Le football est une communion entre plusieurs éléments qui se rencontrent de manière absolument aléatoire. Avec à la fois la possibilité de le voir comme le fruit du plus pur des hasard. Et d’un autre côté l’envie folle de croire que tout est une destinée écrite à l’avance.

Sans en-jambages

Il paraît un petit peu incongru de croire que certains sports et certaines activités physiques n’ont pas existé de toute éternité. En effet, c’est tellement simple de jouer au football, tellement banal, tellement anodin, qu’il ne paraît pas fou que le football ait existé dans un autre monde, à un autre lieu, à un autre moment. Il n’est pas possible que personne n’ait pensé, de près ou de loin. D’ailleurs, avec toute l’histoire qui se déroule devant nous, nous nous en rendons compte. Le football a existé sous des formes antérieures.

En Europe, on retrouve les toutes premières traces de jeu de ballon en Grèce antique, où il est de coutume de s’échanger, au pied ou à la main, des balles relativement lourdes et sans commune mesures avec les un peu plus de quatre-cents grammes des ballons de football actuels.

On observe également des jeux de balles plus ou moins similaires en Mésoamérique à partir du IIème millénaire av. J.-C et jusqu’à la colonisation européenne : des équipes d’un nombre très variable de joueurs – cela commence au face-à-face et peut aller jusqu’à une opposition à douze contre douze – s’affrontent en faisant rebondir une balle sans l’aide ni des mains, ni des pieds, et tentent de les pousser dans un anneau ou bien de leur faire toucher le sol dans la moitié de terrain adverse. Le jeu est donc à peu près autant approchable du football que du volley-ball ou du basketball.

Fans de football avec leurs fumigènes
Fans de football avec leurs fumigènes

Tout a-t-il déjà existé ?

Mais la question centrale reste la suivante : tout a-t-il déjà existé ? Sommes-nous sur terre, avec notre lot de certitude et de doute, que pour reproduire des schémas pré-établis ? Ou bien disposons-nous réellement d’une liberté d’action ? C’est la question centrale que nous nous posons depuis des décennies. Que nos ancêtres déjà se posaient pour nous. Que la littérature s’échine à explorer. Le héros angoissé de Peter Handke se pose finalement la même question dans ses errances coupable. Tout a-t-il déjà existé ? Le temps que nous passons est-il nouveau ?

Il semble effectivement que pour une part, oui. Le football n’a pas pu exister avant son existence, car, existant, il se transforme et se métamorphose au hasard des gestes et des exploits, d’extraordinaires épopées et d’échecs cuisants. C’est la magie du football. Gagner, mourir, pleurer, exister, vivre, sentir, regarder. Calculer, démontrer, dénier, nier, effectuer, contempler, profiter, regarder. Penser, gémir, haïr, jouir, regarder. Aimer, détester, sembler, ressembler, rester, poser, oser, regarder. Le football est une succession d’actions simples qui prennent toutes le même chemin.

Alors non, rien n’a existé avant d’être. Aucun être n’a tracé son chemin avant de tracer son histoire, aucune histoire ne s’est passée avant d’avoir eu lieu. Le football est une des rares choses pour laquelle nous tenons une certitude existentielle sur son unicité, sa spontanéité et sa personnalité. Et c’est à travers ces quelques mots incertains couchés sur un terrain en herbe, ces actions ordinaires que l’on retrouve sur une feuille de papier, que le football prend tout son sens et toute son existence.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)