A la clôture de la phase de groupe de la Ligue des Champions 2019-2020, c’est le Paris Saint-Germain qui affichait la meilleure défense parmi toutes les équipes engagées. Avec dans la cage, un certain Keylor Navas (et Sergio Rico à une reprise). Mais si le gardien du Costa Rica en est là aujourd’hui, ce n’est pas que le fruit du hasard. C’est le fruit d’une rencontre, derrière un écran de télévision, avec un homme. Cet homme, c’est Léster Morgan, le gardien du Costa Rica du début des années 2000, suicidé à 26 ans. Voici l’histoire de Léster Morgan. 

Penalty

Le 18 août 2002, Léster Morgan est titulaire avec le CS Herediano contre le CS Cartaginés. Ce match aurait pu être anodin si Léster Morgan ne l’avait pas doublement marqué de sa patte. D’abord, en détournant à la dixième minute de la rencontre un penalty de Danny Fonseca, le milieu de terrain historique du Cartaginés. Car les penaltys, les tirs-au-but, c’était la spécialité de Léster Morgan, et d’ailleurs Keylor Navas a repris cela à son glorieux aîné. Un plongeon merveilleux, une parade dont lui seul a alors le secret, et Léster Morgan empêche son adversaire d’ouvrir la marque. Un arrêt décisif, puisque le CS Herediano s’impose finalement avec un seul but d’avance devant son adversaire du soir. Trois buts à deux. Un bon résultat dans un championnat ou Herediano n’est pas au mieux, malgré son titre de vice-champion la saison précédente.

Léster Morgan marquera le match d’une moins bonne manière en seconde période, avec une de ses autres spécialités, les blessures. Car Léster Morgan, depuis son plus jeune âge, est un gardien très sujet au blessure. C’est cela qui explique notamment le fait qu’il ne soit pas systématiquement titularisé avec la sélection costaricaine. Souvent musculaires, ses blessures ne sont pas graves. Mais elles l’handicapent pour la progression de sa carrière, car elles interviennent plusieurs fois par saison. Derrière la cuisse, notamment, Léster Morgan est très handicapé. Il paraît que c’est ce qui lâche durant la seconde période de cette rencontre anodine de championnat costaricain. Léster est remplacé, et il ne le sait pas encore, cette rencontre sera la dernière, la toute dernière de sa carrière. Cela sera la dernière fois de sa vie qu’il apparaîtra sur les téléviseurs cabossés du Costa-Rica.

Roulette russe

Le drame se déroule en un seul acte. Vendredi 1er novembre. Le corps de Léster Morgan est retrouvé sans vie à San Rafael de Heredia. Il y avait acheté une jolie maison quelques mois auparavant. Dans cette petite ville à une quinzaine de kilomètres au nord de San José, la plus grande ville et capitale du pays, Léster Morgan s’est donné la mort. Blessé depuis plusieurs mois, accablé par les dettes, il n’en peut plus. Personne n’est avec lui, dans cette terrible nuit du jeudi au vendredi. Et Léster Morgan craque. Il enregistre quelques mots pour sa famille, griffonne sur un bout de papier cinq lettres pour ses proches dans lesquelles il explique son geste, et commet l’irréparable. Non, Léster Morgan n’est plus.

Les problèmes d’argent, Léster Morgan les avait accumulé auprès de ses trois femmes, malgré son jeune âge. Les pensions alimentaires à payer à ses fils étaient au dessus de ses moyens, ceux d’un gardien du championnat du Costa-Rica. Formé au Guanasteca, il avait ensuite signé pour l’Herediano, avant de partir une saison au Mexique. Il était revenu en 2000 au CS Herediano, afin de regagner du temps de jeu et de s’imposer en sélection, où il n’a compté que six sélections tout au long de sa courte carrière.

A vingt-six ans tout juste, le portier costaricain le plus prometteur de sa génération s’envole à tout jamais. Mais sa mémoire, elle, ne s’est jamais envolée. Elle continue de vivre dans les esprits de ceux qui l’ont vu détourner des penaltys, s’envoler dans les airs et faire lever des foules.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)