Au mois d’octobre, Kévin Sarlat a sorti L’histoire du football polonais (1886-1946), un ouvrage retraçant la genèse du football en Pologne. 

Bonjour Kévin, merci de nous recevoir pour cet entretien. Nous allons aujourd’hui parler de ton livre, ton premier livre, L’histoire du football polonais (1886-1946). Mais avant de nous en dire plus dessus, je vais d’abord te demander de te présenter à nos lecteurs.
Kévin Sarlat : Bonjour, merci beaucoup. Je m’appelle Kévin, j’ai 26 ans, je vis en Pologne depuis six ans après être tombe amoureux du pays et de ses habitants. C’est d’ailleurs en partie pour lui rendre la pareille que j’ai écrit ce livre, moi qui suis fan de football et d’histoires ; qu’elles soient grandes ou petites.

Tu as donc décidé de sortir au mois d’octobre ton livre. Comment l’idée d’écrire un tel ouvrage t’est-elle venue ?
Kévin Sarlat : En écrivant mes articles pour Footballski, je prenais un plaisir immense a plonger dans les archives du football local ainsi que sur les sites étant dédiés au football polonais. Mes articles étaient de plus en plus longs. je commençais a passer des dizaines d’heures pour raconter le début du football dans le pays. Mon record est de 65, pour l’article traitant de Wilimowski. Mais j’en voulais plus, je voulais être complet dans ce que je disais. Je voulais parler de l’histoire du football en Pologne. Et pour finir, par dessus tout : je voulais me faire plaisir en regroupant le tout dans un livre qui est au moins, pour moi. Si ça peut plaire aux autres, c’est tant mieux !

Il t’a fallu du temps entre le moment où l’idée est née, et celui de la parution du livre ?
Kévin Sarlat : Pratiquement trois ans. Aussi car j’ai eu des périodes de pages blanches. J’avais du mal a trouver comment tourner un sujet. La procédure d’écriture a toujours été la même. Je prenais un maximum de sources, je les lisais, les vérifiais toutes, ensuite je devais réfléchir a comment tourner la chose pour qu’elle soit claire et dans un ordre chronologique. Donc j’ai eu quelques mois de disettes dans l’écriture. Mais je pensais tout le temps au livre et a son écriture.

Dans cet ouvrage, tu abordes l’histoire du football polonais entre 1886 et 1946. Cette période de soixante ans est assez particulière, parce qu’elle ne correspond pas à ce dont on a l’habitude de parler en football. Pourquoi avoir choisi ces deux dates comme repères pour ton livre ?
Kévin Sarlat : Le football à ses début est bourré d’histoires folles. Il est pourtant très rare de parler du football d’avant-guerre en France, pourtant en Pologne ou en Angleterre par exemple, c’est monnaie courante. C’est une période du football comme une autre. Les héros de ce temps ne sont pas vus comme inférieurs, ils sont même parfois encore plus adulés que certains des années 80. Les dates sont venues d’elles-mêmes. J’ai plus de mal a parler du football business apparu des le milieu des années 80 et qui s’est propagé a une vitesse folle. Et je pense que le football polonais a connu comme le pays trois période. La première dont je parle dans le livre, puis une période communisme et une période post 89. Toutes très différentes.

Est-ce qu’une deuxième partie pour parler de la période de 1946 jusqu’à aujourd’hui est prévue ?
Kévin Sarlat : Pour le moment, rien n’est prévu. Il est possible qu’un livre parlant de cette seconde partie du football polonais soit prévue. Mais pas pour le moment.

Tu as dû travailler sur soixante années du football polonais. Soixante ans, c’est beaucoup, surtout quand on parle de la période avant-guerre. Comment es-tu parvenu à réunir suffisamment d’informations pour ton récit ?
Kévin Sarlat : Quand on tape « début du football en France » sur Google, on a pas plus de quelques résultats dont très peu sont pertinents. En Pologne, un minimum de cinq ou six sites ont des rédacteurs réguliers. Des sujets extrêmement précis sont faits. Les historiens du football local ne manquent pas. Les polonais sont passionnés d’histoire, tout comme moi. Le seul souci est parfois leur objectivité. Je ne vais pas dire qu’ils mentent, mais en tout cas certains ne parlent pas de la face sombre de leur club. C’est pareil dans tous les pays, mais ça pose problème quand on a cinq sources parlant d’un club et seulement une seule parlant du club adverse.

