En ces temps troublés de coronavirus, le football peut parfois manquer. Voici trois images qui racontent quelque chose du football. Qui racontent une émotion, un sentiment, une pensée unique. Des images de vie.

L’abandon

Le football témoigne d’un abandon romantique à la chose du ballon rond. Rester seul, pour s’entraîner, comme perdu dans les nuées, est d’une beauté fatale. Il n’est pas besoin de réfléchir longuement, simplement de courir dans la brume. Autour d’un terrain. Comme pris par la folle envie d’aller de l’avant, pour s’envoler dans le mythe essentiel et fondateur des anglais débarquant sur les côtes sud-américaines, ballon à la main. Alors s’abandonner à l’effort est revêtu de tout son sens. Quand, seul, abandonné, nous allons contre toute attente dépasser nos limites pour nous retrouver plus loin, plus fort, plus intelligents peut-être même.

L’enfance

L’enfance. Ce sont des images merveilleuses que celles de l’enfance. L’innocence de ne pas savoir, la fougue des débuts, aussi. Bouger le ballon comme on bougerait une pierre, comme on sauterait dans une flaque d’eau. C’est ici que naissent les passions, violentes, puissantes et déterminées, les passions de vie et de mort, la haine de son prochain comme son amour dans l’immédiate seconde. L’enfance. Le début de tout, le début de la vie mais aussi de la mort, du football comme de sa détestation. Tout se joue dans ces quelques instants qui semblent anodins.

L’affluence

C’est ce dont on rêve depuis nos débuts qui se passe sous nos yeux. Ce que nous réclamons à corps et à cris depuis que nous avons commencés à taper dans un ballon. Voir un stade rempli de monde. Voir des gens hurler notre nom, ou le siffler. Voilà à peu près ce qui doit se passer dans la tête d’un footballeur qui, pour la première fois de sa vie, déboule sur un terrain noir de monde, prêt à être envahi par une horde barbare. Prêt à être fait roi, prêt à être couronné. Et il pense. Et il se dit sans doute qu’il est béni des dieux. Car il sait que tout cela est éphémère. Car il sait que rien ne dure vraiment. Alors il en profite. Tant que cela dure.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)