Dans le paysage footballistique mondial, le football africain a un rôle prépondérant. En effet, c’est un formidable réservoir à joueurs. Et, s’il y a des joueurs, c’est bien parce qu’il y a des clubs. Dans ce nouvel épisode de Tour du Monde, cap sur l’Afrique, et plus précisément la Namibie. Quel aéroport pour l’atterrissage ? Celui de Windhoek, en Namibie. Un retour, pour la série, qui s’était déjà rendu dans le pays en janvier 2017. Le FC Civics Windhoek était alors à l’honneur. Zoom aujourd’hui sur le grand rival, le Black Africa FC.

Un pays tardivement décolonisé

La majorité des indépendances en Afrique se font dans les vingt années qui suivent la seconde guerre mondiale. Le processus de décolonisation s’enclenche réellement à partir du 8 mai 1945 et des incidents de Sétif. Cette remise en question globale commence dans les années 30 et prendra de l’ampleur. La décolonisation a été très rapide : en vingt ans, cinq siècles d’empires ont disparu. De 1955 à 1965 a lieu la décennie africaine. Si le processus en Afrique Noire a été un peu moins violent, celui en Afrique australe a perduré jusque dans les années 1990.

Et la Namibie fait partie de cette Afrique australe très tardivement décolonisée. Aux côtés de l’Afrique du Sud, qui est décolonisée avant-guerre, le pays fait un peu figure d’exception. Mais il faut bien attendre 1990 avant de voir la Namibie indépendante. Une aberration qui trouve ses racines dans un apartheid très violent imposé par le pouvoir sud-africain. En effet, la Namibie est conquise par l’Afrique du Sud à l’Allemagne en 1920. Le pays est alors donné en mandat par la Société des Nations à son voisin.

Du fait d’une population peu nombreuse (à peine deux millions et demi d’habitants en 2019, avec une densité inférieur à trois habitants au kilomètre carré), la Namibie ne se révolte pas réellement. La contestation du SWAPO, le parti pour l’indépendance du pays, est relativement violente mais ne se concrétise qu’en 1988, quand l’ONU met en place des négociations, qui aboutissent en 1989 et conduisent à l’indépendance l’année suivante. Le pays reprend des structures d’organisation en régions, et choisit comme capitale Windhoek, déjà la ville principale des colonisateurs allemands puis sud-africains.

1986, année exotique

Le Black Africa FC voit le jour au début de l’année 1986. Simple club de football en théorie, il est en réalité un élément d’affirmation de l’identité africaine. Son nom, le Black Africa Football Club, est suffisamment éloquent et se passe d’explications. Doté dès sa naissance d’une identité visuelle claire et simple, il est supporté majoritairement par des sympathisants du SWAPO, l’organisation du peuple du sud-ouest africain. Aujourd’hui principal parti politique de Namibie, il est alors le bras armé de la contestation contre l’occupation du pays par l’Afrique du Sud. D’obédience marxiste, le SWAPO croit en un système unifié et dans un réveil des travailleurs contre l’oppression capitaliste blanche. La naissance du Black Africa FC arrive alors que le SWAPO est fragilisé pour des raisons politiques, notamment en raison de sa politique systématique d’arrestation des militaires sud-africains.

Au cours de ses premières années de vie, le Black Africa FC est la cible de contestations. De nombreuses émeutes éclatent dans le stade ou à ses alentours à l’époque des matchs. Les arrestations des sympathisants du club, à défaut d’être monnaies courante, ne sont pas non plus des surprises. Dans la capitale namibienne, le derby contre les Civics de Windhoek est le lieu de fortes tensions. Des forces de police doivent obligatoirement être postées aux abords du stade, et, plusieurs jours avant, des matchs de quartier sont disputés entre les deux formations. Les matchs de quartier namibiens ne font pas exception au modèle en vigueur dans le reste de l’Afrique. Les supporters des deux formations, parfois rejoint par des joueurs, s’affrontent du lever jusqu’au coucher du soleil la semaine précédant la rencontre. Ces matchs d’honneur, ou « de gueule », sont particulièrement pris au sérieux.

Un palmarès bien fourni

Comme un symbole, c’est après l’indépendance que le Black Africa FC prend son envol sur le plan sportif, et parvient à se forger un des palmarès les plus impressionnants d’Afrique australe. En effet, les Lively Lions remportent à plusieurs reprises le championnat national namibien. Semi-professionnelle, la compétition est malgré tout très disputée tous les ans. Ainsi, voir le Black Africa Football Club s’imposer à huit reprises est une performance plus qu’impressionnante. Avec notamment quatre titres consécutifs entre 2011 et 2014, le club de la capitale écrase le championnat sous son passage pendant plusieurs années. Malheureusement, du fait de la faiblesse du championnat national, cela n’augure pas de performances en Ligue des Champions de la CAF.

Une seule participation reste à l’actif des pensionnaires du Sam Nujoma Stadium (25 000 places). En 1996, le club était parvenu à se hisser au… premier tour de la compétition. Les victoires en Coupe de Namibie de 1990 et 1993 ont également permis au Black Africa FC de s’illustrer… dans les tours préliminaires de la Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe en 1991 et 1994. Au grand regret des supporters, la « performance » ne s’est pas rééditée avec la victoire de 2004.

Aujourd’hui bien installé dans le haut de tableau du championnat namibien de football, le Black Africa Football Club parvient, toutes les semaines, à rassembler quelques milliers de spectateurs. Dans une ambiance tendue mais bon enfant, les joueurs rêvent tous d’impressionner le président Kandas Paulino. Et peut-être un jour de gagner un transfert vers un gros club africain ou du golfe. Car telle est la dure loi d’un club d’une petite nation de football en Afrique.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)