Sylvinho, c’est terminé. À peine quelques mois après son intronisation en grandes pompes, le coach brésilien s’est vu éjecté de son poste suite à la défaite de l’OL 0-1 contre l’AS Saint-Étienne. Si cet échec peut sembler cinglant pour Juninho, l’OL possède encore largement le temps de redresser la barre et d’atteindre ses objectifs cette saison. Néanmoins, au-delà des enjeux sportifs immédiats, l’idole de Gerland est au centre de nombreux débats. La raison étant évidemment son premier choix fort en tant que directeur sportif : la nomination de Sylvinho. Pour autant, était-il possible pour Juninho de prévoir ce revers ? Aurait-il pu mettre Sylvinho dans de meilleures dispositions et permettre sa réussite ? A-t-il manqué de discernement dans ses choix ? In fine… Juninho est-il coupable ?

Une prise de risque importante

On peut retourner le problème dans tous les sens, rien ne changera le fait que Juninho est responsable de l’échec de Sylvinho. Le simple fait que le choix de l’entraîneur brésilien soit le sien suffit à tenir Juninho comme garant des conséquences. Cependant, il ne va pas de soi que Juninho soit véritablement coupable. Si l’on veut dresser un parallèle légal, pour un même résultat (par exemple un homicide), on peut être jugé tout à fait différemment selon l’intention, les risques pris et toute autre circonstance aggravante ou atténuante. Dans le cas de Sylvinho, certains éléments peuvent faire penser que Juninho n’a pas excellé dans sa gestion de risque.

En effet, avec ce choix d’entraîneur, Juninho engage un néophyte au poste de numéro un. De plus, Sylvinho ne connait que très peu la Ligue 1 et est d’ailleurs présenté comme un spécialiste du football brésilien, et italien dans une moindre mesure. Pour finir, Sylvinho a assisté des entraîneurs moins cotés que d’autres candidats cités. À ce titre, on pense par exemple à Mikel Arteta, considéré comme successeur de Pep Guardiola. En y regardant de plus près, Juninho a donc fait confiance à un homme présentant un niveau assez faible de garanties.

D’autres profils confirmés ont été évoqués, tels que Blanc, Gallardo ou Sampaoli mais il est difficile de déterminer si Juninho les a rejetés ou si leur arrivée n’a pu se concrétiser. Sur demivolée.com, le cas Vieira était également envisagé de manière plutôt optimiste. Quoiqu’il en soit, si le discours de Sylvinho a convaincu nombres de supporters et d’observateurs à son arrivée, son CV n’était pas le plus garni de tous les candidats mentionnés dans la presse et, en ce sens, Juninho peut être critiqué pour avoir choisi une solution risquée.

La fibre brésilienne

Si choisir Sylvinho était une option moins sécurisante que d’autres pour Juninho, de nombreux arguments soutiennent l’idée qu’il fallait au moins « tenter le coup ».

D’abord, le fait que Sylvinho soit brésilien est un aspect non-négligeable de cette décision. Cela a permis à Juninho d’avoir un compatriote et un entraîneur en qui il avait parfaitement confiance. De la même manière, Jean-Michel Aulas a toujours favorisé les entraîneurs francophones avec qui il pouvait communiquer sans encombre. Si Juninho a débarqué pour trancher un tant soit peu avec la méthode Aulas, l’importance d’une communication et d’un engagement sans faille entre directeur sportif et entraîneur est capitale pour une telle organisation. D’ailleurs, le club a largement vendu la paire Juninho et Sylvinho dans sa communication, signe que le duo fort devait s’inscrire dans la durée au club.

