Si le Brésil est le pays du football par excellence, un match symbolise encore plus cette identité que d’autres. Ce match si fondamental pour le Brésil, si constitutif de la personnalité footballistique de ce pays, c’est le “Fla-Flu”, l’affrontement entre Flamengo et Fluminense. Gros plan sur cette rencontre iconique, qui a eu lieu à plus de quatre-cent reprises.

Depuis plus d’un siècle

L’origine de la rivalité entre Flamengo et Fluminense remonte au début du vingtième siècle. Le Fluminense Football Club voit le jour en tant que club de football le 21 juillet 1902, tandis que le Clube de Regatas do Flamengo, lui, existe déjà depuis sept ans. Mais alors que celui que l’on surnommera très vite le “Flu” place le football au centre de ses activités, le “Fla”, au contraire, n’a pas de section football. Le sport-roi pour le club du quartier de Flamengo, ce sont les régates, les courses de bateau sur l’océan Atlantique qui vient lécher les plages de Rio de Janeiro. Et comment leur en vouloir ? Les plages de Rio de Janeiro représentent une certaine forme de paradis sur terre.

Il faut donc attendre les années 1910 pour que les premiers Fla-Flu voient le jour. Mais c’est avant même le premier match que la rivalité va prendre forme. Neuf joueurs, tous titulaires, quittent le Flu pour fonder la section football du Fla. Et quand, le 7 juillet 1912, dans le quartier de Laranjeiras, dans la zone sud de Rio de Janeiro, Edward Calvert marque le tout premier but de cette confrontation après moins d’une minute de jeu, c’est déjà sous le signe d’une immense rivalité. Fluminense s’impose trois buts à deux, comme une manière de faire un pied-de-nez à ses anciens joueurs.

L’âpreté de l’affrontement va s’accélérer dans les années qui suivent, sur fond de scandales arbitraux et de matchs “volés”. La victoire du 22 octobre 1916 du Flamengo 2-1 grâce à un pénalty à retirer est peut-être un des actes fondateurs de l’intensité de cette guerre fratricide, sortes de frères Karamazov à la brésilienne selon les termes de l’écrivain Nelson Rodrigues.

Entre amis et ennemis

Les premiers titres du championnat carioca vont se partager bien souvent entre les tricolores du Fluminense et les rouges et noirs de Flamengo. Et lorsqu’en 1925, la Seleção Carioca voit le jour avec uniquement des joueurs des deux formations, elle prend immédiatement le surnom populaire de Combinado Fla-Flu. C’est avec cette sélection que naîtra le terme, toujours dans cet ordre-là. Toujours Flamengo, puis Fluminense. Et dans les années 1940, les premières années du professionnalisme, le derby va gagner ses lettres de noblesses, acquérir une grande partie de sa mystique. C’est lors d’un Fla-Flu que naîtront les premiers groupes organisés de torcedir de Rio de Janeiro, avec la Charanga do Flamengo, en octobre 1942.

Mais le Fla-Flu atteint son apogée le 15 décembre 1963. Ce jour-là, la rivalité rentre pour toujours dans l’histoire. 194 603 personnes, dont 177 656 avec des entrées payantes, remplissent le Maracanã, pour le match final du championnat carioca. Le triste nul 0-0 entre les deux équipes n’est qu’un détail de l’histoire. Car avec ce match, Flamengo et Fluminense entrent dans les livres de records : ce match constitue un record d’affluence pour un match de football, qui ne sera probablement jamais battu.

Il faut cependant attendre encore quatre années pour voir le premier Fla-Flu dans une compétition officielle nationale. Pendant les années qui suivent, de nombreux matchs décisifs viennent enrichir l’histoire ces affrontements. Plusieurs Fla-Flu viennent donner des titres. Certains matchs ont des valeurs de symboles, comme l’affrontement de 1995 entre Romário e Renato Gaúcho, qui sera élu un quart de siècle plus tard comme le plus grand de tous les matchs disputés sur la pelouse du Maracanã.

Toujours rivaux

Certains joueurs ont marqué à tout jamais l’histoire du Fla-Flu. Jarbas et Júnior ont chacun disputé quarante-huit de ces rencontres sous les couleurs du Flamengo, tandis que Castilho a défendu quarante-cinq fois l’honneur de Fluminense. Mais c’est Zico, l’emblématique meneur de jeu du Flamengo, qui mène le classement des buteurs, avec dix-neuf réalisations en quarante-quatre rencontres, juste devant Hércules, quatorze buts en vingt-cinq matchs avec Fluminense. C’est d’ailleurs Hércules qui inscrira le deux-centième but de l’histoire de cet affrontement en 1935. Soixante-neuf ans plus tard, Edmundo marque pour Fluminense le millième but de l’iconique Fla-Flu.

L’intensité de la rivalité tient aussi dans la proximité de niveau entre les deux équipes. Bien sûr, il y a toujours des équipes plus en forme que d’autres pendant quelques années. Mais depuis le premier match de l’histoire entre les deux équipes, aucune n’a su prendre un avantage décisif. En plus de quatre-cent rencontres, un tiers d’entre elles ont terminées en match nuls, un petit tiers se sont terminées en la faveur de Fluminense et un gros tiers en faveur de Flamengo.

A eux deux, Flamengo et Fluminense représentent une part énorme du paysage footballistique brésilien. Plusieurs dizaines de championnats de Rio ont été gagnés par chacune des deux équipes, plus onze championnats nationaux. Pour tous les supporters de football, cette affiche est devenue un mythe. Et prendre part à un affrontement entre les deux formations revient presque à assister à un carnaval hors-saison. Et si les deux clubs partagent un seul et même stade, l’un des plus mythiques de l’histoire du football, le Maracanã, cela ne fait qu’ajouter à l’espèce de légende autour du Fla-Flu.

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