La légende veut que ce soient les anglais qui ont inventé le football, et que ce soient les brésiliens qui lui ont donné ses lettres de noblesse. Si cette légende est quelque peu caricaturale, il y a toutefois un soupçon de vérité en son sein. En effet, le Brésil a vu naître quelques uns des plus grands footballeurs de tous les temps. Parmi eux, le gardien Gilmar, le défenseur Domingos da Guia, le milieu Didi ou le génial attaquant Garrincha. Et l’un de ces joueurs mythiques était Tostão. Retour sur l’histoire de celui que l’on a longtemps nommé maître du jeu sans ballon.

Tostão, la petite pièce

Lorsque l’on regarde la liste des grands joueurs de l’histoire du Brésil, Tostão est un joueur à part. Né le vingt-cinq janvier 1947 à Belo Horizonte, dans le Minas Geras, il n’a pas, contrairement à beaucoup, une enfance difficile. En effet, enfant légitime d’un père banquier, il n’a aucun mal à faire imprimer ses premières licences. Et c’est tout naturellement que lorsque, tout jeune, il manifeste l’envie de jouer au football, son père cherche à lui offrir les meilleurs clubs de la région. A quatorze ans seulement, en 1961, il signe dans le prestigieux Cruzeiro. De ses années de jeunesse, l’on ne sait pas grand chose, si ce n’est que déjà, il manifeste un énorme talent pour le ballon. Son style de jeu est en effet inimitable. Relativement petit (un mètre soixante-douze), il est très habile balle au pied. Et fait des merveilles avec les jeunes de Cruzeiro.

Ce n’est cependant pas avec le Cruzeiro qu’il fera ses débuts en équipe première. En effet, dès 1962, il quitte le club pour aller à l’America. Et s’il n’y passera qu’une année avant de revenir au Cruzeiro, c’est là qu’il va se révéler véritablement. Car Eduardo Gonçalves de Andrade dispute vingt-six matchs et inscrit, depuis son poste de neuf et demi, la bagatelle de seize réalisations en championnat. Surtout, il ne faut pas l’oublier, il n’a que quinze ans au début de son aventure avec l’América. C’est donc en jeune garçon plus que convaincu de son talent pour le football que Tostão revient en 1963 au Cruzeiro. Il acquiert un peu de masse , lui qui a toute sa carrière été relativement frêle.

Cependant, ce n’est pas avec le ballon mais sans celui-ci qu’il se fait remarquer. Grâce à la qualité de ses appels, il donne le tournis à plus d’une défense qu’il rencontre. Un sens inné qu’il a toujours détesté voir mis en avant. “Toute ma carrière, je n’ai fait que jouer avec le ballon“, lâchera-t-il même.

L’homme de parole

Et quand Tostão revient au Cruzeiro, ce n’est pas pour en partir. En effet, il passera sept saisons dans le club qui l’a vu naître. Il marquera à deux-cent-quarante-neuf reprises en championnat, en seulement trois-cent-soixante-dix-huit apparitions. Alors certes, Tostão joue à une époque où les défenses sont particulièrement poreuses. Mais ces statistiques exceptionnelles sont celles d’un attaquant qui paraît au dessus du lot dès qu’il touche le ballon.

Et de telles performances ne peuvent pas rester dans l’ombre. Le sélectionneur brésilien lui donnera sa chance en 1966. A dix-neuf ans, il devient premier joueur issu d’un club mineiro à disputer un mondial avec le Brésil. Et si sa sélection ne l’emportera pas – cela sera l’Angleterre qui s’imposera -, il marque les esprits par sa faculté à jouer dans les espaces. Surtout, sa carrière en sélection explosera vraiment en 1970. Il compte déjà un beau parcours en sélection, avec un peu plus d’un an avant deux triplés en quatorze jours contre le Venezuela, et deux doublés en quinze jours contre la Colombie lors des phases qualificatives.

Composition du Brésil en finale du mondial 1970 contre l'Uruguay.
Composition du Brésil en finale du mondial 1970 contre l’Uruguay.

Cependant, Tostão est handicapé. En effet, en 1969, lors d’un match contre les Corinthians, un ballon lui heurte le visage et provoque un décollement de la rétine. Si cela ne l’empêche pas de jouer au football, il ne doit sa participation au mondial qu’à un acharnement médical demandé par le sélectionneur, Zagallo. Et même s’il ne marquera que deux buts durant le mondial un doublé contre le Pérou-, il permet au Brésil de trouver un succès retentissant par la qualité de son jeu. Et finit de garnir au passage son palmarès, qui compte déjà cinq championnats de Mineiro et une Coupe du Brésil. Cela sera cependant le dernier titre de sa carrière.

Joueur à part

Au delà du football, Tostão se distingue en étant un joueur à part. Sa carrière se termine assez vite, en 1973, par un passage à Vasco da Gama (quarante-cinq matchs, six petits buts). Un arrêt de carrière provoqué par un choc lors de sa cinquante-quatrième sélection, en 1972, contre le Portugal. Son décollement de la rétine se confirme, et très vite, il se rend compte qu’il ne pourra plus jamais jouer. Mais loin de sombrer dans l’alcool et la dépression, Tostão prend conscience que la médecine est sa seconde vocation. Il entreprend alors des études dans l’Universidade Federal de Minas Gerais, qu’il réussit plus ou moins brillamment, mais qu’il réussit. Si certains rappellent la complaisance des enseignants avec le champion du monde, Tostão décroche son diplôme en 1981. Mais il s’ennuie loin de ce football qu’il aime. Seulement, il ne se sent pas d’entraîner. Alors, que faire ?

Mais avec la popularisation de la télévision, plus son érudition, il se rend compte qu’une belle carrière de consultant peut l’attendre. Lui qui fêtera bientôt ses soixante-et-onze bougies est depuis vingt ans reconnu comme l’un des consultants les plus précis et intéressants de l’histoire du journalisme brésilien. Une bien belle reconversion !

D’autant plus que Tostão est considéré unanimement comme un érudit. Déjà à l’époque où ses coéquipiers disputaient des parties de cartes acharnées, il se plongeait dans les réflexions de Hermann Hesse sur Siddhartha, le futur Bouddha. Ou bien dans les œuvres de James Joyce. Comme une manière de montrer que réfléchir s’apprend aussi grâce aux livres.

 

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