Le football n’est pas toujours à la pointe de la modernité dans tous les domaines. Très étonnamment, le soutien envers les joueurs est souvent mis en place en parallèle du club, et non pas en appui à celui-ci. La psychologie fait tout sauf exception. Alors, psychologie et football, un mélange impossible ?

Une prise en compte récente des besoins des joueurs

La prise en compte des besoins individuels des joueurs est très récente. Sans parler d’accompagnement psychologique, l’accompagnement a mis beaucoup de temps à s’implémenter dans de nombreux clubs. Dans son ouvrage « Agent Infiltré », l’agent de joueur Jon Smith raconte la difficulté pour certains de ses joueurs à s’intégrer, non pas dans leur club, mais dans leur vie. Smith assure ainsi avoir déjà vu un transfert capoter parce que le club n’avait pas de structures permettant à un joueur débarqué d’Allemagne de voir la quarantaine de son animal de compagnie diminuée. Ne pouvant pas supporter l’absence de son chien, le joueur avait préféré renoncer à l’opportunité et le club s’était vu privé d’un élément qui aurait pu être une très grosse plus-value sportive.

En France, l’accompagnement est quelque chose de compliqué, même aujourd’hui. La recrue d’Amiens, l’international polonais Rafał Kurzawa, expliquait avoir eu des difficultés d’adaptation en France. En effet, n’étant pas anglophone ni francophone – il ne parle que polonais -, il ne parvient pas à comprendre facilement les exercices à l’entraînement, ne parle pas à ses coéquipiers et ne discute pas avec son entraîneur. Ce genre de problème n’est pas un cas isolé. Seuls quelques clubs ont compris en France l’importance des assistants envoyés par le club pour les joueurs. Plusieurs joueurs avaient ainsi révélé avoir choisi, au cours des années 2000, l’Olympique lyonnais non pas pour les résultats mais pour la présence d’Isabelle Dias, spécialiste dans l’intégration des nouvelles recrues, notamment étrangères.

La psychologie souvent abandonnée

Si les assistants personnels compétents et présents sont monnaie rare dans le football, les psychologues attitrés le sont encore plus. La plupart des plus grands clubs possèdent bien sûr leurs psychologues, mais ceux-ci sont souvent à mi-temps. Dans l’organigramme du Bayern München, on compte par exemple trois médecins dont le très emblématique Hans-Wolfgang Müller-Wolfarth, un cardiologue, un physiothérapeute et un spécialiste de la réathlétisation, mais pas de psychologue. Cela ne poserait pas de problème si des psychologues étaient facilement disponibles et étaient consultés par les joueurs de manière régulière.

Seulement, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, même. Dans le monde du football, la psychologie est un tabou. Au même titre qu’être homosexuel, consulter un psychologue est vu comme un signe de faiblesse. Les joueurs n’en parlent que très peu, et les clubs ne communiquent pas dessus. Quelques joueurs, dans leurs périodes de doute, vont voir des psychologues, bien sûr. Alvaro Morata, par exemple, a révélé avoir résolu ses périodes de crise et de doute grâce à la consultation régulière d’un spécialiste.

Mais certains joueurs de Ligue 2, interrogés sur leur consultation de psychologue de manière informelle, avaient rejeté l’hypothèse d’un revers de main. Il ne faut pas laisser apparaître ses failles, ou laisser penser que l’on peut être en proie au doute dans ce milieu. Sinon, les risques sont énormes : s’attirer les railleries du vestiaire, et surtout, voir des rumeurs circuler sur son compte. Et les footballeurs sont les ennemis des rumeurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une rumeur mal placée peut faire avorter un transfert. Un joueur transféré peut aller voir sa direction, et raconter des éléments sur une piste potentielle. Les rumeurs de faiblesse psychologiques peuvent faire fuir le club, ou mettre le vestiaire à dos du joueur dès l’arrivée de celui-ci.

L’aspect psychologique des recrutements

Pourtant, certains clubs ont compris l’intérêt de la psychologie dans un contexte de recrutement. Afin de créer la meilleure alchimie collective possible, des clubs de division inférieure anglaise notamment ont mis en place un processus complexe de sélection des meilleures cibles. Sous le sceau du secret médical, un psychologue français a révélé à l’auteur de cet article avoir participé au recrutement d’un de ces clubs, sans le nommer. Le principe de ces recrutements est de garantir un équilibre entre meneurs d’équipe, qui ne sont parfois pas ceux que l’on croit, co-leaders assertifs et joueurs au profil mental fiable qui ne se plaindront pas de leur condition dans l’équipe. Grâce à ces équilibres, associés bien souvent à l’utilisation de la méthode Moneyball, ces clubs ont su augmenter grandement leurs résultats.

D’autre part, on retrouve chez certains joueurs du travail avec des psychologues de manière approfondie. Quelques gardiens, un peu partout dans le monde, avaient leurs psychologues attitrés pour parvenir à mieux dormir les veilles de match ou les lendemains de défaite sévère. Mais les principaux sujets sont les attaquants. En crise de confiance, ceux-ci sont ceux qui hésitent le moins à faire appel à un psychologue, pourvu que celui-ci garde le secret. Et, de manière plutôt logique, faire appel à un psychologue aide souvent à améliorer sa forme sur le terrain.

Aujourd’hui, la psychologie dans le football a encore énormément de chemin à parcourir. Pour autant, on note au cours des dernières années une petite évolution des mentalités. Les clubs commencent à comprendre les bénéfices qu’ils peuvent tirer d’un tel apport. De leur côté, les joueurs sont de moins en moins réticents à se faire suivre et aider. En effet, ils ont compris que leur plan de carrière peut être accéléré grâce à un bon analyste psychologique.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)