Lorsque vous lirez ces lignes, vous aurez témoigné du vainqueur du derby ô combien décisif de ce week-end. Vous ressentirez alors la gueule de bois ou l’ivresse du réveil post-derby, selon le résultat et votre biais (si vous êtes concernés). Dans le premier cas, d’avance pardonnez-moi, mais je vous ressers un peu d’OL.

Une bonne idée

Quoiqu’il en soit, les dispositions toutes particulières que sont celles d’un derby n’infirmeront ni ne confirmeront ces propos. Des propos tout en nuance concernant cette défense à trois que Genesio semble soudain chérir.  L’idée avait déjà germée en 2016. À l’époque insufflé par les blessures et les tentatives de repositionnement de Nabil Fekir, ce système n’a pas donné longtemps satisfaction au technicien lyonnais qui avait vite eu recours au 4-2-3-1. C’est donc en surprenant tout son monde que Genesio aligne à nouveau un 3-5-2 lors de la réception d’Hoffenheim. Ce choix se justifie sans doute par les enseignements du match aller, « durant lequel on a été en difficulté sur les côtés » indique Bruno Genesio.

Si le contenu du match est très satisfaisant en première mi-temps, il est très frustrant en bout de course avec l’égalisation de Kaderabek en toute fin de match. Le faute au 3-5-2 ? Pas vraiment. Alors que l’OL était en supériorité numérique et avait cinq défenseurs sur le terrain, concéder deux buts dans ces conditions relève de la faute professionnelle. Cependant, en y regardant de plus près, l’égalisation provient d’un compartiment de jeu indépendant de la formation des joueurs et dans lequel les Lyonnais sont particulièrement peu efficaces que ce soit défensivement et offensivement : un coup de pied arrêté. La suffisance générale et l’absence de marquage de Traoré, qui venait de rentrer, coûtent cher mais ne remettent pas en cause le système en lui-même. Pour cause, il y avait eu de l’amélioration dans le jeu. Et, après un insipide Lyon-Nîmes et un inqualifiable Paris-Lyon, c’était là le plus important.

À toutes les sauces

Reconduit dans la foulée à Guingamp puis face à Saint-Étienne, le 3-5-2 reste imparfait mais l’amélioration – du moins par moment – est unanimement reconnue. Depuis, Genesio n’a plus aligné une seule composition sans ce système. Le 3-5-2 (tantôt 3-4-3) était en effet particulièrement adapté aux philosophies de possession plutôt offensives des équipes du groupe de Ligue des Champions. Faut-il pour autant le reconduire contre toutes les équipes de Ligue 1 ? C’est plus discutable. Un 3-5-2 pour combler une difficulté dans la largeur est pertinent face à un autre système à trois centraux (Hoffenheim joue traditionnellement dans cette disposition), mais déjà un peu moins face à une formation qui alignerait un ailier en plus du latéral, ce qui créerait une supériorité numérique dans le couloir et de fait une plus grande instabilité défensive si elle n’est pas compensée.

Cela n’a pas posé trop de problèmes face au Shakhtar et à Manchester City, car ceux-ci jouaient plus haut et les transitions sont les points forts d’un 3-5-2. Là, l’OL aimait être une équipe de contre. Denayer et Marçal, tout deux très au fait du poste de latéral, savaient bien couvrir les montées de Rafael et Mendy. En revanche, cela devient problématique face à des équipes moins ambitieuses dans le jeu telles que Strasbourg, Montpellier ou Reims. Plus regroupées autour de leur surface, ces équipes ont tendance à laisser à l’OL l’honneur de faire le jeu. Et ce n’est pas une critique, au contraire, elles auraient tort de s’en priver. Or, le 3-5-2 réduit, par essence, le nombre de solutions offensives lors des attaques placées. En effet, un joueur qui pourrait remplir une tâche en attaque ou au milieu est cantonné en défense.

