L’influence. Le mot le plus maudit de notre XXIème siècle qui ne vit que ses premières heures, et qui semble promis à la haine et à la bêtise. Comme si nos grands-parents n’avaient pas déjà assez donné… L’influence. Sans doute un des mots qui résume le plus les guerres de pouvoir que se livrent nos dirigeants. Une guerre qui se passe sur tous les fronts. Politiques, financiers, économiques et sportifs. Car le football n’échappe pas aux influences. Un football sous influence : une histoire qui ne fait que commencer…

Aux origines

Quand, pour la première fois, les puissants se sont-ils intéressés au football ? La question n’a pas vraiment de sens, tant l’histoire du sport-roi est lié à celui des élites intellectuelles et politiques. En Angleterre, d’abord, où ce sont les jeunes gens issus des bonnes écoles de la société britannique qui vont, pour les premiers, codifier, encadrer et créer un contexte autour du football. En ce temps, les Lords comme Arthur Kinnaird sont tout aussi férus de football, si ce n’est plus, que la population britannique moyenne. Les puissants édictent des règles, sont à la tête des institutions, définissent comment doit et ne doit pas se jouer le football, et c’est une position qu’ils ne quitteront jamais. Bien sûr, il n’y a pas de filiation entre Kinnaird, Havelange, Blatter et Infantino. Mais, au moins intellectuellement, un véritable lien les unit.

Jules Rimet, l’un des hommes les plus important des cinquante premières années du football, inventeur notamment de la Coupe du Monde, n’échappe pas à cette règle. Fils de modestes commerçants de Haute-Saône montés à Paris pour trouver du travail après la Grande Dépression de 1873-1896, il se fraye peu à peu un chemin vers la bonne société. Rimet passera une licence de droit, deviendra avocat au Barreau de Paris et aura pour beau-frère Georges Delavenne. Delavenne n’est pas n’importe qui, et a des connexions. Pendant près de vingt-cinq ans, il sera élu à la Mairie de Paris, et même Président du Conseil Général de la Seine pendant deux ans. Cela sera avec Delavenne que Rimet fondera notamment le Red Star, club mythique du début du siècle.

La guerre des voix

Mais les connexions entre le monde politique et le monde sportif ne s’arrête pas à de simples amitiés farouches, comme celles de Delavenne et de Rimet. Stanley Rous, président de la FIFA de 1961 à 1974, en sera d’abord une victime collatérale puis un grand artisan. Stanley Rous a un grand défaut : il devient président de la FIFA au tournant des années 1960, soit en plein milieu des décolonisations, notamment en Afrique. L’Afrique du Sud, le Koweït, Zanzibar, la Tanganyika, le Rwanda, le Burundi, l’Algérie, les Samoa Occidentales, la Jamaïque, Trinité-et-Tobago, le Kenya, la Sierra Leone, la Zambie et le Malawi prennent ainsi leur indépendance pendant les trois premières années de son mandat. Toutes ces indépendances, qui font florès dans le monde entier dans les années qui suivent, entraînent des querelles politiques internes.

Et le football est un bon moyen de s’assurer une place de choix dans les désidératas des populations, et de conserver sa place au pouvoir. Cela, les dirigeants africains le comprendront bien. Et ce n’est pas un hasard si Stanley Rous est confronté à un défi de taille : parvenir à donner à la CAF, la Confédération Africaine de Football, des places qualificatives directes pour la Coupe du Monde. Un conflit ouvert entre la CAF et la FIFA verra même le jour, que Rous gérera habilement, avec d’abord une place pour le mondial 1970. Car Stanley Rous le sait bien : en Afrique, ce sont les présidents qui font les fédérations de football. Et ce sont les fédérations de football qui peuvent l’élire à la tête de la FIFA…

Mais personne ne maîtrisera aussi bien l’art de la négociation politico-footballistique que João Havelange et son disciple Seep Blatter. Havelange doublera ainsi le nombre d’équipes engagées dans chaque Coupe du Monde.

Pouvoir, mon ami

Les postes de président de la CAF sont des postes hautement politiques. Car la CAF est une des rares organisations internationales africaines à connaître une réelle unité. En effet, en Afrique, les organisations panafricaines, sur tous les plans, connaissent bien souvent d’énormes difficultés. C’est pour cela que ce sont souvent des hommes liés de très près aux politiciens nationaux qui briguent ces postes. Les deux derniers présidents de la CAF en sont l’illustration parfaite.

Ahmad Ahmad, d’abord. La première fois que la communauté international entend parler de ce prof d’EPS malgache, c’est en 1994. Pendant deux ans, Ahmad est le Secrétaire d’Etat au sport malgache. Un premier poste qui ne sera pas le dernier. Après ce rôle hautement important, il deviendra pendant près de quinze ans président de la fédération malgache de football, puis du comité olympique national. Mais c’est sans doute sa passion de la pêche qui lui permet de devenir ministre de la pêche de 2014 à 2016, puis président du Sénat à partir de 2016 et jusqu’en 2017. Il n’abandonne son poste au Sénat que pour devenir président de la CAF, chipant la place à Issa Hayatou, qui venait de passer plus d’un quart de siècle à la tête de l’institution. En 2020, Ahmad Ahmad sera suspendu pendant cinq ans de toute activité liées au football pour corruption.

Son successeur, Constant Omari, est une part de l’histoire de la République Démocratique du Congo à lui tout seul. Constant Omari est, depuis 1996, le président de la Société Commerciale des Transports et des Ports du Congo-Kinshasa. A l’époque, Mobutu Sese Seko est encore dirigeant du pays. Omari a donc traversé sans trembler ces périodes, signes d’une accointance avec le pouvoir politique hors-norme. Le 13 novembre 2020, il est devenu président de la Confédération Africaine de Football. Un signe que le football restera sous influence encore longtemps…

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