La Major League Soccer 2020 tire son coup d’envoi ce week-end. Et cela devient presque une habitude : cette année, deux nouvelles franchises s’apprêtent à verser de l’encre sur la première page de leur histoire. L’une d’entre elle, propriété de David Beckham, attire toutes les attentions : l’Inter Miami. Quelle stratégie adopte-t-elle sur les différents fronts pour attaquer cette saison et les suivantes ?

Bâtir

Bien sûr, il a tout d’abord fallu monter une équipe. Au sens propre, c’est-à-dire ramener une grosse vingtaine de joueurs capables de jouer au football. Imaginez vous être directeur sportif d’un club qui joue la première division nationale. Vous avez les moyens, les infrastructures sont presque achevées, mais il y a strictement zéro joueur. Vous pouvez d’ailleurs voir et tenter l’expérience sur un célèbre jeu de gestion footballistique. C’est ce à quoi Paul McDonough, directeur sportif de l’Inter Miami dans la vraie vie, a fait face durant tout 2019.

Heureusement, en MLS, les équipes « d’expansion », c’est-à-dire les nouvelles venues, profitent d’une draft (répartition tour à tour de joueurs codifiée pour les sports américains) d’expansion leur permettant de s’attribuer quelques joueurs parmi un panel de contrats non-protégés chez les autres franchises de la ligue. Au nombre maximal de cinq par cette draft d’expansion ainsi que d’un par la draft d’agents libres, l’effectif s’était donc garni de six joueurs sans coût supplémentaire. Du reste, l’Inter Miami devait s’attaquer aux marchés des échanges domestiques et des transferts internationaux (un transfert national au sens qu’on l’entend dans le reste du monde est impossible entre les membres de la ligue fermée qu’est la MLS) pour finir de remplir une feuille de match.

Seulement, une nouvelle franchise ne passe pas inaperçue. Les autres managers savent que cette franchise possède des fonds d’allocations (monnaie d’échange pour les transactions domestiques) vierges ET un manque de joueur. Et tout comme Nashville, Miami voyait les négociations avec d’autres joueurs de la Ligue commencer bien au-delà du tarif normal.

« Cela n’a aucun sens. C’est comme prendre une voiture valant 30 000$ et dire que, puisque l’acheteur est millionnaire, il doit la payer 50 000$. » Mike Jacobs, manager général du Nashville SC à The Athletic.

Oiseau migrateur

Fort de son expérience avec les expansions antérieures d’Orlando et Atlanta auxquelles il avait participé, McDonough s’est de fait tourné en partie vers le marché international. Très tôt, la machine médiatique autour du club envoyait un gros nom vers l’Inter Miami. À la manière du New York FC avec David Villa et Andrea Pirlo, on voyait déjà des David Silva, Edinson Cavani ou Luka Modric débarquer en Floride. Finalement, le premier joueur désigné de l’histoire de l’Inter Miami est le moins connu mais prometteur ailier Matias Pellegrini. Plus tard, le club n’a comblé sa deuxième (sur trois) place de joueur désigné que tout récemment avec l’arrivée de Rodolfo Pizzarro en provenance de Monterrey pour 10M€.

La star tant attendue n’est donc pas venue. Cependant, il reste une place de joueur désigné et il sera sans doute moins difficile d’acquérir cette star lors du mercato estival. À moins que la relativement longue blessure à l’entraînement de Julian Carranza, buteur argentin et autre figure de proue du projet, ne précipite une arrivée à ce poste.

Mais au-delà d’une star, dont l’influence de David Beckham faciliterait sans doute les contacts, l’Inter Miami veut créer une culture à son club. Si les saisons inaugurales d’Atlanta avec Miguel Almiron et Josef Martinez, et du Los Angeles FC avec Carlos Vela et Diego Rossi, mettent la barre haute, les dirigeants miaméens croient d’abord en la nécessité d’implémenter un background plus grand que des noms derrière un maillot.

Des foules à attirer

Il faut dire qu’il y a fort à faire pour se créer une fan base sur le long terme. Bien sûr, il n’y a au départ aucun adhérent. Mais en représentant Miami et les six millions d’habitants de son aire urbaine, l’Inter Miami aura très probablement nombre de cœurs de fans de soccer à remplir de bonheur. En outre, une identité visuelle qui sort de l’ordinaire (bien que les premiers maillots soient assez ennuyants) et une communication pensée pour la communauté espagnole semblent bien senties et aideront à conquérir.

Si les résultats suivent, et d’autant plus si un ou plusieurs gros joueurs débarquent ou se révèlent, la sauce devrait prendre assez facilement. Néanmoins, l’Inter Miami, qui n’est même pas encore sûr de pouvoir garder son nom puisque l’Internazionale Milano a intenté un procès à cet effet, pourrait subir de plein fouet la concurrence de l’USL à la MLS.

Concurrence inattendue

En effet, loin des préoccupations mondialistes des clubs de MLS, les franchises de l’United Soccer League, deuxième division mais elle aussi en ligue fermée, fonctionnent très bien en attirant des supporters motivés par l’idée d’identité locale forte. Ainsi, The Miami FC, qui ameute déjà les foules de par son histoire, s’impose comme une forte menace au marketing local de l’Inter Miami en rejoignant l’USL cette saison. Par exemple, là où le club aux flamants roses jouera pour ses deux premières années à Fort Lauderdale, à une soixante kilomètres de Miami, The Miami FC a son stade en plein centre-ville.

Dans ces cas-là, et en attendant de laisser le terrain parler, il n’y a rien de mieux que d’invoquer quelques stars et jouer de l’image clinquante et glamour de Miami. Mais même ici, il y a match entre l’Inter Miami et The Miami FC. Certes, l’Inter Miami a joué de ses influences avec Beckham pour obtenir divers messages de bienvenue. Par écrans interposées, de nombreuses stars comme Will Smith, Neymar, J-Lo, DJ Khaled, Serena Williams, Usain Bolt, Alex Morgan ou encore Tom Brady apportent leur soutien dans une vidéo compilée. Mais The Miami FC a tout de même réussi à attirer les faveurs de Pitbull, habitant et amoureux de la ville, en tant que parrain, avec bien plus d’engagements qu’un simple message vidéo.

Qu’un club de MLS puisse être dans l’ombre d’un club USL n’est pas à l’ordre du jour, mais cela gênerait tout le monde dans l’échelon du dessus. Cette concurrence poussera donc l’Inter Miami à convaincre par un cachet, une philosophie footballistique particulière. Mais ça, c’est une autre histoire que nous vous raconterons la semaine prochaine…

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"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.