Lorsque Sebastian de Ocampo, en 1509, effectue la première circumnavigation de la future île de Cuba, il est loin de se douter que, quatre siècles plus tard, un championnat de football y verra le jour. Dans ce nouvel épisode de Tour du Monde, cap donc sur Cuba, pour découvrir le FC Santiago de Cuba.

Représenter une région

Le championnat national de football cubain a connu plusieurs rebondissements dans son histoire. Lorsqu’en 1912, la première édition est remportée par les Rovers de La Havane, il n’a pas du tout la même forme qu’aujourd’hui. En effet, à l’époque, les clubs sont de simples regroupements. Aucune logique géographique ne prédomine alors. Sauf si l’on excepte bien sûr que la majorité des clubs se situent à l’époque à La Havane. En plus des Rovers, le CD Hatuey, champion en 1913, l’Hispano América, champion en 1915, le La Habana FC, qui remporte le titre en 1916, ou encore le FC Ibéria, qui deviendra le Real Ibéria et remporte huit titres entre 1917 et 1934 sont ainsi les figures fortes du football de l’île.

Le championnat reste sous ce format de clubs classiques jusqu’en 1978. Et comme beaucoup de choses à Cuba, cela est très fortement lié à la politique. En effet, en 1976, la réforme dite « des provinces » vient bouleverser le paysage rural et urbain de Cuba. Le territoire est, à partir de cette date, divisé en provinces. Au nombre de quatorze, elles possèdent une certaine autonomie dans la gestion de leurs ressources. En marge de cette réforme, le sport le plus populaire au monde est lui aussi associé à cette découpe. En effet, les clubs sont supprimés et recréés, au nombre de… quatorze, un par région. L’objectif est, quelque part, de donner une représentation sportive à chacune des régions. Mais en parallèle de cela, il y a aussi la volonté d’endiguer les violences locales liées au football.

La naissance de Saint-Jacques

Le FC Santiago de Cuba voit donc le jour dans cette situation de reformation de l’élite footballistique du pays. Comme absolument tous les clubs du championnat national cubain, il n’a pas de réalité historique autre que sa création, de toutes pièces, en 1978. Les meilleurs joueurs des meilleures équipes sont alors dispatchés, en fonction de leurs envies, de leurs appartenances géographiques et des besoins des clubs, dans tout le pays afin de former une alchimie dans chacune des formations. Le processus est bien sûr « facilité » par le régime politique que Fidel Castro conduit alors d’une main de fer. En effet, les joueurs étrangers ne sont pas présents dans le championnat, et aucun joueur cubain, sauf exception, n’évolue alors à l’étranger. Les joueurs ne sont donc pas particulièrement pénalisés par cette réforme. Par contre, les supporters, eux, sont les vrais laissés pour compte avec la réforme de 1976-1978.

Dans ses jeunes années, le FC Santiago de Cuba ne joue pas les premiers rôles du championnat national cubain. Bénéficiant d’une moins grosse fan-base que le FC Ciudad de la Habana, qui remporte les deux premières éditions, le FC Santiago de Cuba met plusieurs années avant de trouver son public. Néanmoins, le FC Santiago de Cuba signe ses premières performances au début des années 1990. En effet, à deux reprises, en 1993 et en 1994, Los Diablos Rojos de Santiago de Cuba parviennent à arracher la deuxième place du championnat. Des performances assez impressionnantes pour un club formé de toutes pièces vingt ans plus tôt. Mais cela n’est pas suivi de performances sur le plan continental, étant donné la situation politique compliquée de Cuba dans les années 1990, malgré la fin officielle de la guerre froide. Tous les clubs se contentent de performer nationalement plutôt que d’impressionner la scène continentale.

Un futur radieux

Mais ces belles performances tombent vite dans l’oubli. En 2010, le club flirte même avec la zone rouge. Dans un affrontement épique contre le FC Cienfuegos en barrages, les diables rouges de Santiago finissent par craquer et descendent en deuxième division. Après être remontés en 2013, il tombent à nouveau à la fin de l’exercice en Torneo de Ascenso. Seulement, comme le club travaille bien, il parvient à remonter en 2015 en première division. Et les bonnes performances s’enchaînent. Sous les ordres de Lorenzo Mambrini, les joueurs du FC Santiago de Cuba enchaînent les victoires.

Du 7 mai 2016 au 2 avril 2018, le club cubain ne connaît ainsi pas la défaite. Logiquement, ces performances pas vues depuis 1958 conduisent le club à un premier sacre national. Un premier sacre qui en appelle un autre l’année suivante. Ces performances doublées de l’ouverture internationale de Cuba conduisent le club à disputer le premier tour du Caribbean Club Shield.

Malgré une élimination, le FC Santiago de Cuba se reprend avec brio en championnat, et parvient à gagner la tête de la compétition. Le suspens reste tendu, et, pendant les play-offs, face au FC La Habana, le FC Santiago de Cuba remporte finalement le trophée grâce à la règle des buts à l’extérieur (défaite 3-2 à l’aller, victoire 1-0 au retour). Ce triplé sur le plan national permet au club de venir à la treizième place dans l’histoire des clubs les plus titrés de l’histoire du championnat, la sixième parmi les clubs encore en activité. Avec trois titres consécutifs, le FC Santiago de Cuba réalise la même performance que le FC Villa Clara et ses quatorze titres dont trois entre 2011 et 2013. Ces performances plus qu’honorables ouvrent donc un avenir brillant pour le FC Santiago de Cuba. Cuba voit le soleil briller…

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)