Un stade de football est à la fois un endroit extrêmement commun et une zone fabuleusement singulière. Rien ne ressemble plus à un stade de football qu’un autre stade de football, mais une forme d’individualité habite ces lieux hors du sol.

Architecture

L’architecture des stades est un facteur extrêmement discriminant. Elle marque à la fois une époque, une volonté, une intention et une identité. Nombreuses sont les équipes qui s’identifient à un stade. Qui imaginerait le FC Barcelone évoluer hors du Camp Nou ? Personne, bien évidemment, car ce stade, comme beaucoup d’autre, est un facteur identitaire grâce à son architecture. Les gradins, les travées, les sièges. Et l’extérieur, surtout. Cela s’inscrit dans un paysage urbain. Un stade se voit de loin, se remarque et ne se laisse pas facilement approcher. On a beau sembler être près de celui-ci, on reste pourtant très loin de saisir la réalité et l’intégralité de cette enceinte.

Une fois que l’on rentre dans ce stade, on aborde quelque chose de complètement différent. L’architecture magnifique se transforme en un enchevêtrement de travées. Un peu comme une arène romaine, où les gladiateurs ne peuvent pas croiser les spectateurs, le stade de football possède une forme d’harmonie entre les vestiaires, antre de la vie footballistique, et les gradins où l’ambiance se met, dans les minutes voire les heures précédant le match, à grandir. Tous les stades partagent ce point commun, et cette séparation intrinsèque, même si elle est parfois dépassée par des innovations – tunnels en verre – reste un élément constitutif de l’identité même du stade de football. Il y a l’extérieur, et puis il y a une forme d’intimité qui naît à l’intérieur même de l’enceinte. Au fond des choses, réellement. En dessous de ces travées où se massent jeunes, vieux, riches, pauvres, amateurs de football et passionnés.

Parc des Princes
Parc des Princes

Ambiance

L’autre chose vraiment frappante au sein d’un stade de football est l’ambiance toute à fait particulière qui y règne. Difficile de décrire exactement ce qui se passe dans un stade de football, difficile de décrire exactement comment on se sent lorsque l’on rentre dans une arène, une enceinte, un ring de football. Les sens se brouillent et il devient difficile de décrire tout avec la même précision. Les stades de football conduisent les individus à perdre, tout au moins en partie, leurs objectifs et leurs raisons d’être de vue. Le stade de football devient ainsi non plus un simple endroit où se divertir, mais aussi un endroit où appartenir à un groupe social. Ce phénomène est d’ailleurs bien connu de tous les gens s’intéressant de près ou de loin à la sociologie du football et, plus globalement, aux divers éléments en lien avec le « sport-roi. »

Dans un stade l’ambiance est véritablement unique. Personne ne peut dire qu’il a vécu l’ambiance d’un stade de football dans un autre endroit. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que, massés dans les tribunes, les spectateurs acceptent des conditions qu’ils détesteraient autrement. Qui voudrait passer une heure et demi, au théâtre, à encourager les acteurs ? Le tout avant d’aller en vitesse avaler une barquette de frites à peine tiède et une bière sans alcool hors de prix ? Le football est un spectacle tout à fait particulier, et ceux qui souhaitent lui enlever son charme n’y ont rien compris. Les stades sont l’âme d’un peuple, l’âme d’une équipe, et représentent bien plus que de simples infrastructures. C’est au sein des stades que naît la passion pour le football. Et c’est avec la mort de certains d’entre eux que disparaissent certaines passions.

A propos NSOL 705 Articles
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)