filiales au Sénégal. Et puis il y a le sujet de notre avant-dernier épisode de Tour du Monde de la saison : le Mbour Petite-Côte Football Club. Alors attachez vos ceintures, éteignez vos mégots et préparez vous pour le décollage de l’appareil.

Une véritable culture

Le Mbour Petite-Côte Football Club est situé, comme son nom l’indique, à Mbour (ou localement M’bour). Cette situation géographique, au plein cœur de la Petite-Côte, lui assure un très fort héritage culturel. Située dans la région de Thiès, la ville de Mbour est avant tout une ville côtière. En effet, située exactement au niveau de la mer, elle fait vivre sa population autour de la pêche et de l’extraction minière autour du titane. A moins de cinq kilomètres de la station balnéaire de Saly, la ville connaît aussi une assez forte activité touristique inter-européenne.

Ethniquement, la ville de Mbour est, à partir du XIXème siècle, sérère. Mais cette occupation sera bouleversée lors de la colonisation, à la fin du siècle. En effet, les colons européens, d’abord installés à Nianing, se déplacent vers la ville d’Mbour face à la maladie. Car la maladie du sommeil touche très fortement les européens. Et, assez logiquement, le peuplement européen drainant l’économie locale, la population de Nianing vient se déplacer à Mbour. Par conséquent, les sérères ne sont plus seuls dans la région. Les socés, également historiquement très présents, sont de plus en plus minoritaires. Au contraire, le peuplement wolof, peuhl et maure mais aussi libano-syrien est de plus en plus important dans la région, du fait du jeu migratoire.

La ville a culturellement été extrêmement marquée par le peuplement européen. En effet, outre le jumelage avec la ville de Concarneau, plusieurs coutumes locales sont empruntées aux anciens colonisateurs. On note également une place de la femme très particulière à Mbour. Dans la ville, la femme a une image positive. Néanmoins, la colonisation a aussi emmenée des pratiques délétères, notamment une très forte prostitution du fait du tourisme. La municipalité essaye d’endiguer ce phénomène, en investissant sur l’éducation, la scolarisation et l’alphabétisation.

Mbour, une ville de football

Tout cela fait donc de Mbour une ville dynamique, et, comme toute la région, relativement jeune. En effet, près de la moitié de la population sénégalaise est âgée de moins de dix-neuf ans. Tout à fait logiquement, les structures sportives sont en plein essor en Afrique de l’ouest. Et Mbour ne fait pas exception. Tout commence pourtant en 1986, quand l’ASC Touré Kunda est fondée dans la ville de Mbour. Le club est alors sans envergure, et dispute la deuxième ou la troisième division nationale. Les performances en coupe nationale sont rares, et les premiers tours sont souvent des obstacles trop compliqués à franchir.

Le déclic va avoir lieu au tournant des années 2010. Le club possède alors quelques joueurs de très gros calibre. En effet, pourtant en deuxième division, l’ASC Touré Kunda se rend compte qu’une stratégie pérenne au haut niveau passe forcément par une politique de formation. Le club de la Petite-Côte se met donc à travailler avec les écoles du coin pour détecter les futurs grands talents du football sénégalais. Et la stratégie sera payante.

En effet, l’ASC Touré Kunda forme, entre 2008 et 2010, quelques joueurs qui vont se révéler en Europe dans les années suivantes. Deux d’entre eux connaîtront les joies d’un club de première division française. Pape Malick Kandji, d’abord, le défenseur central passé brièvement par la réserve de Rennes. Mais aussi Moussa Konaté, couvé par le club depuis son plus jeune âge. Moussa Konaté inscrit treize buts pour sa première saison en Ligue 1 avec Amiens, soit autant que le prodige du PSG Kylian Mbappé la même saison !

Fusion, pas confusion

Et cette politique va donner également des fruits dans le résultat. En effet, l’ASC Touré Kunda, qui compte alors également dans ses rangs Dame Diop, international sénégalais aujourd’hui au Banik Ostrava, remporte le premier trophée de son histoire. En 2010, la coupe est en effet ramenée sur le littoral. Le club échoue de peu l’année suivante pour le doublé. Promu en première division, l’ASC Touré Kunda dispute même la coupe des coupes africaines. Un parcours néanmoins abrégé dès son entame : les sénégalais tombent sur le tenant du titre, le FUS de Rabat, qui les éliminent sèchement.

Septième du championnat pour sa première saison, l’ASC Touré Kunda se bat néanmoins la majeure partie du temps contre la zone rouge. En 2014, tout va changer. En effet, les personnes en charge de l’organisation du football à Mbour décident de mettre en place un club pour changer le paysage footballistique local. Tout prend forme avec une énorme fusion à la fin de l’été. L’ASC Touré Kunda absorbe en son sein huit clubs (sept des deux premières divisions nationales et un de première division féminine, les Dorade de Mbour). Le Mbour Petite-Côte est donc né.

La ville de Mbour et la région de la Petite-Côte est donc complètement restructurée sur le plan sportif. En effet, la ville ne compte désormais plus que trois clubs du top niveau : le Mbour Petite-Côte FC, évidemment, le Diambars FC et le Stade de Mbour. Et cette restructuration va payer : le Mbour Petite-Côte FC ne va mettre que trois saisons à remporter un nouveau titre : le club remporte une deuxième coupe nationale en 2017. De beaux présages pour l’avenir…

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)