Les attaquants remis en cause

Avoir le ballon et devoir faire le jeu ont été des problèmes récurrents pour l’OL de l’ère Genesio. Ce qui explique les bien meilleurs résultats face à des « grosses » équipes (comprenez, qui font le jeu) que face aux « petites » (qui laissent le ballon). Dans ce genre de match, les attaquants sont alors pointés du doigt. S’il est vrai que Fekir, Memphis et Traoré présentent de moins bonnes statistiques qu’un an auparavant, on peut voir que leurs contributions aux buts sont sensiblement au niveau de leurs « expected contributions ». Ce n’est donc pas un problème de sous-performance dans la finition, c’est un problème de manque de situations offensives.

D’ailleurs, les statistiques globales le montrent bien. Au même moment de la saison dernière, l’OL tournait à 1.8 but par match. L’OL depuis le passage en 3-5-2 a exactement le même rendement. Le système n’a donc pas amélioré (ni détérioré) la production offensive. Le manque d’efficacité face aux blocs bas est identique. Les exploits individuels sont toujours le plus grand apport offensif, au détriment des dédoublements et autres mouvements collectifs. Et même si le ratio semble s’équilibrer, les belles actions collectives à l’image du but de Terrier à Amiens ou de Fekir face à Monaco restent trop rares.

La carte de la sûreté ?

Avec trois défenseurs centraux, on pourrait être en droit d’attendre un petit peu plus de solidité défensive. Il n’en est rien. Toujours au même moment de la saison dernière, l’OL encaissait 1.1 but par match. Avec le passage au 3-5-2, c’est 1.3 but concédé par match. Pourtant, il y a eu l’excellente découverte de Marçal au poste de défenseur central excentré. Et pourtant, Anthony Lopes réalise, une fois n’est pas coutume, une saison remarquable. Le portier portugais a même reçu le « Gone d’Or » du Café du Commerce, récompensant le meilleur joueur lyonnais sur l’année civile.

C’est l’ensemble qui est défaillant. Le double-pivot constitué par Houssem Aouar et Tanguy Ndombélé commet quelques errements défensifs. Ce dernier avait d’ailleurs avoué sa plus faible motivation dans les phases défensives face aux « petits », combinée à son incompréhension concernant la moins bonne construction et donc conservation du ballon lors de ces matchs. De plus, les centraux se retrouvent tout autant débordés à trois qu’à deux. La faute parfois à Marcelo, qui n’est pas le plus rapide des défenseurs, parfois à Marçal, qui n’est pas un naturel du poste. Il manquerait alors un milieu défensif pour mieux compenser les espaces libérés par les uns et des autres. Mais cela signifierait encore moins de solution offensives, et puis, qui enlever du onze ?

Quelles perspectives ?

Le 3-5-2 n’est donc pas la bonne carte à jouer à moyen terme. D’abord parce que la profondeur de banc ne le permet pas. Cinq têtes pour trois postes, c’est insuffisant. D’autant que les performances de Morel et de Marcelo sont souvent discutables, que Oumar Solet est encore un rookie, et de plus, qui dit Marçal défenseur central dit manque de doublure à Ferland Mendy. Ce système est une bonne solution dans les matchs durant lesquels l’OL pourra laisser le ballon. On pense à Barcelone, à Paris et quelques autres exceptions.

En revanche, contre la majorité des autres équipes de Ligue 1, la solution semble être ailleurs. Bruno Genesio pourrait regarder dans le rétroviseur et tenter de reproduire – dans une moindre mesure – le 4-3-3 du grand Lyon. Par ailleurs, le 4-4-2 losange de la fin de saison dernière peut aussi être une solution. Il avait fait rayonner Memphis et avait permis à l’OL d’arracher sa qualification à la Ligue des Champions. Plus de solutions dans les phases d’attaques placées et plus de densité au milieu, voilà qui devrait aider les Lyonnais à obtenir une plus grande part de possession de balle, le tout d’une manière moins stérile.

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"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.