Le football est fait d’histoire. Et parfois, l’histoire et le football ne font qu’un. La vie de Raymond Braine, elle, est une histoire qui se suffit à elle-même. Pas besoin d’en rajouter pour faire de sa vie un film au scénario digne des Oscars.

Au début du siècle dernier…

Tout commence le 28 avril 1907 à Anvers quand Raymond Braine voit le jour. Enfin, non. La vraie histoire commence un peu moins de sept ans plus tôt, le 26 octobre 1900, à Bourg-Léopold, une commune néerlandophone du Limbourg. Pierre Braine, le frère aîné de Raymond, vient au monde. C’est lui qui le premier dans la famille découvre le football et tombe amoureux du ballon rond. En 1919, Pierre commencera sa carrière au plus haut niveau, en amateur, sous le maillot du Beerschot VAC. En amateur, c’est important pour la suite de l’histoire. Raymond Braine, bien que de sept ans le cadet de Pierre, ne mettra pourtant les pieds dans le monde du football de haut niveau que trois ans plus tard.

En 1922, Raymond Braine fait ses grands débuts, dans le club où évolue son frère. Sous les ordres de Jules Delausnay, Raymond est titularisé à la pointe d’une attaque où l’on trouve facilement cinq ou six joueurs. Raymond apprend ainsi comment se positionner sur le terrain aux côtés d’Ivan Thys, double meilleur buteur du championnat de Belgique et père de Guy Thys qui fera lui aussi les beaux jours du football belge.

Sous le maillot du matricule 13, Raymond Braine remporte son premier championnat de Belgique au bout de seulement une saison et demi, un championnat qui connaîtra trois petits frères en quatre ans. En plus, Raymond Braine, attaquant viril et racé, termine double meilleur buteur du championnat belge en 1928 et en 1929. Des qualités impressionnantes qui lui permettent de revêtir pour la toute première fois de sa vie le maillot des Diables Rouges à 18 ans, en 1925.

Le meilleur

Sa grande classe offensive et ses buts, quasiment un par match (141 buts en 142 matchs officiels), permettent à Raymond Braine, en 1928, de disputer les Jeux Olympiques. Il joue trois matchs et marque tout autant de buts. La logique aurait voulu que, deux ans plus tard en Uruguay, il fasse partie de l’équipe belge. Mais quelque chose vient bouleverser cette voie toute tracée. Car en 1929, au sommet de son football, il est condamné par la fédération belge et est suspendu pour « fait de professionnalisme ».

En effet, Raymond Braine est alors propriétaire d’un bistrot, ce que la fédération assimile à un amateurisme marron. Excédé par cette politique, Raymond Braine fuit le football belge et rejoint la Tchécoslovaquie. Car en 1930, c’est en Europe centrale que l’on pratique le plus beau football de la terre. Le football qui donnera naissance, beaucoup plus tard, au football total.

Raymond Braine signe donc au Sparta Prague, le grand rival du Slavia. L’homme aux trente sélections avec l’équipe de Belgique fait une croix sur sa carrière en sélection mais se forge une légende dans un des championnats les plus relevés de l’époque. Le déjà quadruple champion de Belgique remporte deux championnats de Tchécoslovaquie et deux titres de meilleur buteur à nouveau. Mais surtout, il remporte ce qui, à l’époque, était peut être aussi prestigieux que la Ligue des Champions aujourd’hui, la Coupe Mitroipa, en 1935.

Il est difficile de dire quel style de jeu Raymond Braine avait. Les sources écrites manquent, et les archives vidéos sont inexistantes. Le peu que l’on puisse dire, c’est que sa qualité technique, alliée à une vitesse honorable, en faisaient un buteur hors du lot. Pas pour rien que, sous le maillot du Sparta Prague, il devient l’un des tous premiers joueurs belges (vraiment) professionnel de l’histoire.

Reconnu

Après 281 matchs officiels et 300 buts – dont 128 buts en 106 rencontres de championnat -, Raymond Braine revient dans son club formateur, le Beerschot AC. Cette décision est motivée par le changement d’attitude la fédération belge à son encontre. En effet, après avoir été snobé pour la Coupe du Monde 1930 – pour l’anecdote, la FIFA le comptabilise réserviste pour le mondial, alors qu’en réalité c’est son frère Pierre qui fait partie des réservistes belges pour le mondial -, puis pour la Coupe du Monde 1934, la fédération belge de football décide, en 1935 de le reconvoquer en équipe de Belgique.

Le retour de Raymond Braine au pays sera d’excellente facture. Il remporte deux nouveaux championnats de Belgique, et surtout, participe à sa première (et seule) Coupe du Monde, le mondial 1938. Mais, déjà âgé de 31 ans, il n’a plus son impact habituel et ne joue qu’un seul match. Sur le terrain, il est moins buteur et ne marque que 69 fois en 113 rencontres. Après sept saisons au Beerschot, et alors que la guerre fait rage, Raymond Braine vient terminer sa carrière pendant une saison avec le RCS La Forestoise. Une vingtaine de matchs et puis s’en va. Il met fin à sa carrière, avec quand même 26 buts en 54 sélections, le tout malgré une pause de six ans sur les quatorze années de sa carrière internationale.

La reconversion de Raymond Braine se fait loin du football, malgré un court rôle d’acteur où il joue un footballeur dans le film Blanc est atout de Jan Vanderheyden, co-scénarisé par l’arbitre de la finale de la Coupe du Monde 1930 John Langenus. A la tête de son café, Raymond Braine profite de sa retraite sportive, loin des polémiques et des requêtes auprès de la fédération belge. Le 25 décembre 1978, Raymond Braine s’éteint, chez lui, à Anvers. Il restera à tout jamais le premier très grand attaquant belge.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)