Le football est un art, et c’est désormais une chose bien établie. Et, à l’instar de son lointain cousin l’opéra, le football se joue sur une musique. Si une nationalité de joueur est particulièrement connotée pour une appartenance à un genre musical particulier, c’est la nationalité brésilienne. Mais les stéréotypes ont la vie dure concernant la musique propre au football brésilien. 

De la samba…

L’archétype du joueur brésilien veut que celui-ci soit sensible à un genre musical tout à fait particulier, la samba. Et, c’est vrai, la samba est un genre musical d’une ampleur inégalée au Brésil. Au sein de toutes les classes sociales, dans à peu près toutes les régions du Brésil, mais quand même principalement dans les régions côtières, la samba est un art de vivre. On retrouve ainsi des « sambodromes » à Rio de Janeiro, à São Paulo (il y en a même deux), à Florianópolis ou bien à Belém. Mais c’est à Salvador, dans l’état de Bahia, cette ville parois abusivement nommée « Salvador de Bahia » en français, que la Samba prend toute son âme. L’art de la danse et de l’évitement est presque né dans la première capitale du Brésil, où les esclaves sont les uns après les autres arrivés, symbole de l’ignominie esclavagiste.

Mais cette immigration forcée a créé un melting-pot culturel absolument formidable. Les cultures d’Afrique de l’Ouest se sont mêlées, afin de donner naissance à une culture afro-brésilienne. Dans ce mélange aux formes diverses, la religion afro-brésilienne, le candomblé, est née. Ce creuset, c’est aussi la naissance de la capoeira, cette danse, cet art martial, cette musique. Et c’est elle, véritablement, qui a influencé le football, avec cet art du corps. Les parades, les sauts, les petits déplacements… tout cela a profondément influencé le football brésilien. C’est aussi dans la capoeira que sont nés les surnoms propres aux joueurs brésiliens. Car les capoeiristas gagnent une certaine notoriété en gagnant un surnom de la part de leurs pairs. Tout cela, c’est le football « à l’ancienne ». La musique du football brésilien se conçoit ainsi.

…au funk

Mais voilà, tout cela s’est un peu envolé, et la musique propre au football brésilien en même temps. Les surnoms des joueurs de football se font de plus en plus rare, et le joga bonito à la brésilienne ne semble plus qu’être une illusion. Pourquoi ? Parce que la samba, la capoeira et tout cet univers a perdu de son influence dans la culture brésilienne, notamment chez les jeunes. Au profit du funk, né dans les morros – les favelas – de Rio de Janeiro et de São Paulo. Les deux villes se disputent d’ailleurs la paternité du funk, mais il semble quand même que Rio soit un petit peu mieux placé : au Brésil, on n’hésite pas à appeler cela le funk carioca. Et le funk carioca n’apporte pas du tout la même culture de partage et de jeu des corps que la samba et la capoeira.

Non, le funk s’est fait connaître notamment grâce à deux choses : l’éloge des gangs et du sexe. Et ce sont deux choses qui, présentées d’une manière très particulière, renvoie à un individualisme fondamental. Mais, non content de perdre la mention collective à la chose, on perd également le beau au profit de l’efficace. Les douces harmonies se perdent en bruits métalliques et violents. Et, logiquement, on arrive à la même chose sur le football brésilien. Petit à petit, l’art du jeu pour rire n’existe plus. La musique brésilienne a changé, et avec elle, le championnat brésilien s’est effondré. Bien sûr, il y a toujours quelques stars pour faire rayonner le Brésil, mais il n’y a plus cette espèce d’ambiance et d’alchimie collective propre à une représentation musicale. Fondamentalement, la musique du football brésilien a changé les tendances.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)