D’autre part, le discours de Sylvinho a répondu à tous les critères recherchés par Juninho. Au-delà du jeu de possession et du 4-3-3 que l’ancien du Barça a mis en avant, le travail, la rigueur et la recherche de l’excellence étaient exactement ce que Juninho désirait. En effet, son diagnostic sur l’OL lors de son arrivée n’a pas été de critiquer la qualité du jeu lyonnais mais bien la mentalité de l’effectif et du club de manière plus générale. Genesio a été maintes fois conspué pour le manque d’esthétique dans son jeu mais lorsqu’il quitte le club, l’OL est 3e et remplit ainsi ses objectifs pour la saison, en ayant remporté de nombreuses victoires prestigieuses durant son passage.

Des intentions louables et un choix renseigné

Afin de soutenir Juninho dans son diagnostic, de nombreux indicateurs statistiques montrent que l’OL de Genesio a tenu son rang de club européen à travers les années. Sur une étude réalisée depuis 2014/2015 dans les 5 grands championnats européens*, l’OL a toujours fini – pendant que Genesio était numéro un – dans le premier quart en termes de passes réalisées dans les 20 mètres adverses. Cet indicateur est critique pour évaluer l’efficacité du jeu offensif d’une équipe.

Une autre statistique rehausse en outre les prestations de l’OL. La Ligue 1 est le championnat du top 5 européen où le nombre de passes réalisées dans les 20 mètre est le plus faible**, très loin derrière les autres, y compris en valeurs absolues derrière la Bundesliga (qui ne compte pourtant que 34 journées). Ainsi, le problème identifié par Juninho dans l’OL de Genesio est celui de la mentalité. Plus précisément, le club manque de régularité dans les résultats et trahit trop souvent un manque d’exigence et de détermination à réussir à un niveau plus élevé. En ce sens, Genesio est parti car son management était celui du confort et ses excuses sur la jeunesse, l’expérience et l’humilité ne tenaient plus debout devant l’hypocrisie de blâmer comme causes les conséquences d’une méthode sans exigence.

Sur le papier, Sylvinho semble avoir les clés en termes de management et des principes de jeu qui font espérer à Juninho et à tant d’autres que cette saison sera celle du décollage pour la fusée OL. In fine, Juninho ne pouvait être définitivement certain de la compétence de son entraîneur qu’en le nommant et il y avait de nombreuses raisons de croire que cela fonctionnerait.

Trop de douceur dans ce monde de brutes

Le choix de Sylvinho entériné, un autre problème se pose pour Juninho : que faire du staff ? Faut-il y aller en douceur ou passer le Karcher ? Juninho décide d’un compromis en ajoutant simplement l’analyste vidéo Lazaro au staff technique en place. De nombreuses études de management, y compris dans le contexte sportif soutiennent cette décision dans le sens où les changements brusques et significatifs en termes d’effectif sont vecteurs de risque. Un exemple parlant fut le turnover colossal dans l’effectif monégasque durant l’été post-titre. Le club continue de payer cette erreur et on peut imaginer que, de la même manière, repartir de zéro en matière de staff technique pourrait conduire changer trop radicalement de méthodes d’entrainement et à perdre les joueurs. De plus, humainement, une telle décision était difficile à prendre pour Juninho car des personnalités comme Coupet ou Caçapa ont aussi été des joueurs clés des années dorées du club.

Pourtant, cette décision a aussi montré ses désavantages. Dès le début de saison, Juninho se plaignait du manque d’intégration de Sylvinho de la part du staff en place. La barrière de la langue n’étant pas l’unique problème, le staff montre également peu d’enthousiasme et une grande passivité, comme le relate l’Equipe ces derniers jours. Sylvinho qui devait amener des changements se retrouve finalement esseulé et son message ainsi que sa méthode sont ainsi minimisés. Sur ce point, il est plus difficile d’en vouloir à Juninho qui a misé sur ses anciens partenaires et sur un staff écouté par les joueurs pour dynamiser et soutenir la méthode Sylvinho. Il était difficile de prévoir que ce staff se montrerait aussi peu coopératif et, en ce sens, il est légitime de se poser des questions pour la prochaine nomination.

