Malgré l’épidémie de coronavirus, malgré les restrictions sanitaires, le football continue. Vingt-deux artistes continuent, dans des stades dépeuplés, de se produire, pour le plus grand bonheur des supporters, derrière leurs télévisions. Mais, isolés sur le terrain, les footballeurs n’ont jamais été aussi seuls en cette période compliquée pour tout le monde. Leur isolement professionnel, d’habitude rompu par la ferveur des matchs et les attroupements durant les entraînements, n’est plus. Solitude intense, isolement total : les footballeurs professionnels sont, pour certains, à quelques doigts du craquage psychologique. Et ils ont de bien nombreuses raison de souffrir de cette solitude. 

Le bruit de la foule

Le bruit de la foule. C’est un sentiment que les footballeurs partagent avec les rugbymen, les water-poloïstes et bien d’autres sportifs professionnels. Ce bruit si particulier, qu’aucun autre ne saurait remplacer, est un élément central dans la motivation. Dans le tunnel qui mène à la pelouse, entre cette musique désagréable qui sert de générique à chacune des ligues professionnelles, on parvient à discerner la voix du speaker, celle des capos dans les kops, et le public qui commence à chanter. Mais tout cela, tout cela n’est plus en période de stades vides. Le footballeur qui rentre sur le terrain n’entend rien d’autre que des discussions entre officiels, le bruit des crampons sur le béton du tunnel et le speaker qui informe les équipes techniques.

Et ce lien si vital qui unit en temps normal les footballeurs et leurs premiers fans, les supporters, est donc complètement supprimé. Et rien n’est là pour leur remplacer. Il n’y a plus cette communion essentielle et pourtant si futile en contexte de crise sanitaire. On ne peut plus se rendre compte en direct de ce que l’on fait lorsque l’on est footballeur professionnel à l’aube de cette nouvelle décennie. Le ballon dans la profondeur parfaitement dosé ne déclenche plus la fougue de la foule, et foultitude d’autres choses. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans cette saison à huis-clos, il n’y a jamais eu autant de victoires à l’extérieur… Un hasard ? Non, un simple retour à l’envoyeur de cette pression des supporters.

Sang et solitude

Le footballeur professionnel n’est plus qu’un athlète comme un autre. Anonyme. Complètement anonyme. Car il ne croise même plus de foule dans les magasins et dans la rue, masqué qu’il est afin de protéger sa vie et celle des autres. Un athlète isolé dans un sport pas si collectif que cela lorsque l’on sort du terrain. Car nombreux sont les sportifs de haut niveau, et en particulier les footballeurs professionnels, qui souffrent de troublent psychologiques et qui ne sont pas accompagnés. Pas accompagnés par les psychologues, et pas accompagné par le public, qui n’est même plus là pour les soutenir quand dans la tête s’entrechoquent des pensées contradictoires. Il est bien difficile de savoir quelle décision prendre quand sa vie ne tourne plus rond.

Et il est tellement dur de savoir exactement ce que les gens pensent… Il est presque impossible de sortir de sa solitude… Il est tellement dur de parvenir à saisir l’intensité de l’éclat qui brille dans les yeux des supporters. Et pire, quand les réseaux sociaux deviennent une forme de tribune. Seules les opinions les plus noires vont faire surface. La haine, la bêtise, et même parfois la cruauté ont leurs dents bien en dehors de leur bouche.

Dans ces heures sombres et sordides, il est très dur de parvenir à saisir ce qui compte vraiment. Et les footballeurs professionnels ne sont pas épargnés. Car eux qui sont habitués à subir les feux des projecteurs sont maintenant devenus des acteurs comme les autres, qui jouent devant la réalisation une pièce pas complètement toujours maitrisée mais au suspens toujours présent. Mais il manque un acteur dans le film, et sa voix que l’on rajoute au montage ne fait que rendre encore plus triste la situation…

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