Le sable entre les dents. Sur la plage, avec ses amis, c’est l’endroit où le football prend son origine et connaît sa première expression. C’est là où il se peaufine, chaque jour. Sur ces surfaces bosselées par les vagues et le temps, des gestes techniques inédits sont chaque jour inventés. Le sable entre les dents.

Sea, sable and sun

SSS. Les trois S. La mer, le sable et le soleil. C’est là que le football a pris son envol, et qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. La mer, d’abord, avec les marins venus d’Angleterre et d’Ecosse accostés sur le rivage brésilien. Le sable, ensuite, où ils viennent se saouler le soir, avec quelques mulâtres autour des bras. Le soleil, ensuite, qui vient balayer leurs visages au matin. Et qui vient leur faire tâter le cuir, lui aussi tout juste débarqué du bateau, pour la première fois sur un nouveau continent. Cracher des flammes, d’une nouvelle manière, devant le visage étonné de quelques esclaves libérés un instant plus tôt à peine (*). Jouer au football, apprendre et développer un nouveau sport.

Les plages ont été les premiers endroits où le football s’est harnaché au sol brésilien, ce sol si précieux pour le beautiful game. C’est grâce et avec le Brésil que le football est né au monde, et c’est au son des vagues que sont nés les plus beaux artistes du football. Les Ronaldinho et les Ronaldo ne sont peut-être pas ceux qui ont grandi sur les plages, mais nombre de leurs prédécesseurs, Fénoméno aux mêmes titres que leurs successeurs, ont perfectionnés bien des gestes techniques sur les plages, le sable au bout des pieds, le sable entre les dents. Parce que ces terrains sont irréguliers, par nature même, le football brésilien a donné au monde une expression technique tout à fait particulière.

La chaleur des amis

Bien des gamins ont commencés à jouer au football sur le rivage de la Méditerranée, sous le chaud soleil du sud de l’Italie, dans le charme du rivage grec, entre Perpignan et Bandol, avant d’aller manger aux alentours de 22 heures comme cela se fait en Espagne. Agadir, Rabat, Alger, Tunis, Tripoli, Alexandrie, l’Afrique du Nord n’est pas en reste quand il s’agit de fournir des terrains de football naturels. En effet, dans tous les écosystèmes remplis de plages agréables et où le football a été semé, il est rentré dans les mœurs. Jouer une petite partie sur la plage, entre amis, est une des activités les plus appréciables qui existe. Cela serait barbare de refuser un match de foot avec des serviettes de plage comme buts, avec le sable comme pelouse. Ce genre de parties où chaque tacle fait terminer avec du sable entre les dents.

Et en rentrant de la plage, chacun a sur soi une petite lembrança, un souvenir de la partie qu’il vient de disputer. Du sable sous les pieds. Sur la serviette. Ou bien collées sur les lanières des tongs Havaianas – les meilleurs buts devant l’éternel. Et bien sûr, du sable entre les dents, qui crisse lorsque l’on bouge la mâchoire. Du sable qui a un petit goût de sel, parce que la mer vient se fracasser à quelques mètres à peine, monte, remonte et démonte les lignes qui se tracent petit à petit avec les pas sur le sol blanc immaculé.

Car chacun des pas dans le sable est empli d’une profondeur aromatique. Chaque marque laissée dans cette matière qui varie d’un brun foncé à un blanc neige donne un profond sentiment de bonheur. Et si le football est un autre nom pour le bonheur… alors le football sur sable est un synonyme d’extase.

(*) L’abolition de l’esclavage au Brésil a eue lieu avec la Loi d’Or du 13 mai 1888.
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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)