Si le football est le sport le plus populaire du monde, c’est bien parce que dans chaque pays, y compris le Vatican, on trouve des gens amateurs de football. Et la mission de Tour du Monde, c’est de donner de la visibilité à ces footballs pas assez médiatisés. Alors dans ce nouvel épisode, direction l’Asie du Sud et mettons le cap sur la Thaïlande pour découvrir le Bangkok Bank F.C..

Un tigre instable

La Thaïlande est un pays ambivalent. En effet, le pays marque des grands indicateurs de modernité. Dans la très large majorité du pays, la transition démographique est terminée. Les taux de natalité sont similaires à ceux de l’Europe, et l’alphabétisation monte à près de 93 %. L’espérance de vie à la naissance augmente d’année en année, et vient tutoyer les valeurs que l’on retrouve en Occident. La Thaïlande est d’ailleurs la deuxième économie de la région, et possède une balance économique excédentaire. Le pays connaît en outre une croissance de près de 4 % par an.

La Thaïlande
La Thaïlande

Pourtant, on retrouve des archaïsmes dans le pays. Fort indicateur d’un développement rapide mais incomplet, la forte prégnance de la religion. Le bouddhisme guide encore la vie quotidienne… et, comme dans tous les pays du monde, la religion est un frein au développement. Cela s’accompagne aussi d’un fort tourisme sexuel, que les agences de voyage occidentales entretiennent. Mais les archaïsmes du pays ne se limitent pas à la religion : la monarchie constitutionnelle mise en place laisse une forte place au roi, et cela peut paralyser le pays. Les pressions nationalistes s’additionnent à des séparatismes musulmans au sud, et à des challenges environnementaux énormes.

Enfin, pour brosser un tableau complet, il est nécessaire d’aborder l’instabilité politique : le pays a connu dix-neuf coups d’État depuis 1932. En outre, la population est mal répertoriée du fait des migrations saisonnières. Cela n’aide pas à endiguer l’épidémie de SIDA : 2 % des hommes et 1,5 % des femmes sont porteurs du VIH.

Heureusement, il y a le tourisme

Contrairement à beaucoup de ses voisins, la Thaïlande n’est pas focalisée sur une seule ressource. Certes, le pays est très fort dans les circuits électroniques, mais le tourisme est également un fort incitateur de croissance. Les fonds affluent dans les banques publiques, et notamment à Bangkok, la capitale. Avec ses seize millions de clients, la Bangkok Bank est la cinquième banque d’Asie du Sud-Est. Créée le 20 novembre 1944, elle s’est très rapidement enrichie, et nourrit dès le début des années cinquante des milliers de thaïlandais au quotidien. Et parmi ceux qu’elle nourrit, il y a les travailleurs. Les travailleurs de la Bangkok Bank, comme un siècle avant dans le nord de l’Angleterre, se sentent pousser une unité sociale au détour de ces années-là, et veulent se rassembler. Plutôt que de fonder un syndicat, qui déplairait au gouvernement, ils ont une autre idée.

Une meilleure idée, même. Puisqu’au début de l’année 1955, ils donnent naissance au Bangkok Bank F.C.. Ils ne le savent pas, mais le club qu’ils viennent de fonder deviendra l’un des plus importants clubs de Thaïlande. Dans les années 1960, le club fait ses classes en Khǒr Royal Cup, le deuxième échelon national. A l’époque, la promotion-relégation n’est pas à l’ordre du jour chaque saison, et le championnat est dominé par le club de la Royal Thaï Air Force. Mais en 1963, puis à nouveau en 1966, la Bangkok Bank remporte le championnat de deuxième division. Le club fera même le doublé en 1968 et en 1969, puis reprendra son trophée en 1971. En 1978, le Bangkok Bank F.C. s’adjuge son sixième championnat. Mais entre temps, le club corpo de la banque s’est illustré en Coupe de la Reine, en remportant le titre en 1970, le premier de l’histoire.

Grandeur et décadence

Le club fait donc petit à petit ses classes dans les échelons inférieurs du championnat. En outre, il fait ses premières apparitions en Asian Club Championship, mais s’incline bien souvent face aux écuries malaisiennes ou de Hong-Kong. Pas grave, dans le championnat national, la Kor Royal Cup (la première division, distincte de la Khǒr Royal Cup), le Bangkok Bank F.C. remporte se premiers titres. A la fin des années 1980, le Bangkok Bangk F.C. peut s’enorgueillir de sept championnats. En outre, deux coupes de la fédération thaïlandaise sont venues s’ajouter en 1980 et en 1981. Une troisième suivra en 1998.

Une coupe de la Ligue vient enrichir le palmarès déjà conséquent en 1988. Lors des rencontres, les supporters visiteurs ont peur de voir les roses de la banque débarquer sur la pelouse. Les victoires sur des scores-fleuves sont récurrentes pour le Bangkok Bank F.C.  Et en 1996-1997, le club a le grand honneur d’être choisi pour disputer la première Thai Premier League de l’histoire. Et bien lui en prendra d’accepter. En effet, le Bangkok Bank F.C. remporte le championnat inaugural.

Malheureusement, cette réussite ne sera pas suivie de beaucoup d’autres. Car en 2005, la Banque de Bangkok, qui commence à avoir quelques difficultés qu’elle mettra une dizaine d’années à surmonter, décide de stopper ses subventions. Alors que l’État thaïlandais tente d’imposer le professionnalisme en première division, le Bangkok Bank F.C. ne peut plus faire face. L’argent sur lequel il s’était fondé n’est plus. Pendant tout un été, les dirigeants du club tentent de trouver des fonds. Anant Amornkiat, l’entraîneur, parvient à se faire un groupe pour une saison entière. Il laisse sa place à Apiruck Siaroon la saison suivante, puis à Wisoot Wichaya en 2008. Mais rien n’y fera. En 2008, le club iconique de la banque dépose le bilan. En s’éteignant, le Bangkok Bank F.C. tourne une page de l’histoire du football thaïlandais.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)