L’OVNI Maurice

De la même manière, le nouveau directeur sportif Juninho et Florian Maurice, jusque-là en charge du recrutement, se sont partagés le mercato. Ce dernier a montré à travers la presse qu’il n’était pas satisfait de la nouvelle organisation et cela a donné lieu à des tensions et à une forme de compétition. Par exemple, le choix de Thiago Mendes plutôt que de Bennacer a montré que le duo travaillait en réalité dans une relation de rivalité plutôt que de véritable synergie, chacun tentant d’imposer sa piste et de l’amener à une conclusion.

En conséquence, Juninho a été responsable d’un mercato pas totalement cohérent, où l’OL finit par investir 30M€ sur Jeff-Reine Adelaide tandis que le manque d’expérience dans l’équipe ainsi que le manque de qualité au poste 6 est une observation réalisée par Juninho lui-même. L’exemple le plus parlant reste celui de Lucas Tousart, jugé comme insuffisant lors de la première conférence de presse de Juninho et finalement devenu un des joueurs les plus utilisés par Sylvinho. Sur ce point, le reproche à faire à Juninho serait le même que pour le point précédent, à savoir se montrer trop conciliant envers les personnes déjà en place sans imaginer que sa volonté explicite de changement se heurterait obligatoirement à ceux que le statu quo favorise.

Un regard lucide et une main ferme

Si Juninho s’est montré doux et a cherché le compromis dans ses relations avec le staff sportif, sa gestion de Sylvinho a été dans l’ensemble bonne. Ses interviews très franches ont régulièrement montré que Juninho était lucide sur le niveau de l’équipe, sa lente (voire non-existante) progression et sur les choix pas toujours judicieux de entraîneur. Jean-Michel Aulas lui a publiquement reproché de ne pas avoir assez pesé dans les décisions du coach mais ce n’est pas nécessairement un mauvais point pour Juninho que d’avoir voulu laisser à l’entraîneur la responsabilité de faire son travail. D’autre part, les déclarations de Sylvinho parlant de mettre de côté ses convictions sont le signe que Juninho a eu son mot à dire à un certain moment et a tenté de remettre l’OL sur les rails en suivant ses propres principes.

Lorsque Sylvinho s’est révélé sans solution pour améliorer la faiblesse sans appel de l’équipe (dernière équipe de L1 en passes réussies dans les 20 mètres et 16e en passes concédées), Juninho a coupé court au calvaire et a choisi un timing indiscutable pour intervenir : après le derby et avant la trêve internationale. Il s’est donné les moyens de réagir vite tout en prenant le temps de choisir le bon entraîneur. Sa gestion de la crise lyonnaise est donc pour l’instant satisfaisante, signe que si le choix Sylvinho fut un échec, Juninho a plus d’une corde à son arc et réagit correctement malgré sa faible expérience.

Le verdict

Finalement, la critique majeure que l’on peut adresser à Juninho c’est d’avoir choisi un néophyte brésilien qui constituait donc un risque accru par rapport à d’autres profils plus classiques qu’aurait pu choisir Aulas. Pour autant, l’arrivée de Juninho avait pour but de dynamiser un OL ronronnant et la prise de risque est donc devenue une composante inamovible du projet lyonnais. On peut malgré tout regretter que le directeur sportif lyonnais n’ait pas réussi à empêcher un scénario aussi désastreux. La gestion du staff et du mercato ont peut-être précipité le départ de Sylvinho mais au bout du compte, la faiblesse tactique affichée par l’OL était telle qu’il semble hautement improbable que le Brésilien puisse réussir à ce niveau et avec ce degré de compétence.

La réponse rapide et agile de Juninho montre même que le directeur sportif lyonnais n’a pas perdu les pédales pendant cette crise et est prêt à assumer les risques pris cet été. L’OL pourrait même bien se relever sans trop de complications en misant sur un profil cette fois plus sécurisant, signe qu’il y avait la place pour prendre ces risques. Verdict final : responsable oui, coupable non.

*, ** : source understat.com

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