Le football est-il toujours un jeu ? En d’autres termes, un match de football représente-t-il réellement un amusement des joueurs sur le terrain ? Ou bien, le sport-roi est-il devenu une activité, une industrie, un divertissement, bref, tant de choses qui ne sont pas le fruit du jeu ? Si la question peut paraître étrange, elle prend pourtant tout son sens à l’heure d’un sport globalisé, où tous les acteurs recherchent la performance, qu’elle soit physique ou économique. 

A la recherche du jeu

Remontons un peu plus d’un siècle et demi en arrière. A l’époque, il est inconcevable pour des jeunes gens issus de la bonne société britannique de s’adonner à une activité physique pour autre chose que le plaisir de se dépenser entre gens de sa caste. Il n’est nulle question de récompense économique, mais simplement d’honneur et de sueur. Les duels ne se disputent plus au pistolet, mais bien sur un terrain boueux. Les rivalités, nées sur les bancs de la Public School se transfigurent dans des tacles virils mais corrects sur le terrain. Le football n’est alors pas vraiment un jeu, plus une activité et un passe-temps digne d’être pratiqué, car extrêmement normé et réservé à une élite.

Mais petit à petit, le jeu va s’immiscer dans l’histoire du football. En fait, dès que les premières générations de “foot-ballers”, pour reprendre la terminologie en vogue en France au début du siècle dernier, quittent l’internat pour se lancer dans la vie active, ils vont emmener avec eux leurs us et coutumes. Et parmi elles, celle de pratiquer le ballon rond. L’exercice physique, sain et viril, est bien évidemment toujours présent, mais il n’est pas la seule raison d’être de ces premiers adeptes du ballon rond. Il y a aussi la volonté de se détendre, entre deux nuages de laits dans un club privé enfumé par les vapeurs de cigare et de whisky écossais.

Quand le temps s’écoule

Et quand le temps s’écoule, que se passe-t-il ? Le football est-il toujours un jeu ? Ou bien s’est-il transformé de nouveau pour reprendre une fonction sociale différente ? En fait, la réponse n’est pas aussi simple. Car le ballon rond est une espèce de diamant à mille facettes. Mieux, la réponse varie selon l’endroit du globe où l’on se trouve, la fonction sociale que l’on occupe et l’idée même que l’on se fait du sport.

Même si les exceptions restent monnaie courante, les footballeurs de haut niveau n’ont pas la conception du football comme un jeu mais comme une activité rémunératrice, permettant d’accéder à une notoriété importante et génératrice de statut social intéressant. C’est quelque chose que l’on n’aurait évidemment pas pu imaginer il y a un siècle sur un terrain de football. Le football, pour et par ses plus grands disciples, changé de statut.

Mais lorsque l’on est un gamin pauvre des favelas de Belém et que l’on joue au football pour oublier la faim, la chaleur écrasante, l’humidité, la maladie et les moustiques, le football est tout autre. Il est le jeu par excellence. Il est seul moyen d’oublier que, sauf si la terre change de sens de rotation, notre vie ne sera que misère, difficulté, violence et peur. Le football devient la seule raison d’être, la seule chose pour laquelle on peut vivre sans avoir peur de mourir. Le seul moyen d’échapper un instant à tout ce qui nous entoure. Et finalement, le football est toujours un jeu. Il est, et restera, toujours un jeu. Car c’est justement la fonction fondamentale du jeu : simuler quelque chose qui ne rentrerait pas dans les coutumes. Et surtout, le football permet un instant de s’oublier et d’oublier le monde.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)