Nul ne sait quand il se déroulera vu le contexte actuel, mais le prochain match de Premier League sera la très attendue rencontre de Mikel Arteta et Pep Guardiola. L’occasion de souligner à quel point le mentorat du maître est ici visible dans le travail de l’élève.

Poker mentor

Mikel Arteta n’en a jamais eu l’occasion mais sa carrière s’est déjà faite comme s’il avait joué avec Pep Guardiola. Il rejoint la Masia en 1999, époque où des joueurs comme Xavi, Iniesta et Fabregas éclosent selon le moule Guardiola. Alors joueur, ce dernier a déjà redéfini la culture de la passe au sein du club catalan. Évidemment, passer par le tamis de la Masia, bien qu’il n’ait jamais su trouver sa place en équipe une, se fait fortement ressentir sur sa carrière et le type de joueur qu’il était. Et finalement, le fait que les deux hommes ne se soient jamais retrouvés dans la même équipe était une anomalie, tant cette rencontre semblait destinée.

Une anomalie qui sera bien assez tôt rectifiée. Le coup de foudre opère un soir de match entre le Bayern de Guardiola et Arsenal, où jouait Arteta. Un appel et une rencontre plus tard, le disciple de Johann Cruijff est persuadé de tenir son prochain adjoint qui l’accompagnera pour l’ère citizen. L’intérêt est réciproque. Alors que sa forme physique lui permettait encore quelques saisons supplémentaires au haut niveau, Mikel Arteta met un terme à sa carrière afin de le rejoindre à Manchester. Trois ans plus tard, il prend son propre envol en acceptant le poste d’entraîneur principal à Arsenal. Une opportunité d’appliquer les méthodes vues avec Guardiola puisqu’il a, de toute évidence, beaucoup appris avec le Catalan, allant même jusqu’à entraîner et gagner un match contre… Arsenal – et d’en perdre un autre contre Lyon.

Similitudes

Cela ne fait qu’à peine trois mois, mais déjà les premières similitudes entre le maître et l’élève surgissent. Premièrement, ils s’inscrivent dans la trempe des entraîneurs qui apportent une ligne directrice aux clubs qu’ils dirigent, aussi bien dans le jeu que dans la très liée politique sportive. Et cela tombe bien, c’est précisément ce qui manquait au mandat Unai Emery. Ainsi, il est tout sauf surprenant de voir Arteta vouloir imprégner la culture du jeu de position à Londres, précepte s’il en fallait un de Pep. Surtout, on retrouve dans l’ébauche de l’Arsenal « artetesque » la même structure offensive que Guardiola (et Klopp). En effet, s’il se démarque de par son 4-2-3-1, l’idée d’attaquer avec une ligne frontale de cinq joueurs – les latéraux, les ailiers et le neuf – reste. Ceci est absolument fondateur dans la Premier League de nos jours.

Les deux Espagnols se ressemblent aussi dans leurs difficultés. Pep Guardiola, qui lui-même avait qualifié sa première saison outre-Manche de « désastreuse », sait que l’enjeu de la première pige est de trouver un équilibre entre les fortes attentes générées et le travail de fourmi pour imprégner une nouvelle culture au club. Si Arteta a gagné les faveurs de tout le monde au club, les performances peu inspirées et illustrant encore trop Bernd Leno, comme la réception de West Ham, demeurent. La lenteur des progrès peut frustrer mais nul doute qu’insuffler des manières avant les résultats portera ses fruits.

Si Guardiola, l’un des coachs les plus respectés, adulés et titrés, a dû passé par là, alors évidemment que le jeune Arteta qui débute le métier sans pré-saison et avec des finances limitées aura besoin de temps. Par ailleurs, loin d’y voir là une prophétie, mais il est intéressant de noter que la massue Olympiakos est, à l’échelle, comparable à l’élimination précoce de Guardiola lors de sa première saison face à Monaco.

Sauter des étapes

Mikel Arteta jouit aussi de ce mentorat par une expérience déjà assez forte par rapport au temps de présence dans le métier. De quoi lui permettre de sauter quelques étapes. Pour bâtir son projet, il a déjà su et tenu compte de l’importance de se tourner vers la jeunesse. Bukayo Saka, Eddie Nketiah ou encore Reiss Nelson jouent ainsi les rôles de John Stones, Gabriel Jesus et Raheem Sterling. Rajeunir l’équipe plutôt que de tenter de réformer les anciens semble être un prérequis pour les deux coachs, bien que cela aille aussi avec son lot d’inconvénients, l’inexpérience engendrant forcément des erreurs.

De plus, Arteta montre des signes de précocité face à son mentor. On l’a dit, Arsenal devient une équipe à possession, appliquant un jeu au sol en partant proprement de l’arrière. Alors que David Luiz abusait des ballons longs sous Emery, la majeure partie du jeu semble déjà reformée dans le sens de la marche. En ce sens, la venue de Pablo Mari apporte plus de talent balle au pied chez les défenseurs centraux. Arteta, en poste depuis quelques mois, est d’ailleurs déjà en avance sur Guardiola, qui avait mis près d’une saison à implémenter cela. Avec la même réussite à l’avenir ?

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