L’absence de football, l’absence de sport télévisé et les profondes modifications de nos modes de vie induites par le confinement nous invitent à fermer les yeux. Fermer les yeux, ce n’est pas rêver, c’est réfléchir à ce que nous sommes.

Infimes

Qui peut réellement prétendre se connaître ? Celui qui répondrait à cette question par l’affirmative mentirait. Soit aux autres, soit à lui-même. Nous pouvons cependant sans nul doute nous poser un instant et réfléchir à quelques éléments de nous-mêmes. Notre amour pour le football, par exemple, est un des éléments consubstantiels de notre existence. Celui qui lit ces lignes ne pourra le nier, car s’il les lit, c’est qu’il est fondamentalement intéressé par la balle ronde.

Les hommes sont malheureux car ils s’adonnent aux passions, nous enseigne la philosophie stoïcienne. Pas de pensée universelle, rien n’est développé, et les hommes sombrent dans leur particularité. Ils préfèrent la partie au tout. Celui qui accède à la sagesse est éternel. Eh bien le football est le parfait antidote de cet égoïsme passionnel. Car nous préférons le tout – le football – à la partie – notre équipe.

Mais qui sommes-nous réellement pour prétendre être ? Qui sommes nous réellement pour prétendre compter dans le formidable monde qui est le nôtre. Rien, ni personne. Nous pourrions mourir dans l’instant, et le destin du monde ne serait pas contrarié. Mon futur ne sera pas une page blanche, mais mon avenir peut l’être. Si nous n’avons pas choisi nos origines, notre liberté est celle de notre vie. La destinée est l’œuvre d’une liberté inextinguible, qui peut composer avec son destin. Mais notre liberté, aussi belle soit-elle, ne peut nous enlever le sens de notre vie.

Refermer

Ouvrir les yeux un instant le temps de regarder le paysage. Puis, à nouveau, fermer les yeux pour penser à nous-même. A notre rapport au football ? Mérite-t-il autant d’attention que ce qu’on lui porte ? Peut-être bien que oui, peut-être que ce n’est pas qu’un divertissement pour des rois sans couronne.

Le désir, par nature inextinguible, est en attente de valeurs, de sens absolu, autres que ce qui satisfait le corps. La valeur est un principe absolu qui donne sens, signification et direction à nos actes. La valeur est mobilisation, créatrice de sens : C’est le Bien, le Beau, le Vrai. Le désir du Bien est l’élévation, l’assomption de l’être. La charité, du latin caritas, c’est l’œuvre du cœur généreux, qui désire l’amour absolu, l’agapê grecque.

Que dire de plus ? Que nous ne sommes rien sans football, probablement ? Ou bien que notre vie n’a guère de sens que pour nous même ? De la joie la plus intense jusqu’à la dépression la plus morne, il n’y a qu’un pas. De la morne tristesse du jour jusqu’à la délicate lueur du soir couchant sur une pelouse bien arrosée, il n’y a qu’une seule seconde. Alors profitons de ces moments où le football est illusoire pour nous asseoir droit devant lui en lui demandant des comptes et des explications. Car quand nous aurons compris ce qui le constitue, nous comprendrons mieux une part de nous même.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)