Une réputation sulfureuse. Un nom qui manque de subtilité mais qui va droit au but. Des textes ciselés mais pourtant parfois un peu bruts de décoffrage. Assurément, Doc Gynéco possède bien des similitudes avec des joueurs de football professionnel. Et ce n’est pas un hasard si en écrivant Passement de jambe en 1996, le Doc signe le meilleur morceau sur le football de l’histoire.

Des références à la pelle

Doc Gynéco est un homme fortement attaché à son territoire. « Ma banlieue, je l’aime, et elle s’appelle le dix-huitième », chante-t-il dans sa rue. Et comme beaucoup d’apprentis footballeurs de sa rue, il est « tenu éloigné du niveau des pros ». La faute à une vilaine blessure, sûrement. Probablement les ligaments croisés alors qu’il était le plus fort de sa catégorie d’âge. Mais Bruno Beausir n’est pas rancunier au football de ne pas l’avoir fait connaître.

Au contraire, même. Car pour entamer le morceau, c’est un hommage à Bebeto qui résonne dans les enceintes et dans les casques. Pas question de marquer des buts, c’est la tchatche que l’auteur de Première consultation revendique. Pas de mise à l’écart, Doc Gynéco salue aussi les défenseurs. C’est en effet le Kaiser Franz Beckenbauer qui se voit gratifier d’une discrète référence.

Et comme le partenaire de Romario sur le gazon vert, le Doc s’amuse sur le terrain musical. Ses passements de jambes sont aussi meurtriers que ceux de Zico – qui fait une apparition dans Classez-moi dans la varièt. Sa technique musicale n’a rien à envier à celle de Michel Platini. Le meneur de jeu de France ’84 partage avec Doc Gynéco, outre une chevelure abondante, une certaine élégance dans le maniement, pour l’un des mots et pour l’autre du ballon.

Des jolis amis

C’est ensuite au tour de Basile Boli, qui fait une apparition en introduction du morceau, de faire son retour dans le jeu musical. Comme une provocation à l’ancien auxerrois et marseillais, le Doc Gynéco se moque de l’embonpoint de l’international français. Mais celui qui terminera sa carrière au Japon ne peut pas grand chose face à l’homme qui maîtrise aussi bien les jeux vidéos – Kick Off – que l’histoire du football. Car Dino Zoff est déjà retraité depuis une douzaine d’années quand Gynéco rappelle que peu de gardiens arrivent à la cheville du légendaire portier italien. C’est une autre légende qui a le droit à sa belle référence : Kallie Rummenigge, le puissant attaquant allemand.

Gynéco part un peu plus dans l’égotrip par la suite, et c’est tout logiquement qu’un homme à la forte personnalité est appelé à la barre : un certain Eric Cantona. Le king du football anglais permet à Bruno de symboliser son style contesté mais efficace : l’un collectionne les buts, l’autre collectionne les ventes. De disque d’or à ballon d’or et soulier d’or, il n’y a qu’un pas que le Doc n’hésite pas à franchir, en passements de jambe, évidemment.

Et si c’est de la main que Doc Gynéco tient le micro, c’est aussi Maradona qui est ravivé : la cocaïne n’est donc pas le seul lien entre les deux hommes. Effaçons vite la ligne blanche pour parler de Christophe Robert, l’attaquant de Valenciennes de l’affaire VA – OM : des millions sont cachés dans le jardin du rappeur comme dans celui du footballeur. C’est finalement en saluant les Guignols et Jean-Pierre Papin que Doc Gynéco clôt l’un des passements de jambes les plus fameux de l’histoire.

Et le Doc sur les terrains ?

Le Doc Gynéco, sur les terrains en vrai, n’est pas si fameux qu’il veut laisser penser. Souvent inventé pour des matchs caritatifs, Doc Gynéco fait preuve d’un grand manque de condition physique. La faute, sûrement, à la feuille à rouler qu’il aime manipuler. Et à un manque chronique de pratique du football à haut niveau.

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Pas très grave, finalement. Cela ne fait que renforcer la légende : le Doc Gynéco est un bien meilleur rappeur que footballeur, certes. Comme quoi, il n’y a pas besoin de jouer au football comme Zinédine Zidane ou Lionel Messi pour écrire un des plus beaux textes sur le ballon rond. Et puis, on ne demanderait pas à Cristiano Ronaldo de sortir un album certifié disque d’or. Comme dirait l’autre : à chacun sa chanson.

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