En guerre permanente avec les autres, les clubs se forment. On comprend vite qu’on est plus fort avec ses potes. C’est un peu ça l’histoire du football. Un combat de Samouraïs.

Regarder

Quand on regarde le football, on se rend compte de plusieurs choses. La première, et la plus fondamentale, c’est sans doute que le football est l’expression première et même de la violence. La violence de classe, la violence des corps, la violence physique… Toutes les violences, en bref. Le sacrifice, aussi, dans la société football, est essentiel. Mais lorsque l’on prend avec un regard complètement détaché de toutes rivalités le football, on se rend vraiment compte que le football est un jeu de violences. De Samouraïs, qui se battent, épée à l’air, avec comme seule envie conserver et préserver l’honneur des siens. Eviter les embûches, peut-être, mais toujours avec honneur, la fierté est la loi. Comme des Samouraïs, préserver l’honneur des siens. C’est ça, le leitmotiv.

Bien sûr, on peut toujours faire semblant, « faire genre » comme disent les jeunes. Faire genre que le football est un sport qui se dispute dans l’amitié. Mais soyons francs une seconde. Personne ne peut décemment croire que « disputer » une partie puisse se faire sans haine ni violence. Le football est un sport de contact, il faut bien prendre en compte cela lorsque l’on analyse les rapports sociaux dans la société football. Le contact sur le terrain, les tacles sur la pelouse détrempée, les crampons qui glissent sur la cuisse en action des attaquants… Mais le contact dans les tribunes aussi. Prendre les siens dans les bras lorsqu’un but est marqué. Venir se battre avec les supporters adverses dans des contextes très tendus. Lancer des boulettes de papier ou des objets contondants sur la pelouse quand on manque d’urbanité et de civilité. Bref, être au contact.

Configurer

Le football se retrouve donc dans une configuration particulièrement originale. Cette configuration induit une différence entre les positionnements des acteurs, et donc un certain désengagement – à défaut d’un désengagement certain – du sociologue dans la cité. Les Samouraïs du football moderne ont-ils complètement disparus ? Pourtant, Norbert Elias parvient à désigner quelques parties où le football garde une certaine configuration. Une configuration totalement nouvelle, comparable cependant à d’autres formes d’actions. Comme, à l’époque, les Samouraïs dans la société féodale japonaise.

« Le terme de « configuration » a pour dessein, ici, de supprimer la connotation inhérente à de nombreux termes traditionnels selon laquelle les individus et les sociétés sont substantiellement différents. Ces deux concepts ne diffèrent que pour un observateur dont le regard se concentrerait un instant sur les individus qui forment un groupe, puis sur le groupe qu’ils forment ensemble. […]

On peut dès lors affirmer que les structures sociales sont des structures formées par les êtres humains et que, dans l’étude des sociétés, la solution alternative à une approche quantitative, à la vision des sociétés comme accumulation d’individus originellement isolés, n’est pas tant de rechercher les qualités de ces sociétés que de déterminer leurs structures, c’est-à-dire les structures ou les configurations formées par les êtres humains.

Le terme de « structure » ne sied d’ailleurs guère aux êtres humains. Il est plus commode de parler de configurations d’êtres humains, par exemple de la configuration mouvante que forment deux équipes de joueurs sur un terrain de football »

– (Elias & Dunning, 1994, pp. 60-61)

Le football est donc, au sens de l’auteur de cet article, une expression modernisée de la virilité et de la suprématie défendue par la société féodale, de tout temps. L’exemple japonais des Samouraïs est, au sens de l’auteur, le plus parlant, parce qu’il relève d’un imaginaire différent. Mais chacun est libre de penser.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)