Y-a-t-il une période que tu préfères par-dessus tout ?
Kévin Sarlat : Pas vraiment, car chacune a sa petite histoire qui sort du lot. Mais j’aime beaucoup les touts débuts , jusqu’en 1910… car rentrer dans un stade actuel et se dire que le club est une machine, c’est incroyable. Des dizaines de milliers de spectateurs portent haut les couleurs du club.. Alors qu’à  la base, 120 ans plus tôt, une douzaine de jeunes hommes de 16 ans voulaient juste taper dans un ballon. C’est cocasse.

Comment es-tu parvenu à rendre une histoire complexe et compliquée facile à lire et à découvrir ?
Kévin Sarlat : J’ai toujours détesté les livres ou les articles qui ne sont pas dans l’ordre chronologique. Surtout quand ce sont des choses compliquées a comprendre. Donc j’ai tout mis a plat. Et ensuite j’ai repris les faits et les historiques des clubs pas à pas. Je pense n’avoir pas trop mal réussi.

Ton livre est émaillé de nombreuses anecdotes et petites histoires dans la grande histoire. Est-ce que tu peux nous raconter celle qui t’a le plus marqué ?
Kévin Sarlat : Même si les sources manquent, une me vient en tète. Celle de jeunes hommes construisant des chemins de fer près de Przemyśl dans l’actuel sud-est du pays. Pour couper un peu au travail, ils organisent une partie de football dans un pré a deux pas de la forêt, face a une équipe de jeunes locaux. Quelques spectateurs viennent participer a la rencontre, mais les agriculteurs-propriétaires du coin se rassemblent et viennent chasser tout ce beau monde en venant avec fusils et fourches a la main. Ça résume assez bien cette situation du football a ses tout débuts.

Après la sortie de ce livre, quel sont tes projets à venir ?
Kévin Sarlat : Pour le moment aucun. Mais me connaissant, ça ne devrait pas durer bien longtemps comme ça !

Parlons désormais un peu plus d’actualité. Comment est-ce que tu juges le niveau actuel de la sélection polonaise ?
Kévin Sarlat : Le niveau actuel est difficile a juger a cause du sélectionneur qui selon moi n’est absolument pas au niveau. Sa vision du jeu semble assez pauvre et il s’est retrouvé catapulté a ce poste on ne sait trop comment. Cependant, je pense qu’on est dans une phase de transition. De nombreux clubs polonais ont de bons jeunes et de bons entraîneurs. Il faut juste croiser les doigts que l’osmose sera la quand tout le monde sera ensemble sur le terrain. Car ils joueront tous dispatchés dans des clubs étrangers d’ici quelques années. Même si Lewandowski n’y sera plus, si l’effectif est ensemble, on peut rêver a l’exploit.

A ton sens, qu’est-ce qu’il manque à la fédération et à la sélection polonaise pour faire partie, réellement, de la cour des grands ?
Kévin Sarlat : Comme toujours depuis ses débuts. La Pologne a toujours ou presque eu entre un et trois joueurs figurant parmi les meilleurs d’Europe à leur poste. Mais pour faire une équipe compétitive, il faut un peu plus que ca. La Pologne et les polonais ont longtemps eu un complexe d’infériorité et cela se ressent même dans le football. Ceci étant dit, les polonais sont très fiers, donc l’engouement est très fort a l’approche des grands événements. Sauf que quand ça se fait sortir en quarts comme en 2016, on retombe dans des travers. « C’est toujours pareil, la Pologne n’est pas au niveau des grands de l’ouest », alors que si. C’est juste que c’est pas parce qu’on est le meilleur sur le papier que l’on va gagner. Il manque ce brin de chance. Mais j’ai foi en l’avenir !

Vous pouvez retrouver l’ouvrage de Kévin Sarlat L’histoire du football polonais (1886-1946) sur Amazon en format Kindle ou physique.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)