Samedi soir se jouait dans la plus grande indifférence française – la MLS n’est plus diffusée dans l’Hexagone depuis l’abandon des droits par BeIn Sports – la MLS Cup. Le Columbus Crew l’a emporté sur les Seattle Sounders.

Mais qu’est-ce que c’est, la MLS Cup ?

Petit rappel pour les non-initiés. Contrairement aux apparences, le terme MLS Cup ne désigne pas une compétition parallèle à la MLS comme l’était la Coupe de la Ligue à la Ligue 1 et 2. La MLS Cup, c’est tout simplement la finale du championnat. « Mais comment ça, la finale du championnat ? », demanderaient alors les nouveaux venus familiarisés au football européen. Effectivement, la MLS est divisée en deux mini-championnats, les conférences est et ouest, qui établissent chacun de leur côté un classement dont les premiers s’affrontent en fin de saison dans un tableau à élimination directe (voir ci-dessous). La MLS Cup est donc la finale entre le vainqueur du tableau de l’est et celui de l’ouest.

À noter qu’il existe aussi un classement général comparable au format européen. Il s’agit du Supporters’ Shield et récompense la meilleure équipe de la saison régulière, mais a moins de valeur que la MLS Cup. Cette année, c’est Philadelphie qui a terminé premier du classement. Par ailleurs, les États-Unis ont leur coupe nationale, l’US Upen Cup, mais c’est une autre histoire – et non, ce n’est pas du tennis.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette saison 2020 de MLS n’aura pas échappé à l’exceptionnalité de cette année. Si elle a bien démarré correctement fin février, très peu de matchs ont pu être joués avant l’interruption brutale de tous les sports américains début mars pour les raisons que vous connaissez. Et de redémarrer quatre mois plus tard dans la désormais célèbre bulle d’Orlando et son complexe sportif ESPN au sein de Disney World, afin d’y jouer un tournoi spécial détaché de la saison de MLS initiale pour relancer la machine.

Puis, les positivités au coronavirus et les huis-clos ont rythmé le retour de la saison régulière dans un pays particulièrement touché par la pandémie. Sans oublier la lutte contre le racisme et la participation de la MLS à la grève des sports américains pour cette cause. Cette longue saison se sera finalement achevée ce samedi 12 décembre au lieu de la date originale du 4 octobre. On en aurait presque oublié que 2020 était une saison à double expansion ! En effet, les nouveaux venus Inter Miami et Nashville SC ont porté le nombre de franchises engagées à 26.

Qui étaient les finalistes ?

Passer le Crew de la vague

La MLS Cup opposait le Columbus Crew aux Seattle Sounders. Columbus Crew, c’était cette équipe solide du haut du tableau. Très peu de bas, peu de très hauts, mais des complications ces dernières années. Une équipe cohérente et difficile à bouger dont il fallait se défaire pour soulever le trophée. Mais pas une équipe qu’on voyait au sommet de l’affiche. À vrai dire, la principale source en émotions ces dernières années a été la tentative de déménagement de la franchise à Austin. Le Crew est désormais connu sous le nom de la « franchise sauvée » suite à l’intense lobbying des supporters avec le #SaveTheCrew pour maintenir le club en Ohio. Cet effort fut finalement récompensé par l’arrivée de nouveaux investisseurs capables de proposer un projet solide pour convaincre la MLS d’annuler le déménagement en 2019.

Ce sont ces nouveaux investisseurs qui nomment immédiatement Caleb Porter sur le banc. L’entraîneur historique des Portland Timbers, avec qui il a gagné la MLS Cup en 2015, avait contre toute attente été séduit par ce projet, lui que les rumeurs envoyaient plutôt vers une franchise d’expansion ou un contender plus apte à gagner comme LA Galaxy ou Atlanta. Le président (Tim Bezbatchenko), les propriétaires (la famille Haslam et Pete Edwards), et le coach ont depuis travaillé sereinement ensemble pour reconstruire une organisation très saine dont le bon fonctionnement s’est vite fait sentir sur le terrain.

Sur le rectangle vert, le Crew repose sur une colonne vertébrale comprenant le défenseur central Jonathan Mensah, que vous connaissez sans doute pour sa Coupe du monde 2010 avec le Ghana ; les milieux Darlington Nagbe, acquis à Atlanta par un trade très coûteux en fonds d’allocation, et Lucas Zelaryán, acheté pour près de 6 millions d’euros aux Tigres ; et l’attaquant rocambolesque Gyasi Zardes. Des joueurs de référence dans leur championnat, totalement compatibles au système de Caleb Porter prônant le contrôle de la possession et le pressing à la perte dans un 4-3-3 complété au milieu par Artur, qu’on ne pouvait omettre.

Malheureusement, il faut noter que, tout comme l’ailier Pedro Santos, Darlington Nagbe était privé de finale car positif au coronavirus. En tout, dix cas de positivité au Covid-19 auront mis des bâtons dans les roues du Crew pendant ces playoffs.

