Dans cette nouvelle chronique, nous allons vous conter les plus belles actions individuelles ayant terminé au fond des filets. Des raids solitaires qui ne doivent rien à personne, sauf peut-être à leur exécutant. Pour ce premier épisode, direction les USA pour la Coupe du Monde 1994. Nous allons nous pencher sur le but du Saoudien Saeed Al-Owairan

Le contexte

Nous sommes le 29 juin 1994 au RFK Stadium de Washigton, 52 959 spectateurs sont venus pour cette finale de groupe. La Belgique et l’Arabie Saoudite s’affrontent pour une place en huitièmes de finale : une victoire belge assurerait la première place de ce Groupe F et permettrait aux Diables Rouges d’affronter l’Irlande. Du coté Saoudien, il faut impérativement gagner pour accrocher la deuxième place du groupe. Il fait chaud sur Washington, comme lors de toute cette World Cup. À 12h35 heure locale, le coup d’envoi est donné.

Tout de suite, ce sont les Belges qui mettent le pied sur le ballon. En effet, les Diables Rouges sont favoris et veulent impérativement éviter l’Allemagne en huitièmes.

On joue la 5ème minute et les Belges font tourner le ballon dans la moitié de terrain saoudienne. Le numéro 7, Van Der Elst, adresse une passe à son capitaine et génial meneur de jeu Enzo Scifo. Malheureusement, le numéro 10 ne peut contrôler le cuir et voit un membre de l’arrière garde saoudienne récupérer ce ballon. Ce dernier, dans les pieds de Al-Jawad, est tout de suite donné à Al-Owairan qui est à plus de 70 mètres du but adverse.

Mais, dans un moment de folie – ou de pur génie –, il entame sa chevauchée fantastique depuis son camp. Il a donc le ballon et enclenche son accélération. Medved le prend en chasse, mais il n’y arrive pas et tente un tacle qui ne fonctionne pas. Il faut dire que le numéro 2 belge n’est pas aidé pas Van Der Elst qui ne court pas pour couper la course de Al-Owairan.

Et Al-Owairan s’envola

Après s’être débarrassé du numéro 2 belge, peu après le rond central, Saeed se présente face à DeWolf. Le milieu de terrain évite le tacle de ce dernier grâce à un crochet extérieur à 25 mètres du but et s’avance encore. Maintenant, c’est donc à Smidts que revient la tâche de stopper la course folle du numéro 10 saoudien. Il s’avance, fixe le défenseur, rentre dans la surface et évite le tacle du numéro 5.

En bout de course aux 11 mètres, Al-Owairan se jette pour devancer la sortie du gardien et éviter le retour du défenseur. Malheureusement pour les Belges et fort heureusement pour les Saoudiens, c’est le meneur de jeu qui a le dernier mot. En effet, son tir du droit en bout de course passe dessus de Preud’homme et du défenseur Phillipe Albert. C’est ainsi, après une course de 70 mètres à 25km/h en 12 secondes, que le ballon finit dans la lucarne droite, 1-0 pour l’Arabie Saoudite. Le score ne bougera plus et les Saoudiens se qualifieront directement pour les huitièmes de finale contre la Suède. De ce but, on retiendra aussi le commentateur anglais de la BBC, pas avare d’éloges.

« What a terrific run. That’s the greatest goal of the tournament ! »

Saeed-Al-Owairan
Représentation du but de Saeed Al-Owairan. Belgique vs. Arabie Saoudite / Coupe du Monde 1994

Après ce match

Après l’exploit en solitaire d’Al-Owairan, l’Arabie Saoudite termine deuxième et hérite donc de la Suède. Malheureusement, pas de miracle. Les Faucons seront éliminé 3-1. La Belgique connaîtra le même sort : elle sera éliminée après une défaite contre l’Allemagne.

Du côté du joueur, ce but lui apporta plusieurs choses, en bien et en mal. Logiquement, il fut affublé du glorieux surnom de « Maradona Saoudien », ce qui est plutôt flatteur en soi. Dans la foulée il gagnera le trophée du meilleur joueur Asiatique de l’année 1994. De plus, son but est considéré comme l’un des plus beaux marqués en Coupe du Monde. En effet, la FIFA a classé ce but dans le top 5 des plus beaux du XXème siècle.

Il révélera aussi avoir reçu des primes de la part de princes saoudiens et même un coupé noir d’une célèbre marque allemande. De plus, ce but et l’exposition médiatique allant avec lui ont apporté différentes propositions de publicité. Mais les autorités saoudiennes refuseront qu’il prête son image aux différentes marques, dont une marque d’alcool.

De héros à paria

Étant devenu un héros national, le moindre de ses faits et gestes fut par la suite scruté. Ainsi, il vit la police religieuse saoudienne débarquer chez lui à cause d’une soirée à laquelle il avait participé. Le couperet tombe : sept mois de prison et trois ans de suspension d’équipe nationale. Lors de sa peine, il peut quand même s’entraîner pour ne pas perdre son niveau.

En fin de compte, il dispute quand même la Coupe du monde 98 en France et a même des propositions de clubs étrangers. Il ne peut malgré tout pas y répondre favorablement : en effet, à l’époque, la fédération saoudienne n’autorisait pas aux joueurs saoudiens de s’expatrier.

Depuis cette histoire et la fin de sa carrière, Al-Owairan est devenu agent FIFA pour des joueurs du Golfe. Pour la petite histoire, ce statut d’agent lui permit de faire venir, en tant qu’entraîneur de Al-Shabab… Michel Preud’homme, le gardien de but de ce fameux Belgique – Arabie Saoudite.

Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à découvrir la géniale interview réalisée par Stéphane Guivarc’h pour le journal l’Équipe du 9 juillet 2014.

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Comme Ole Gunnar Solskjær en 1999, je suis le joker de luxe de DV. Heureux propriétaire du suffixe -Owski. "Qu’importe : on pourra même me traiter de fou, il n’y a que ces couleurs Parisiennes qui illuminent mon cœur. Et à chaque blessure, il saigne ce cœur-là. Mais il s’enflamme encore." Francis Borelli