La France. Un grand pays de football s’il en est. Mais le football français n’est pas que le football hexagonal. A quelques heures d’avion de Paris à peine, un autre football est complètement dans l’ombre. Alors embarquons dans cet avion aux côtés de Tour du Monde, et partons à la découverte de l’AS Tefana.

Un club en plein dans le football polynésien

Le football polynésien est un football très particulier. Il n’a pas grand chose à voir avec le football que l’on connaît en métropole. Au contraire. Les structures ne sont pas même comparables à celles des clubs des divisions inférieures. Elles sont, et c’est finalement assez logique, assez proches de celles d’autres clubs du Pacifique. Par exemple, il n’est pas rare de voir des investisseurs issus des îles polynésiennes revenir, une fois qu’ils ont fait fortune, prendre la présidence des clubs. Mais pas du tout dans un but de performance, au contraire donc des clubs européens. Meilleur ou moins bon, ce modèle a l’avantage de stabiliser les clubs.

L’AS Tefana ne fait pas du tout exception à cette structure. En effet, l’AS Tefana semble placé indirectement sous l’égide de Thomas Flohr. Mais attention ! Il ne s’agit pas du Thomas Flohr de VistaJet, mais d’un tout autre individu. Non, Thomas Flohr, le vice-président du club, est très important pour tout d’autres raisons. En effet, c’est lui qui est en charge des partenariats pour l’AS Tefana. Une responsabilité très importante pour un club qui compte quasiment exclusivement sur les subventions pour sa survie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’AS Tefana a très bien joué sa carte. Car en effet, l’AS Tefana a réussi à négocier un accord avec un des clubs emblématiques de Ligue 1 : l’AS Saint-Etienne. En effet, le club forézien est depuis 2012 partenaire sportif et financier de l’AS Tefana.

L’importance de la formation

Par contre, l’énorme différence entre l’AS Tefana et de nombreux autres clubs polynésiens, c’est l’importance accordée à la formation. Chose très rare, l’AS Tefana dispose de formations engagées dans les divisions inférieures. Forte de ses sept catégories, l’AS Tefana peut ainsi offrir aux jeunes de moins de huit ans cinq équipes différentes. Deux ans plus tard, le nombre passe à deux. C’est également le cas des U12 et des U14. Par contre, faute de joueurs, les U16 et les U20 ne sont plus qu’au nombre de un. Comme dans tous les clubs, l’AS Tefana possède une équipe première, en Ligue 1 de Tahiti, et une équipe réserve, qui évolue en Ligue 2. Grâce à ce dispositif plus que complet pour une équipe de la région, l’AS Tefana parvient à créer une assez grosse alchimie d’équipe. On peut presque parler d’institution AS Tefana.

Ces qualités à la formation permettent à l’AS Tefana de se forger un fort beau palmarès sur la scène tahitienne. Dans le championnat de première division tahitienne, le club s’est en effet imposé cinq fois, la première fois en 2005 et la dernière fois en 2016. A ce palmarès déjà bien garni s’ajoutent neuf coupes de Tahiti, glanées dès 2004. Deux supercoupes de Tahiti viennent couronner le palmarès national. Sur le plan global, l’AS Tefana est également parvenue, en 2006, à s’imposer lors de la coupe des territoires français du Pacifique. En 2012, l’AS Tefana est même parvenu à atteindre la finale de la compétition « continentale ». Face au tenant du titre, Auckland City, l’AS Tefana n’est en effet pas parvenu à réaliser l’exploit… et à apporter au football français sa deuxième Ligue des Champions de son histoire. Une défaite 2-1 à l’aller et 1-0 au retour ont en effet été trop violentes pour le club tahitien.

Une histoire pourtant compliquée

Les quinze dernières années ont quasiment été idylliques pour le club polynésien. Pourtant, tout n’a pas été simple pour l’AS Tefana. Avant d’attirer des joueurs comme Ryan Guy, passé par la MLS et la première division irlandaise entre 2007 et 2014 et par l’AS Tefana en 2016-2017. Le 11 mai 1933, l’AS Tefana voit le jour, et ne remporte aucun titre dans les années qui suivent. Avec la seconde guerre mondiale, l’expansion du club est freinée, et tout est à nouveau à refaire.

Basé à Faa’a, le club est pourtant aujourd’hui dans des situations bien plus favorables que trente ans en arrière. Aujourd’hui sponsorisé par Nike, le club s’est pourtant longtemps battu pour trouver des maillots. Bien sûr, les couleurs jaunes et vertes ont toujours été mises en avant par le club. Mais avec un budget plus que limité, dur d’attirer des investisseurs. Dur aussi de trouver des supporters, qui désertent bien trop souvent les tribunes. Rares sont les groupes de spectateurs, et les tifos manquent bien souvent d’originalité. Rien à voir avec la zyleta du Legia Varsovie !

Pourtant, le stade Louis Ganivet ne manque pas de charme, du haut de ses cinq mille places. Son principal atout est cependant peut-être son nom. En effet, Louis Ganivet n’a… absolument rien à voir avec la Polynésie. En effet, Louis Ganivet est un homme politique français, originaire de la région d’Angoulême, à l’époque du second empire. Mais c’est aussi ça, le football vrai, le football de la France profonde et éloignée : un football qui manque parfois de logique, mais jamais de charme.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)