On dit souvent qu’une équipe de football ne peut pas gagner sans grand gardien. La Russie soviétique a gagné son seul Euro avec un monstre absolu dans les cages, l’araignée noire Lev Yachin. Mais le premier grand gardien de l’histoire du football, ce n’est pas lui. Non, le premier grand gardien s’appelait Gylmar dos Santos Neves. Et on l’appelait Gilmar…

Gilmar, le premier gardien moderne

Santos voit naître le 22 février 1930 un jeune gaillard. Ce garçon attire, dans l’immédiat après-guerre, une bonne part de l’attention. Car avec son mètre quatre-vingt-cinq, il détonne. En effet, les joueurs de foot sont à cette époque plutôt fluets. Et Gilmar pèse quatre-vingt kilogrammes, pour ne rien arranger. C’est à cette époque que l’on commence à le surnommer « La Girafa » – mot portugais signifiant « La Girafe » en français. Il donc commence à toucher ses premiers cuirs du côté de Jabaquara. Et très vite, il se distingue des autres gardiens par son talent. A l’age de 21 ans, c’est d’ailleurs le prestigieux Corinthians Paulista qui vient se renseigner, et obtenir la signature du jeune prodige. C’est là que la légende de Gilmar va enfin naître.

Je vous parlais de sa modernité. Mais charge à moi de donner quelques précisions. En fait, à une époque où la majorité des gardiens de but restaient cantonnés sur leur ligne, et ne devaient pas sortir, Gilmar innove. Comme Nikolaï Sokolov avant lui, Gilmar propose à ses défenseurs de lui faire des passes en retrait, et ainsi d’offrir une solution de relance supplémentaire. Et quand une frappe arrive, loin de se défiler, Gilmar prend son envol. Notamment avec ce match contre la Hongrie, où il réalise quelques très bonnes parades, mais ne peut empêcher la défaite des siens. Enfin, quand je parle de parades, ce n’est pas vraiment le cas. Car Gilmar bloque les ballons. C’est à l’époque quelque chose de très novateur. Il faut ainsi un peu le voir comme si un gardien de but venait de nos jours proposer une solution en plein match sur un corner.

Gilmar, un modèle du Brésil

Le fair-play, bien avant d’être prôné par la FIFA, était prôné par Gilmar. En effet, lors de ses dix premières saisons professionnelles, il n’est jamais averti. Jusqu’à ce fameux match Santos-Grêmio. Car après avoir rejoint Santos après dix saisons aux Corinthians, il peut enfin jouer avec Pelé ailleurs qu’en sélection. C’est sa deuxième expulsion, après celle quelques minutes plus tôt contre le Pérou. Et lors de ce match, Pelé renverse le cours du jeu, inscrit trois buts, et va enfiler le maillot de gardien. L’histoire raconte même que le fantastique attaquant brésilien aurait réalisé quelques sauvetages de grande classe.

Outre le fair-play, l’une des autres grandes qualités de Gilmar, c’est sa longévité. Car si l’on ne retient pour lui « que » 96 capes avec le Brésil, il en compterait en réalité 103. Avec seulement 101 buts encaissés, très peu pour une époque où l’on tourne en moyenne à 3 ou 4 buts par match, plus en sélection, il peut concurrencer des très grands gardiens. Citons donc les deux autres grands gardiens du Brésil. Leao ne compte que 80 capes, et Taffarel à peine plus de cent. Lev Yachine, le seul gardien auréolé d’un ballon d’or, disait de Gilmar : « Gilmar est le meilleur gardien du monde ». En bel hommage entre connaisseurs. Comme dernière preuve de ses performances, son très bon match contre l’Autriche au mondial 58.

Gilmar, le palmarès d’un très grand

S’il n’a pu remporter le mondial 1954, ne s’imposant dans la cage qu’à partir de 1955, Gilmar remporte le mondial 1958 et 1962 avec les jaunes et verts. Outre ces titres internationaux, il s’adjuge deux Copa Libertadores, deux coupes Intercontinentales, cinq championnats Rio-São Paulo et six championnats paulistes. Il aura au total, au cours de sa carrière, disputé 846 matchs professionnels. Gilmar a pris sa retraite en 1969, à l’âge de 39 ans.

Enfin, pour l’anecdote, c’est aussi grâce à lui que Gilmar Rinaldi remporte la Coupe du Monde 1994 en tant que gardien du Brésil, et pas à un autre poste. « Gamin, quand j’ai commencé à jouer à l’école, je n’avais pas le choix : On me mettait toujours au but, à cause de mon nom ».

Celui qui aurait pu partager avec Lev Yachin le poste de gardien dans l’équipe type du XXème siècle meurt le 25 août 2013, à l’âge de 83 ans. Aujourd’hui encore, il reste une référence pour nombre de gardiens. Car son jeu très novateur, derrière des défenses pourtant bien trop friables, reste, au contraire de beaucoup de joueurs de l’époque, un jeu très actuel. Observez ce match face à la France, si vous avez le temps, et vous comprendrez à la fois quelles innovations apporta Gilmar, et quelle friabilité il existait en défense. Par ailleurs, l’absence totale d’organisation au milieu de terrain ravirait ou terrifierait bien des supporters aujourd’hui.

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