Le football offensif brésilien est fait de joueurs très techniques. Neymar, aujourd’hui, bien évidemment, capable de n’importe quel geste. Garrincha, hier, et ses dribbles chaloupés. Pelé, l’attaquant complet par excellence. Ronaldo, dont le ballon ne quittait jamais le pied. Et puis… Et puis Vavá, pas très technique, pas spécialement bon dribbleur, qui détonne dans tout ce festival de grands noms. Mais pourtant, Vavá est en partie responsable de l’épanouissement en sélection brésilienne de Pelé et Garrincha.

Sans fioritures

Vavá a le début de carrière typique du joueur brésilien. Né à Recife le 12 novembre 1934, il commence le football dans les rues de la ville du nord du pays. Lentement, Edvaldo Izídio Neto de son vrai nom fait ses classes avec le ballon. En 1949, à l’âge de quinze ans, il signe avec le club de la ville, le Sport Club do Recife. Pour sa première saison avec le Sport, il remporte le titre de champion du Pernambouc. Mais, comme beaucoup de joueurs du nord du Brésil, il saisit la première opportunité pour partir vers le sud. En 1951, alors qu’il vient de fêter ses dix-sept ans, il s’engage pour Vasco da Gama. Sous le maillot du club carioca, il va se révéler.

Il enrichit son palmarès de trois championnats de Rio, et d’un tournoi Rio-São Paulo. Mais surtout, il devient international brésilien en 1955. Une sélection en équipe du Brésil qui lui donne de l’exposition, et, à une époque où le championnat brésilien est vraiment compétitif, attire les regards des clubs européens ambitieux. Des contacts avec des écuries italiennes sont noués à l’été 1957, mais Vavá sait que pour avoir une chance de jouer la Coupe du Monde 1958 en Suède, il doit rester au Brésil. Alors il reste une saison supplémentaire au pays.

Ancien milieu de terrain reconverti attaquant, Vavá brille par sa puissance physique, son sens du placement et sa soif de buts. Extrêmement fair-play sur le terrain, il est néanmoins un battant, et est un véritable poison pour les défenseurs. En effet, il n’hésite pas à monter au pressing pour venir gêner la relance. A une époque où les milieux de terrains sont rarement plus de deux, il n’hésite pas non plus à décrocher pour venir prêter main forte à ses coéquipiers.

Un mondial 1958 qui le révèle

Le mondial 1958 sera le véritable tournant de sa carrière. Alors qu’il ne fréquente plus la sélection brésilienne jusqu’au mois de mai 1958, il est rappelé par Vicente Feola. Son pari de ne pas partir en Europe est payant. Buteur pour sa deuxième sélection, il gagne à quelques semaines du mondial sa place dans le groupe qui part en Suède. S’il n’est cependant pas titulaire lors du premier match de poule, il va s’illustrer lors de la troisième rencontre du Brésil, contre l’Union Soviétique, où il marque les deux buts de la victoire brésilienne 2-0. Pas suffisant pour être titulaire en quart-de-finale contre le Pays-de-Galle. Mais, sentant un besoin de puissance physique face à une équipe de France joueuse, Feola décide de lui faire confiance pour la demi-finale contre la France.

Un choix qui s’avère payant, puisque Vavá ouvre la marque après quelques minutes de jeu seulement. Et surtout, Vavá est responsable, bien involontairement, de la blessure de Robert Jonquet. Une blessure qui ouvre la voie royale au jeune Pelé, qui marque son premier triplé en Coupe du Monde. Vavá est logiquement reconduit pour la finale, et inscrit un doublé, son premier en sélection. En s’imposant 5-2 contre le pays-hôte, le Brésil devient le premier (et seul) pays non-européen à avoir remporté une Coupe du Monde en Europe. Si les joueurs rentrent au Brésil quelques jours seulement après leur titre, Vavá ne va pas mettre longtemps à revenir en Europe. En effet, quelques jours plus tard, il s’engage avec l’Atlético Madrid dans le championnat espagnol. Pendant trois saisons, le buteur brésilien est le leader offensif de l’équipe, et remporte deux Coupe du Roi.

Partir pour mieux revenir

Mais ces deux années en Espagne l’éloignent de la sélection pendant trois ans. Il n’est que rarement appelé, et se concentre majoritairement sur sa carrière en club. Cependant, en 1961, prévoyant le mondial, il rentre au Brésil et signe à Palmeiras. Bien lui en prendra. Il est de nouveau appelé pour un mondial, celui de 1962. Auteur de quatre buts dans la compétition, dont un en finale, il remporte le soulier d’or, aux côtés de Garrincha et Leonel Sanchez. Surtout, il devient le premier joueur de l’histoire à marquer dans deux finales de Coupe du Monde. Quelques années après, Pelé le rejoindra. Dans ce cercle très fermé, on compte désormais Paul Breitner et Zinédine Zidane. Après cette deuxième Coupe du Monde, Vavá reste un an au Brésil avant de repartir à l’aventure au Mexique, avec le Club América puis le Toros de Neza.

Il met un terme à sa carrière internationale en 1964, avec vingt buts en quinze sélections. Il terminera tranquillement sa carrière en 1968 aux Toros de San Diego puis en 1969 avec le Portuguesa. Peu de temps après, il devient entraîneur, à Cordoue à deux reprises, puis à Grenade, avant de faire une pige à l’Al-Rayyan SC du Qatar. Sa carrière d’entraîneur ne connaît pas les mêmes succès que celle de joueur. Posant à plusieurs reprises sa candidature à la tête de Vasco da Gama, il est à chaque fois refoulé par la direction du Vascão. Son palmarès de coach reste d’ailleurs complètement vierge, bien loin des dix titres collectifs de sa carrière de joueur et de son soulier d’or de 1962.

Vavá disparaît le 19 janvier 2002, à l’âge de soixante-sept ans, des suites d’une insuffisance cardiaque. Il laissera derrière lui l’image d’un joueur souvent dans l’ombre mais pourtant absolument essentiel à ce Brésil qui a imposé sa patte sur le monde du football.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)