Pris en grippe par une grande partie des journalistes et des supporters à chaque période de creux, Memphis a une nouvelle fois été conspué, fin mars, lorsqu’il a décidé d’être bon avec sa sélection. Décidément…

Feu Depay

Car Memphis choisit ses matchs. Et c’est bien connu, pour faire décoller une carrière, il vaut mieux briller face à la Biélorussie de Martynovich que face au Barça de Lionel Messi. Non, cela n’a pas de sens. Si son rendement en sélection (trois buts, trois passes décisives) a bel et bien été trois fois plus important que sa contribution en club depuis le début de l’année civile (un but, une passe décisive), c’est en partie une question de confiance et de renouveau dans un environnement différent. Mais pourquoi est-ce que cela cloche à nouveau dès son retour en Ligue 1 la semaine suivante ? N’y a-t-il pas un autre problème ? De fond, cette fois-ci ? Parce qu’on ne va pas tout cerner en expliquant qu’il choisit ses matchs car c’est une star…

Il faut dire que le traitement médiatique de l’OL est particulier. Quand il faut sauver le soldat Genesio sans trop déplaire les supporters, taxer le bad boy rotterdamois de starlette est un bon compromis. Après tout, Memphis n’est pas un pur Gone, il rappe, assume une forte personnalité, parle de ses ambitions, affiche sa richesse et accuse effectivement une forme d’irrégularité. Les cases sont cochées, bingo.

Autour de Babel

Pourtant, son professionnalisme est salué par tous ses entraîneurs dont Mourinho depuis les légers désagréments à ses débuts au PSV. À l’OL, on ne déplore que ce « malentendu » à la reprise 2018. Été où il rejoint le groupe avec une semaine de retard. En outre, les performances de la récente trêve internationale agissent comme une piqûre de rappel à ses détracteurs. Non, Memphis n’est pas un mauvais joueur, professionnellement comme intrinsèquement.

Décisif sur 100% des buts inscrits par les Pays-Bas en deux matchs (trois offrandes et autant de concrétisations), le Lyonnais signe une performance de haute volée. Le leader d’une sélection oranje qui renaît de ses cendres de manière très convaincante se montre chirurgical dans l’exploitation des décalages. Décalages produits par la philosophie de jeu de Ronald Koeman…

Demeuré inchangé que ce soit face à des Allemands agressifs ou des Biélorusses repliés, le traditionnel jeu au sol néerlandais appliqué avec brio sert les attaquants sans les impliquer à plus de décrochages fatigants et désarçonnants. Ainsi, Memphis jouit d’une plus grande liberté sur le front de l’attaque. Lui qui n’est ni un pur neuf, ni un meneur de jeu, s’en donne à cœur joie pour glisser dans les décalages créés par Babel et Promes. Et ça fonctionne mieux.

Sur le doute de Memphis

Mais dès le retour à la Ligue 1 contre Rennes une semaine plus tard, le Néerlandais livre à nouveau une prestation mitigée. Comme Memphis n’envoie pas son frère jumeau jouer à l’OL à sa place afin de se préserver pour la sélection, une simple question de dynamique ou de confiance ne peut pas suffire à expliquer cet écart. En sélection, son but est d’accélérer pour conclure une action car il est le dernier ou avant-dernier engrenage du système. À Lyon, cette volonté de toujours éliminer entre en contradiction avec la tendance à la temporisation de Nabil Fekir.

Aucun des deux n’est en tort. C’est simplement contre-productif. Et ce d’autant plus lorsqu’ils sont sur la même ligne, c’est-à-dire quand Memphis joue sur l’aile. S’il fut un habituel du poste par le passé, le Néerlandais y reste bridé s’il est dans un rôle de constructeur (à l’OL) et non plus de finisseur (en sélection). Cela explique le choix de Ronald Koeman d’envoyer Memphis en pointe. Ce dernier est bien meilleur une fois libéré de toute responsabilité défensive et constructrice.

Apparaît le problème de l’effectif. Positionner Memphis en pointe implique à Bruno Genesio l’emploi d’un 4-4-2 losange ou d’un 3-5-2, Moussa Dembele ayant gagné sa place d’indéboulonnable. Or, l’OL a davantage un effectif taillé en vue d’un système à ailiers. Nouveau casse-tête, que les performances médiocres de Traoré et Cornet sont censées atténuer. Reste à définir l’animation, compartiment dans lequel l’OL de l’ancien coach de Villefranche est en peine depuis trois ans.

Memphis grisant

Si le jeu en vaut la chandelle, c’est bien parce que Memphis justifie largement sa place. Ne serait-ce que du point de vue statistique… Impliqué dans un but tous les 1.4 matchs (39 buts et 39 passes décisives depuis 2017), il est en effet le joueur le plus décisif en Ligue 1 depuis son arrivée. Il l’est aussi sur l’année 2018, le propulsant au quatrième rang européen des joueurs les plus décisifs, derrière, excusez du peu, Ronaldo et la doublette Messi-Suarez. Une année 2018 durant laquelle l’OL lui est redevable de sa qualification en Ligue des Champions. Memphis réalisant une phase retour en fanfare : 10 réalisations et 6 offrandes lors des 9 dernières journées.

Et alors qu’il est plus en retrait cette saison, le Néerlandais est tout de même le joueur du big five européen qui délivre le plus de passes clefs cette saison.

Memphis Depay est un joueur provoquant mais attachant, et donc clivant, jusque dans son propre camp. Il s’agit néanmoins d’un grand joueur de l’OL et de Ligue 1, avec un potentiel immense qui ne demande qu’à être confirmé par de meilleures dispositions tactiques et plus de régularité de son côté.

 

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"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.