Souvent, le football féminin est décrié pour la faiblesse de son niveau. Mais ces critiques semblent oublier quelque chose d’important. Le football féminin n’est pas né au niveau international il y a si longtemps. Il ne compte finalement qu’une trentaine d’années d’existence au plus haut niveau. Alors un petit retour en arrière s’impose…

1930-1960, 1991-2021, 60 ans d’écart

La première Coupe du Monde de l’histoire, mythique parmi les mythes, a lieu en 1930. Elle a lieu en Uruguay et voit le pays-hôte s’imposer en finale face au voisin Argentin. Elle marque le coup d’envoi du football mondialisé, même si les Jeux Olympiques jouaient, d’une certaine manière, le rôle de compétition internationale pour le football auparavant. Mais peut-on réellement prendre au sérieux une compétition qui, dans ses premières éditions, a été remportée par des clubs aujourd’hui amateurs face à des sélections A ou universitaires ! Non, vraiment, le « début » du football tel qu’on peut l’appeler aujourd’hui, c’est-à-dire le football encadré, c’est en 1930. Le football masculin au niveau international fête donc ses 30 ans en 1960.

Et qu’en est-il du football féminin ? Et bien, à peu près la même chose, soixante ans plus tard. La première Coupe du Monde féminine organisée par la FIFA a lieu en 1991. Bien sûr, comme son homologue masculine, la Coupe du Monde féminine a connue quelques prédécesseurs, mais aucun ne s’imposant réellement. Il faut quand même mentionner l’existence de 1970 à 1990 de mondiaux officieux. Un peu, finalement, comme ce qui a lieu pour les garçons pendant les premières décennies du siècle tumultueux. Finalement, la victoire des Etats-Unis – déjà elles – au mondial féminin de 1991 est bien le démarrage de l’histoire du football féminin. Les trente ans du football féminin en tant que football mondialisé auront donc lieu en 2021. Soixante ans d’écart entre les deux pratiques, et donc, forcément, des différences.

Vivre les exploits

Nous vivons donc aujourd’hui les années 1960 du football féminin. Regardez un instant les exploits de Pelé et de Mané Garrincha, puis comparez-les à ceux de Marta ou d’Ada Hegerberg. La ressemblance est flagrante, sur plus d’un plan. D’abord, d’un point de vue de pur consommateur, les années 1960-1970 correspondent à la prise de puissance du football masculin sur les postes de télévision, en noir et blanc et puis très vite en couleur. Les années 2010, et, c’est en tout cas la tendance, les années 2020 représentent la montée en pouvoir du football féminin sur nos écrans. Pensez simplement : il y a dix ans, il était très dur de voir des matchs du championnat de France féminin, un peu comme au début des années 1960 pour leurs homologues masculins – toutes considérations technologiques mises de côté.

Et puis la ressemblance, surtout, est flagrante dans les styles de jeu. L’intensité physique, d’abord, bien moindre que celle que l’on retrouve aujourd’hui en regardant les matchs de premier plan mondial. Par contre, la technique, elle, est déjà bien présente chez les meilleurs joueurs. Les écarts de niveaux, aussi : les meilleurs joueurs ont un écart de niveau bien plus important par rapport aux moins bons du même championnat. Corollaire des éléments précédents, le niveau des gardiens et des gardiennes est sujet à débat. Mais repensez à ces images en noir et blanc où les légendes du Brésil marquaient sans difficulté : seuls quelques très grands gardiens avaient réellement « le niveau ». Il en va de même pour les femmes aujourd’hui.

Alors au lieu de critiquer, profitons de vivre le football féminin comme nos grands-parents ont vécu le grand football des années 60. Profitons, pour pouvoir raconter à nos petits-enfants que les joueuses de légende, nous les avons vu grandir.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)