Ça y est. A part les compétitions nationales et quelques matchs épars, le football est terminé pour la saison. 2018-2019 a donc pris fin pour la majorité des clubs. Et désormais, le gros chantier s’appelle le mercato. Entre transferts, prêts et contrats, c’est l’argent avant tout qui prédomine. Et s’il y a bien des personnes qui se nourrissent sur la bête, ce sont les intermédiaires. Retour sur la place des intermédiaires dans les clubs de football.

L’hypocrisie des directeurs sportifs

De nombreux clubs de football fonctionnent sur une structure pyramidale. A la tête du club, le président et propriétaire (chairman, owner) nomment un directeur exécutif (CEO), qui s’occupe des aspects opérationnels du club. Dans certains cas, le président peut se confondre avec le directeur exécutif, comme c’est par exemple le cas à l’Olympique lyonnais. Mais ce format n’est pas la norme qui tend à s’imposer. Le directeur exécutif s’occupe de son côté de trouver un directeur sportif (sporting director ou team manager). Le directeur sportif est en charge de la stratégie d’acquisition et de cession des actifs volatiles, les joueurs de football. Il a donc un rôle central et doit être dévoué au club.

Pourtant, beaucoup de directeurs sportifs n’ont pas d’états d’âmes. Pas de scrupules, non plus. Au contraire. Ils font passer en premier leurs propres intérêts, et ne s’occupent du club que dans la mesure où cela peut les intéresser. Ces directeurs sportifs roulent pour leur propre écurie, et ne font pas de manière. Souvent, ils s’arrangent à travers des montages complexes pour faire en sorte que les agents mandatés par le club pour le transfert des joueurs soient liés à des sociétés dont il détiennent des parts. Ce qui peut rendre certains transferts plus ou moins farfelus. Ou bien ce qui peut au contraire défavoriser certains transferts au profit d’autres, pourtant plus coûteux pour le club acheteur. Une stratégie d’enrichissement personnel, donc.

Conflits d’intérêts

Les conflits d’intérêts sont nombreux et fréquents dans le monde du football professionnel. Les magouilles sont encore plus présentes que dans une réunion européenne du Rassemblement National. Le moyen principal d’action est sans conteste le mandat club. Le mandat club, globalement, permet à un directeur sportif de contacter un agent pour qu’il le débarrasse d’un joueur ou l’aide à acquérir un autre joueur. Autrement dit, un agent mandaté va… remplacer le directeur sportif, le temps d’un transfert. Tout en, en parallèle, prenant une rémunération souvent comprise entre 5 et 7 % du montant du transfert. Cette somme peut être dédoublée : un joueur peut être vendu par un agent mandaté et acheté par un autre agent mandaté. Au total, un manque à gagner qui va jusqu’à 14 % de la valeur du transfert pour le vendeur. Et de l’argent payé en plus également pour le club acheteur. Une aberration.

Fonctionnement d'un mandat club
Fonctionnement d’un mandat club

Mais si ce système est négatif pour les deux clubs, pourquoi continue-t-il d’exister ? Tout simplement parce qu’il a beau nuire aux clubs en tant qu’institutions, il profite aux différentes parties prenantes de l’écosystème footballistique. Un peu comme des parasites, les agents ont intérêt à faire proliférer ce schéma. Pour cela, ils profitent de la crédulité de certains acteurs, notamment des possesseurs des clubs, dans le cas où le directeur sportif est clean. Dans ce cas, ils court-circuitent carrément le circuit global, et viennent proposer leurs joueurs aux présidents.

Dès lors, le deal est gagné pour l’agent : le directeur sportif, sous la pression de son président, n’a d’autre option que de lui confier un mandat. L’agent aura toute la liberté pour venir conclure l’accord, dans la limite temporelle qui lui sera accordée. En plus de la prime de négociation, il pourra venir grappiller quelques euros auprès du joueur dans la prime à la signature.

Tourner autour

Dans l’extrême limite, ce système pourrait être acceptable, étant donné le travail qui est fait par les intermédiaires dans le cadre de l’achat et de la vente des joueurs. Seulement, le principal problème, c’est que les intermédiaires, plus ou moins légaux d’ailleurs, viennent s’immiscer dans l’écosystème des clubs. Les intermédiaires sont donc plus que des éléments variables. Un club de football de première division du big five européen, par exemple, pendant quatre des cinq dernières années, avait un directeur sportif quasiment désigné par un puissant agent de joueurs. Le directeur sportif avait alors pour consigne de passer exclusivement par l’intermédiaire en question afin de conclure le plus de deals possibles avec lui. Les intermédiaires peuvent alors également attirer des nouveaux joueurs dans leurs  écurie. Ils se retrouvent donc doublement gagnants, en étant rémunérés par les clubs pour le salaire des joueurs et pour les transferts des joueurs.

Rôle des intermédiaires exclusifs
Rôle des intermédiaires exclusifs

Les intermédiaires exclusifs des clubs viennent donc nuire à la magie du football sur plusieurs points. Le plan sportif est bien sûr impacté par les choix des joueurs. Les aspects financiers sont très fortement biaisés par les intermédiaires, qui viennent amputer les clubs d’une partie de leur capacité financière. Mais le plus gros problème reste bien sûr le plan éthique. Est-il logique de voir une superposition d’intermédiaires dans le seul but d’augmenter le revenu de certains ? Surtout lorsque l’on sait que ces intermédiaires n’ont aucune valeur ajoutée, ils paraissent bien superflus. Les instances dirigeantes ne semblent pas encore avoir saisi l’ampleur du problème. Bien sûr, ici et là, certaines initiatives ont émergées. L’interdiction de la tierce-propriété a été un progrès majeur pour l’éthique du football et la diminution des intermédiaires. Mais la marche reste encore très longue pour un football entièrement propre…

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)