Les Sounders, premiers de la classe

Les Seattle Sounders et les finales, c’est une histoire d’amour de plus en plus teintée de fidélité. La franchise s’est en effet hissée jusqu’en MLS Cup à quatre reprises depuis 2016, et a empoché le graal deux fois. Un succès qui est bien évidemment dû à un travail exemplaire qui inspire plus d’une franchise en MLS.

Il y a d’abord un terreau fertile, avec un club qui opère depuis 1974 à l’époque en NASL, d’excellentes infrastructures et une ville qui aime le soccer et remplit le CenturyLink Stadium. Il y a un président, Garth Lagerway depuis 2015, qui présente tous les quatre ans son travail à la réélection par les fans. Et quel travail ! Avec ce recrutement équilibré et bien pensé entre joueurs TAM (ces joueurs qui sont payés un petit peu plus que la moyenne, TAM étant le fonds d’allocation permettant de réduire leur valeur aux yeux du cap salarial), vétérans de la Ligue et joueurs désignés (ces gros contrats autorisés à faire voler en éclat le cap salarial), Seattle est le meilleur élève de MLS. Et enfin, il y a cet entraîneur, Brian Schmetzer, dans le staff depuis 2002 et à nouveau principal depuis 2016.

Les Seattle Sounders étaient donc logiquement parmi les favoris pour remporter la MLS en début de saison. Mais, si le favori de l’est qu’était le Toronto FC, finaliste l’an dernier face à ces mêmes Sounders, a raté la marche, ça ne veut pas dire que le parcours du Columbus Crew est un miracle et que les Sounders étaient largement favoris ce samedi soir. Compte tenu de la physionomie de la direction et de la saison, le Crew n’était pas un finaliste très surprenant. C’est en revanche le fruit d’une belle histoire qui, deux ans auparavant, aurait été impensable. Les bookmakers estimaient d’ailleurs la rencontre à un bon vieux 50/50.

Qui a gagné ?

Lucas Zelaryán. Enfin… le Columbus Crew. Les hommes de Caleb Porter ont rapidement pris le jeu à leur compte malgré la possession – stérile – de Seattle. Leur première occasion ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Mais Frei bloque bien cette solide frappe de Zardes. Commence alors le show Zelaryán, qui a visiblement à cœur de prendre ses responsabilités en l’absence de son compère du milieu et de prouver le montant de son transfert.

À la baguette de cette première mi-temps, il offre l’avantage au Crew par une reprise de volée tout en équilibre sur un centre d’Harrison Afful. Puis, après avoir vampirisé l’attention de la défense adverse, il fixe et offre un caviar à Derrick Etienne qui va chercher le petit filet opposé sur une frappe à ras de terre. Le Crew mène rapidement 2-0 face à des Sounders apathiques. Côté dépassement de fonction, les jeunes remplaçants titularisés exceptionnellement suite aux cas de Covid sont à saluer. Les récupérations d’Aidan Morris et le volume de jeu de Derrick Etienne contribuent en effet largement à la victoire du Crew.

Au retour des vestiaires, tout le monde a en tête la demi-finale des Sounders, où ceux-ci ont aussi emporté la mise après avoir été menés 0-2. D’ailleurs, et c’est peut-être une erreur, Schmetzer a aligné la même composition en MLS Cup. Le Crew montre néanmoins toute sa solidité défensive, et Zelaryán ne compte pas en rester là. Si Nicolás Lodeiro et Jordan Morris passent à quelques centimètres du regain d’espoir, qui d’autre que Zelaryán pouvait sceller le score du match ? Par une frappe en lucarne depuis l’entrée de la surface, il finit de mener le Crew au sacre. 3-0 score final.

Le Crew de la fortune

Le sacre du Crew est le deuxième de la franchise après 2008. Voilà un formidable aboutissement à tout le bon travail mené depuis la menace de déménagement. C’est aussi une belle récompense pour les fans qui se sont battus pour maintenir la franchise à Columbus. Sur le plan individuel, il faut bien sûr saluer la performance presque parfaite de Lucas Zelaryán, MVP de la finale. Mais il faut aussi distinguer le mandat de Caleb Porter, qui devient le sixième entraîneur de l’histoire à être un multiple vainqueur de MLS.

La victoire est aussi forte en symboles. En effet, le Crew jouait sa dernière saison au MAPFRE Stadium avant de faire ses valises (mais sans changer de ville !) pour le New Downtown Stadium. Il s’agira du tout premier stade de l’histoire de la MLS exclusivement dédié au soccer ! Enfin, cette victoire permet au Crew de définitivement changer d’ère. Fraîchement titrée, nouveau stade, ne parlez plus de la « franchise sauvée » mais bien d’un véritable contender à sa propre succession.

A propos MatthiasT 95 Articles
"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.