Alors que les jours raccourcissent de plus en plus et que le temps se rafraîchit, la pluie devient un compagnon du quotidien. Et la belle saison du football, elle, se termine. Mais plutôt que d’arrêter complètement de jouer au football, beaucoup jouent sous la pluie. Mais les comportements différent selon les âges. Le football sous la pluie, de dix ans à cinquante ans, c’est une véritable religion.

Quand on a dix ans…

Quand on a dix ans, le football sous la pluie, c’est comme le football en plein soleil. On s’en fout un petit peu de saloper ses vêtements, on s’en moque complètement de déchirer ses chaussettes et de tâcher ses chaussures de boue. Avec les copains, l’important c’est de s’amuser, et encore plus quand l’école reprend ses droits.

Bien sûr, sur le bord du terrain, les mères ne sont pas contentes de ce que font leurs fils. Ils préféreraient les voir droits, fiers, debout, au milieu du terrain, plutôt que de se jeter dans la boue. Mais qui pourrait résister à cette envie irrésistible de venir tacler dans une flaque d’eau ? Ou bien de devenir gardien et de plonger dans les mares de boue de la surface ? Encore plus quand on a dix ans.

A l’aube des vingt ans

A l’aube des vingt ans, le football sous la pluie, c’est surtout un défi technique bien différent du football sur une belle pelouse par temps sec. Les balles, pas forcément bien gonflées, rebondissent un peu n’importe comment. Les trajectoires des ballons sont difficilement prévisibles. Un coup, elles s’en vont à droite. Un coup, elles s’en vont à gauche. Et puis de temps à autre, elles s’arrêtent brutalement, comme ça, en plein milieu de leur destinée fulgurante. Quand c’est une passe, cela peut occasionner une contre-attaque, et coûter très cher. Quand c’est une frappe, on se couvre de ridicule avec un ballon qui n’arrive que difficilement… dans les bras du gardien adverse.

Mais quand on a vingt ans, le football sous la pluie, c’est aussi l’occasion de se donner à fond, parce qu’on ne transpire quasiment plus, tout en restant à l’affut des ballons un peu compliqués, parce qu’il n’y a pas de risque de glissade à cause du gel ou bien de larges hématomes à cause du froid. Et puis, une fois rentré à la maison ou dans les vestiaires, c’est l’occasion bénie de prendre une douche bouillante histoire de se réchauffer et, surtout, de se sécher ensuite pour rentrer dans des vêtements secs.

Lorsque l’on a trente ans…

Lorsque l’on a trente ans, le football sous la pluie, c’est sympa parce que cela reste une des rares activités que l’on peut faire en extérieur. Pas question d’aller bruncher en terrasse avec des amis, ou bien d’aller prendre un verre sur un rooftop quand il pleut comme vache qui pisse. Hors de question également d’aller se balader en forêt ou dans un parc – seul, en famille ou bien avec sa compagne (ou son compagnon). Non, le football est vraiment le seul moyen de sortir un peu, de s’aérer l’esprit et de quitter un peu le bureau dans lequel on est enfermé toute la journée.

Et puis surtout, lorsque l’on a trente ans, aller jouer au football, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, c’est le moyen de sortir un peu de son cocon, de son cercle habituelle. Le moyen aussi de casser la routine, en voyant d’autres personnes, en faisant du sport plutôt qu’en s’encrassant avec sa trottinette électrique ou son vélo à assistance électrique, ou bien en se rouillant tous les jours dans les transports en commun ou sur la banquette arrière d’un Uber, voire même au volant de sa propre voiture.

Et si l’on a quarante ans…

Et si l’on a quarante ans et que l’on joue toujours au football, la pluie, ce n’est vraiment pas un problème. C’est qu’on a déjà attrapé le virus de ce sport il y a bien longtemps, et que tout ce qui compte, c’est de taquiner la balle. Et puis aussi de faire un peu de sport, pour faire partir ce petit ventre qui se forme à force de petits verres de vin ou d’apéro qui s’éternisent autour d’une planche de fromage. C’est l’occasion également de ne plus avoir les enfants dans les pattes pendant deux heures, de faire quelque chose pour soi, de se libérer des contraintes.

Bref, quand on a quarante ans, le football sous la pluie, c’est un petit peu la réponse à tous les problèmes du quotidien. Et puis, quoi de mieux que de se retrouver avec les copains pour aller s’en jeter un à la fin du match ?

Enfin, à cinquante ans…

Enfin, à cinquante ans, le football sous la pluie, c’est un véritable retour en enfance… ou presque. Car on a les articulations qui grincent, on a les chaussures trempées à la fin, on a les cheveux tout décoiffés… mais on s’en moque royalement. Car tout ce qui compte, c’est de retrouver ce plaisir simple et enfantin du football. Ce plaisir sans complexe, de se jeter dans la boue pour arrêter la balle. On ne joue plus pour devenir professionnel, c’est fini tout ça, plus de rêves de gloire, plus de pensées de victoire. On joue simplement pour se faire plaisir, retrouver ses amis.

Car c’est avant tout cela le football, de dix à cinquante ans. La morale de toute cette histoire, c’est que le football sous la pluie, ou sous n’importe quelle autre météo, c’est une grande histoire qui commence et termine par le mot partage, entrecoupé de rappels de l’amitié que l’on a. Être amis et jouer au football sont peut être deux synonymes…

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