Qu’est-ce qu’il est dur de regarder un match de football sans être, au moins à un moment de la diffusion ou du match, happé par une pub sur les paris sportifs. Que cela soit une pub qui vante les émotions procurées par les paris, ou bien une autre incitant à s’inscrire pour obtenir un bonus, ou même un club vantant une “Cote boostée” pour un joueur buteur. Et tout cela, c’est sans compter sur les sponsorings maillots ou stade, qui viennent envahir le terrain. Bref, quand on aime le football, difficile de passer à côté des paris sportifs. Mais en acceptant comme cela que l’argent s’en aille et vienne en pariant sur des résultats des matchs, le football se retrouve face à son éthique.

Un football sans émotion ?

Quiconque a déjà regardé la défunte chaîne Téléfoot La Chaîne du Foot a été marqué par une superposition de pubs à la limite du ridicule. A chaque coupure, seules quelques marques émergeaient. L’une, sponsor de la ligue, de livraison de nourriture. Et les autres, de paris sportifs. Une succession de pubs à la limite du ridicule, quand Betclic succède à ParionsSport et précède Winamax. Et encore, c’est bien parce que PokerStars Paris Sportifs se concentre sur le sponsoring bord de terrain au Stade rennais par exemple. Bref, les paris sportifs sont partout. Et tous sont reliés par une idée commune : il n’y a pas d’émotions sans paris.

Une idée, bien évidemment, qui souffre du prisme de l’expérience. En effet, n’importe quel passionné de football sait que les plus belles émotions ne sont pas liées à l’argent. Un but décisif à la dernière seconde dans un derby accroché, un pénalty arrêté dans un match pour le titre, un maintien arraché grâce à un coup-franc dans les dernières minutes du match… Autant d’occasions où le football triomphe. Bien sûr, pour celui qui ne supporte aucune équipe et qui ne regarde pas les matchs, le pari sportif apportera de l’émotion.

Mais cette émotion, en fait, n’est pas liée au football. Et d’ailleurs, on observe bien souvent que dans le cas de parieurs réguliers et importants, les paris ne sont plus dirigés vers des équipes habituellement regardées, mais parfois même vers des sports dont le parieur ignore jusqu’aux règles exactes. Le football n’a pas plus ou moins d’émotions grâce aux paris.

Comme les grands

Les cibles privilégiées des sites de paris sportifs ? Les jeunes de banlieue. Un public facile à séduire. En effet, de nombreuses études sociologiques ont montré et démontré la différence de conception de l’autorité parentale entre les différentes couches sociologiques. Et chez les jeunes de banlieue, elle est, comparativement, faible. C’est une aubaine pour les bookmakers. En effet, ils ont tout intérêt à profiter de la crédulité de jeunes privés d’autorité parentale. Et donc privés, par conséquent, d’un contrepoids leur permettant d’avoir une barrière aux paris sportifs.

D’autant plus que ce milieu sociologique est fortement empreint de pression sociale. Pour les marques, pour le style de vie, mais aussi pour le comportement. Et ça, Winamax, Parions Sports, BetClic, ZeBet et PokerStars l’ont bien compris. Imiter les comportements des plus grands est non seulement une norme, mais aussi un idéal. Et c’est pour cela que les personnalités mises en scène dans la majorité des scènes sont issues de la “culture périphérique” française.

Et le second problème inhérent à ces pubs sont une banalisation du pari sportif. Autrefois, le fait de jouer de l’argent était associé à une situation financière plus que stable ou bien à une addiction. Mais à cause de la banalisation du jeu d’argent via le pari sportif, jouer de l’argent devient… accessible à toutes les bourses. Et quand il s’agit de perdre de l’argent, ce n’est pas vraiment l’idéal.

Ethique, infini ?

Et finalement, toutes ces mécaniques de paris sportifs liés au football posent un problème éthique. Peut-on réellement faire de la publicité pour des jeux d’argents dans le cadre du sport ? Les publicités pour l’alcool sont prohibées, et pourtant, les deux cas sont très similaires. Un simple pari sportif n’aura pas plus de danger sur la santé qu’un verre de vin blanc. Mais les addictions arrivent très vite, aussi bien pour les paris sportifs que pour l’alcool. Et alors que le sport, et le football en particulier, prône le dépassement de soi, l’effort physique et la performance, la publicité pour les paris sportifs semble aller au contraire de cette éthique. En effet, peut-on cautionner d’utiliser une activité saine comme support à une addiction ?

D’autant plus que le pari sportif a cela de vicieux qu’il est très facilement accessible. Et ce même avant l’âge de dix-huit ans, dans tous les bureaux de tabacs peu regardants sur la date de naissance. Et cela peut perturber l’équilibre psychique d’un jeune adolescent que de voir l’argent partir et arriver à des vitesses très rapides. Surtout que, même si le gain peut – hasard du jeu – arriver au début, il ne faut pas oublier que les mécaniques sur lesquelles sont bâties les maisons de jeu sont des mécaniques où le joueur est toujours perdant. A l’inverse, par exemple, de certains jeux comme le poker où le joueur peut toujours battre le casino, le pari sportif est déséquilibré. En effet, chaque choix est défavorable au joueur à long terme.

Finalement, le football, en servant de support à l’expression des publicités autour des paris sportifs se tire une balle dans le pied. Car il renie en lui-même l’essence de ce sport. Et laisse la proie aux magouilles et matchs truqués, qui suivent toujours…

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