La folie. Un mot qui fait peur, qui fait frémir. Un mot qui peut condamner une vie, en l’envoyant dans un asile. Mais la folie sur un terrain de football est hautement délectable. Car c’est elle qui vient donner naissance à une inspiration magique qui vient changer l’œuvre et le temps du football. Une inspiration soudaine fait d’une heure ennuyeuse un minute mémorable. En un toucher de balle majestueux, un joueur peut suspendre le temps et rendre un match banal mythique. Récit de ces moments hors du temps. 

Panégyrique

Le match s’écoule sans le moindre soubresaut. Rien ne vient écorcher la quiétude du match. Un pigeon est même venu se poser sur une des barres transversales, et rien ne semble pouvoir le déranger. Les deux équipes s’observent, se lamentent de leur inaptitude à changer le cours des choses sans pour autant tenter de le faire. Tout se déroule comme si les surfaces de réparation avaient été transformées en zones interdites. Jusqu’à cet instant où retentit dans tout le stade une clameur sans précédent. Ça y’est. Une inspiration magique est venue se poser sur la toile de la rencontre, est venue enfin colorer le tableau blanc immaculé de la partie. Tout commence à devenir intéressant…

En une demi-seconde, en un éclair de regard, les regardes ne sont plus tournés vers le chronomètre qui lentement défile, mais vers un homme. Qui décide de prendre ses responsabilités, probablement traversé par un éclair de folie. Oui, il aurait pu laisser les choses se dérouler doucement comme tous ses autres coéquipiers. Il aurait pu laisser le temps se déchirer face à l’inconsistance des réactions de ses coéquipiers. Mais non, la folie a fait autrement et a permis à l’anodin de devenir génial. Inspiration magique, reprise de volée, dribble, frappe, enchaînement, but, passe décisive. Peu importe. Arrêt, tacle, interception, remise, jeu en triangle. Ce n’est pas le geste en lui même qui est important. C’est le fait qu’il vienne bouleverser la chronologie et le récit de la rencontre. En la rendant transcendante, il fait de l’anodin une accélération géniale de la rivière qui s’écoule dans le fleuve du quotidien.

Histoire

Et l’histoire s’écrit en un instant. Une inspiration magique peut changer le sens des choses, faire prendre la plume à l’écrivain, rendre l’enfant amoureux. Elle peut donner envie d’en savoir plus, d’en vivre plus, d’en espérer plus. Elle peut offrir aux hommes la possibilité de savoir qui ils sont, ce qu’ils veulent et ce qu’ils feront. Bien sûr, ce n’est qu’un match de football, chose futile parmi les choses futiles. Et bien sûr, cela ne changera pas la face du monde de façon indélébile. Les dictatures ne tomberont pas. Les chaînes ne se briseront pas. Mais le bonheur, aussi futile soit-il, naît, grandit et s’épanouit. Même si une seule personne tombe dans ce bonheur immense et éphémère, alors la fonction première du footballeur-divertissant est remplie. Le contrat moral entre l’être et le néant est validé. Rien ne pourra plus stopper la destinée saine, belle, unique du footballeur.

Le temps que l’on réalise ce qui s’est vraiment passé pendant cette seconde incroyable, tout est déjà terminé. Le présent n’appartient plus à nous, mais à l’histoire qui s’est déroulée sous nos yeux. Le ballon au fond des filets, le but marqué… tout se déroule comme dans un scénario de film. Les obstacles et les contrariétés de la vie ne sont plus que des artefacts pour faire de cet action un évènement plus beau, plus intense, plus profond. Combat moral de l’âme contre l’esprit. Tout le monde aurait aimé vivre ce film. Que ce soit en vrai, ou bien derrière un écran. Plus encore, tout ceux ayant assisté à la scène, l’œil émerveillé, auraient aimés être de ce moment en chair et en os. Et c’est le propre de l’histoire. Être vécue en un seul et unique moment. Mais que l’on puisse la raconter jusqu’à la nuit des temps.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)