L’histoire footballistique de Bebeto s’étend sur près de vingt ans. De ses débuts anonymes sous le maillot de l’EC Vitoria jusqu’à sa fin de carrière en perte de vitesse à l’Al-Ittihad de Djeddah, retour sur Bebeto, l’homme auteur des plus tendres secondes de la Coupe du Monde 1994.

Une enfance brésilienne

L’enfance de Bebeto, de son vrai nom José Roberto Gama de Oliveira, est une enfance brésilienne tout ce qu’il y a de plus classique. Il voit le jour le 16 février 1964, dans le bairro de Ribeira, à Salvador. Comme tous les enfants depuis des décennies, il se met au football plutôt que d’aller à l’école, et rejoint l’équipe du quartier de Barbalho alors qu’il n’a pas dix ans. Impressionnant balle au pied, slalomant entre les jambes de ses adversaires et les trous des terrains, il passe des test professionnels. Pour que l’histoire soit belle, il rejoint le club local, l’Esporte Clube Bahia. Mais il ne devient pas professionnel sous le maillot de l’EC : en effet, il est transféré au Vitoria, le grand rival, avant même de faire ses débuts sous le maillot du Maior do Nordeste.

En 1982, âgé de même pas dix-huit ans, il joue son premier match avec Vitoria. Titulaire dès sa première saison, il marque plus de vingt buts pour une trentaine de matchs seulement. Mais il ne s’éternise pas au Vitoria. Car le Flamengo, qui vient de perdre Zico et Junior, partis vers l’Italie, va le chercher. Au tout début de l’année 1984, Bebeto rejoint donc le grand Flamengo. Il ne lui faut pas longtemps pour s’imposer dans l’équipe-type, à la pointe de l’attaque.

Même si les résultats sont quelques peu irréguliers, Bebeto vit un conte de fée. Un conte de fée qui prend brutalement fin le 20 décembre 1984. Le vol PT-NJS 193, qui transporte son coéquipier Figueiredo et son frère Nilton, dévie de sa trajectoire. Les deux hommes et le pilote trouvent la mort dans l’accident. En quelques minutes, Bebeto perd son frère et un de ses coéquipiers. Peu d’hommes peuvent se remettre sans dommage de cette violente tragédie.

Brisé

Brisé, Bebeto, se remet à fond dans le football pour oublier sa douleur. Et comme pour rendre un hommage funèbre à Figueiredo et à Nilton, le Flamengo marche sur l’eau. Emmené par un Zico de retour d’Italie, le club carioca manque de peu de remporter le championnat d’État, et échoue in-extremis dans la conquête du titre national. Un Taça de Rio de Janeiro, le deuxième pour Bebeto avant celui de 1986, viendra quand même garnir son palmarès. Ses buts, notamment de la tête, sont précieux pendant plusieurs années pour le Flamengo. Du haut de son mètre soixante-dix-huit, il est un des attaquants les plus impressionnants du pays.

Et les performances de haut vol de Bebeto sont récompensées par sa première sélection en équipe du Brésil en cette même année 1985. Le tout récent champion du monde U20 n’est pas sélectionné pour la Coupe du Monde 1986, la faute à une concurrence trop importante en attaque. Pas grave, ce n’est que partie remise.

Car Bebeto est bien sélectionné dans l’équipe brésilienne qui dispute la Coupe du Monde 1994. Au cours du mondial, il se fait remarquer par son émouvante célébration du berceau, qui deviendra un classique du football. Le 9 juillet, contre les Pays-Bas, après son but de la soixante-troisième minute, il mime la naissance de son fils, le petit Matheus.  Pour l’anecdote, son fils Matheus a rejoint… Flamengo, au début de l’année 2012.

Dans l’ombre

Entre temps, Bebeto quitte le Flamengo, après cent-cinquante buts en un peu moins de trois-cent apparitions, et s’illustre sous les couleurs de Vasco da Gama pndant trois saisons. A l’intersaison 1992, il rejoint l’Europe et le Deportivo La Corogne, alors grand d’Espagne. S’il ne glane qu’une coupe et une supercoupe d’Espagne, il rentre dans les mémoires des supporters de La Corogne par sa générosité, sa puissance et son talent. Mais cela ne suffit pas à s’imposer comme un grand du football pour Bebeto. Oublié des médias européens, il revient en 1996 à Flamengo, avant d’entamer un tour du monde plus ou moins chaotique.

En accéléré, il découvre de nouveaux clubs. Séville en 1997, puis un retour au Vitoria et un passage à Cruzeiro la même année. Après un court interlude au Cruzeiro, il porte pendant une saison complète les couleurs de Botafogo… avant de repartir à l’étranger. Direction le Mexique, avec les Toros de Neza, puis le Gavilanes de Tampico. Comme Zico ou Junior avant lui, il découvre ensuite le Japon et les Kashima Antlers, avant de retourner à nouveau au Vitoria en 2000. Au début du millénaire, en 2001, il retourne à Vasco da Gama pour huit matchs avant de s’envoler pour l’Arabie Saoudite et de mettre un terme à sa carrière en 2002 sous le maillot de l’Al-Ittihad.

Malgré une relative méconnaissance de son talent en Europe, Bebeto est un des footballeurs les plus notables de l’histoire du football brésilien. Cinquième meilleur buteur de l’histoire de la sélection, avec trente-neuf buts en soixante-seize capes, il ne tente pas sa chance en tant qu’entraîneur plus longtemps que quelques matchs en 2010 avec l’America de Rio de Janeiro. Car sa reconversion, Bebeto la fait en politique. D’abord sous les couleurs du PDT de 2009 à 2013, avant de défendre le SD de 2013 à 2016, puis le PDT jusqu’en 2017. Député pour Rio de Janeiro depuis 2011, il est actuellement l’un des vingt-deux soutiens du PODE sur plus d’un millier de députés d’État.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)