1er août 2018. Dans les cinq grands championnats européens, le championnat s’apprête à commencer. Aux Pays-Bas, dans dix jours, la saison va commencer. Dans son coin, chacun fait ses pronostics pour la victoire finale en Ligue des Champions. L’auteur de l’article voyais ainsi bien Ronaldo remporter une nouvelle Ligue des Champions, avec la Juventus, qui serait sa quatrième d’affilée. Et puis nous sommes là. Le 6 mai 2019. Dans deux jours, l’Ajax d’Amsterdam va défier Tottenham en match retour des demi-finales de Ligue des Champions après avoir remporté l’aller 1-0. Une sensation que personne n’avait vue venir. Une sensation portée par une génération magique. “Ajax, je t’aime”.

Retrouver l’âme du football

L’Ajax d’Amsterdam 2019, c’est un peu la réincarnation du football que l’on aime. On ne sait pas exactement les ingrédients qu’il faut, mais on en a quand même une vague idée. D’abord, il y a l’âme du football en elle-même. Cloué à la Grande Ourse, crachant sa dernière dent, le football ressuscite. Car l’Ajax d’Amsterdam n’est pas là grâce à des masses financières impressionnantes venues du Moyen-Orient. Il n’est pas là non plus par un simple hasard. Car il a quand même, en quelques matches à peine, sorti le grand Real Madrid, triple tenant du titre. Mais aussi la Juventus de CR7, le quintuple ballon d’or portugais. Et l’Ajax s’était tiré d’une poule contenant quand même le Bayern, qui, même vieillissant, reste le Bayern ; et le Benfica d’Alex Grimaldo et João Félix. Pas n’importe qui, donc, comme références.

Mais l’Ajax n’est pas que le petit Poucet inattendu à ce niveau. Il est aussi le club historique qui est remonté du fond du gouffre dans lequel il avait chuté il y a quelques années. Car Erik ten Hag, qui a repris le club à l’intersaison, n’est pas arrivé n’importe où. Il est arrivé dans un club qui compte bon an mal an trente-trois titres de champion mais surtout quatre Ligues des Champions et onze titres européens au total. Largement plus, donc, que tout le football français réuni par exemple.

La saveur historique des ajacides passe aussi par les grands joueurs que le club a fait éclore. Impossible de parler de l’Ajax d’Amsterdam sans citer Johan Cruijff, meilleur buteur du club. Mais il n’y a pas que lui. Le moins connu Sjaak Swart, Patrick Kluivert ou encore Marco van Basten ne sont que quelques noms dans les dizaines de joueurs de génie passés par l’Ajax.

La jeunesse fringante

Mais l’Ajax n’est pas qu’un grand nom. C’est aussi une histoire vivante, avec une jeune génération pleine de promesses. Il y a bien sûr Frenkie de Jong, dont le talent est connu de toute l’Europe depuis quelques mois mais que les connaisseurs de football ont déjà remarqué il y a deux ou trois ans. Outre Frenkie, il y a Matthis de Ligt. Le plus jeune capitaine de l’histoire des demi-finales de la Ligue des Champions n’a pas encore signé au FC Barcelone, contrairement à son compère, mais il est tout aussi talentueux. Positionné en défense centrale, il guide ses coéquipiers avec une assurance qui n’a que peu d’équivalents en Europe. Si de Jong est venu pour 1€ symbolique du Willem II, de Ligt est réellement l’expression du savoir-faire de l’Ajax au niveau de la formation. Cependant, il n’y a pas que les deux “de”.

Frenkie de Jong (Eurosport)
Frenkie de Jong (Eurosport)

En effet, l’Ajax est doté d’un potentiel offensif plus qu’impressionnant. Le brésilien David Neres, arrivé en 2017, n’en est qu’un simple exemple. Entourés par les vétérans Klaas-Jan Huntelaar (35 ans) et Dusan Tadic (30 ans), Kasper Dolberg ou bien Hakim Ziyech, soutenus par un Donny van de Beek au four et au moulin, laissent parler leurs talents respectifs.

Et le futur s’incarne aussi dans la personne de Ryan Gravenberch. Le milieu offensif néerlandais, seize années seulement au compteur, compte déjà deux matchs en professionnels pour un but. D’autres pourraient également se révéler dans les prochains mois, comme le milieu défensif gaucher Carel Eiting, ou bien le plus offensif Jurgen Ekkelenkamp. Bref, plein de jeunes pousses dans cet effectif amstellodamois, qui sont autant de preuves du dynamisme du football néerlandais. Et qui coïncident étrangement avec le renouveau de la sélection emmenée par Memphis (Olympique lyonnais).

Futur brillant

Toute cette jeune génération offre une manne financière à l’Ajax d’Amsterdam. Alors que le budget du club, en théorie, ne dépasse pas cent millions d’euros par an, les ventes de joueurs majeurs comme de Jong vont permettre de pérenniser encore plus le club doyen de la première division néerlandaise. Surtout, les ventes vont permettre de réinvestir dans l’académie, qui est le seul moyen pour un club néerlandais de très bien figurer au niveau européen. Car aujourd’hui, les droits télévisuels ne sont pas assez importants pour pouvoir prétendre aux mêmes capacités d’attractivité que les clubs de Grande-Bretagne, même ceux au standing moins important.

On peut néanmoins espérer que les joueurs voyant les résultats de l’Ajax cette saison en Ligue des Champions soient plus tentés par un challenge excitant aux Pays-Bas que par une lutte permanente contre la relégation en Premier League ou un rôle de second couteau dans un club moyen du championnat espagnol ou italien.

Et au moment où les discussions sont légion autour d’une possible “Super League” regroupant les meilleurs clubs du football européen, l’Ajax d’Amsterdam prouve que la beauté du football européen et sa nette supériorité en Europe par rapport à son homonyme américain réside dans le suspens et la capacité d’équipes moins bien dotées de réaliser des exploits retentissants. Car c’est un peu ça, l’âme du football : réaliser des performances incroyables, inoubliables. Ce dont on peut être sûr, c’est que cet Ajax 2019, qu’il aille en finale de Ligue des Champions ou pas, restera l’une des plus belles sensations de ces dernières années en Ligue des Champions.

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