Le football brésilien a ceci de très particulier qu’il est à la fois le fruit d’une histoire récente riche, d’une histoire populaire forte et de réalités historiques puissantes. Certains joueurs ont une aura qui dépasse simplement leurs performances sur le terrain, comme Pelé ou Garrincha. D’autres, au contraire, comme Capricha, sont l’expression originelle de la réalité crue et violente. José Bermudes, lui, ne fait pas partie d’une de ces catégories. Il est un des footballeurs les plus emblématiques d’une troisième classe. Ceux que l’histoire a laissés pour compte, mais que son temps a reconnu. Remontons le temps et partons à la rencontre de José Bermudes, a Maxambomba.

Siècle finissant

Maxambomba. José Francisco Bermudes devant Dieu. La date de sa naissance n’est connue de personne, pas plus à l’époque qu’aujourd’hui. Qui se soucie vraiment de savoir quand sa naissance a eu lieu quand personne ne fête les anniversaires ? Ses parents habitent à São Paulo lorsque José Bermudes voit le jour, dans un XIXème siècle qui touche à sa fin. Probablement au début des années 1890. Sa famille est comme les autres, pauvre, soumise aux aléas du commerce et du marché. Le football ne passionne personne et ne soulève pas les foules, et quand il commence à jouer à ce jeu étrange importé d’Angleterre, personne n’y porte vraiment attention. Sa mère lui demande peut-être à quoi cela rime, tout cela. Mais nous sommes au Brésil, alors la joie de vivre prend le dessus. Et José Bermudes peut librement laisser cours à son destin.

La première trace de José Bermudes ailleurs que dans l’état-civil brésilien a lieu en 1906. Un club pauliste aujourd’hui disparu, le Carlos Gomes Foot-Ball Club est mené, à la pointe de son attaque, par ce jeune garçon d’une quinzaine d’années à peine. Et José Bermudes disparaît des radars pendant huit ans, jusqu’à cette année 1914 qui fut si funeste pour l’Europe. Un de ses amis d’enfance, qui habite dans la banlieue de Belo Horizonte, la capitale de l’état minier du Minas Gerais, l’invite à le rejoindre et à évoluer avec lui dans un des clubs majeurs du Brésil. Il s’agit peut-être de l’Athletico Mineiro Foot-Ball Club, le futur Atlético Mineiro, qui vit ses premières années. Ou bien de l’América, qui existe depuis deux ans. Mais sûrement pas du Cruzeiro, qui n’est fondé qu’en 1921.

Grand débutant

En 1915, José Bermudes quitte le Minas et se dirige beaucoup plus au sud du pays, dans le Paraná. Il fait partie des premiers joueurs de l’Internacional do Paraná. Après plusieurs mois de luttes intestines au sein de l’état, et grâce à l’action notamment de Belfort Duarte, le championnat du Paraná voit le jour en 1916. C’est l’occasion pour José Bermudes de rejoindre le club où il écrira sa légende : le Coritiba FC. Bermudes marque deux buts pour sa première, un match pour décider du plus grand club de l’Etat. Rien que ça. Pour son premier championnat, il termine meilleur buteur, avec seize réalisations. Le club échoue néanmoins à remporter le titre, ce qui sera chose faite l’année suivante.

Sa légende individuelle, et son surnom, Maxambomba le gagne à ce moment-là. Son nom évoque les petits bondinhos, les wagons-locomotive de tram qui traversent les rues de São Paulo, Rio de Janeiro ou bien de Recife. Des petites locomotives comme on en voit encore dans le quartier de Santa Teresa, dans la vieille ville carioca. Des petits wagons qui grimpent les collines et redescendent très vite. Eh bien, c’est un peu le style de Maxambomba. Accélérer, récupérer la balle, concentrer son énergie en un point, le ballon. Et, d’une frappe que l’on peut difficilement qualifier d’humaine, l’envoyer au fond des filets.

Ses performances de haut niveau lui valent même le droit de défendre le maillot brésilien à l’occasion de quelques matchs dont on ne garde malheureusement aucune trace. Mais au détour des années 1916, il est à peu près certain que Maxambomba est international brésilien.

Étape finale

Tout le monde est sous le choc quand José Bermudes quitte le Paraná pour rejoindre le Pernambouc, au nord du Brésil. Mais l’América est alors un des meilleurs clubs du Brésil. Les longs déplacement en bateau sont alors légion courante, lorsqu’il s’agit de disputer un match à Belém ou bien dans le sud du Brésil. Maxambomba est très apprécié par les supporters, dont il devient très proche. Mais surtout, il s’intègre pleinement à la communauté… étudiante de la ville. Alors que son équipe disputait un match essentiel à Belém, il se mêle ainsi à la foule d’étudiants, vêtu de son seul peignoir, alors que le reste de ses coéquipiers se terrent dans leur chambre, attendant le passage de la foule. Cette proximité avec les supporters, qui viennent nombreux assister aux matchs de leur équipe – on en compte plusieurs fois plus de dix-mille – renforce sa popularité.

Mais en 1928, Maxambomba quitte l’América et rejoint le Portuguesa de Deportes, qui vient de terminer le championnat pauliste à la cinquième position. José Bermudes devient immédiatement l’arme offensive numéro un de son équipe, avec une moyenne de plus d’un but par match en championnat.

Composition de la Portuguesa

Ci-dessus : composition de la Portuguesa dans le championnat paulista 1928

Organisé en 2-3-4-1 avec un José Bermudes en feu à la pointe de son attaque, la Portuguesa fait peur à ses adversaires. Mais les dirigeants ne font pas tout pour aider leur équipe. Alors que le club lusitanophile mène 3-1 face aux Corinthians, le buteur Neco parvient à réduire la marque. Benedito Bueno, dirigeant de la Portuguesa, envahit le terrain avec un revolver à la main et menace l’arbitre, en lui demandant d’invalider le but. Heureusement, il est désarmé et le match peut reprendre. Mais, traumatisés, les joueurs perdent le fil de leur jeu. Ils encaissent deux buts en quelques minutes. Cette victoire sacre les Corinthians.

Cette défaite sonne le glas de la carrière de Maxambomba. Si l’on ne connaît pas la date de sa mort, son club de cœur, Coritiba, lui rend hommage en 2009. José Bermudes est désigné meilleur joueur des années 1910 de l’histoire du club du Paranà. Aux héros, la patrie reconnaissante.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)