Si le Chili s’est imposé récemment lors de deux Copa América, ce n’est pourtant pas toujours le succès qui a été le lot de la Roja. Et pourtant, de très grands joueurs ont portés le maillot de ce pays tout en long. De très grands joueurs, dont Leonel Sánchez. Ce dernier est aujourd’hui unanimement considéré comme un des plus grands qu’ait porté ce pays. Retour, donc, sur la carrière de Leonel Sánchez, où sang et amour se mêlent.

Avec un seul « U »

Le Chili est fait de clubs rivaux. Parmi les clubs principaux, il y a Colo Colo, du nom d’un grand chef indien qui s’est battu pour l’indépendance de son peuple. Et il y a son rival éternel, la « U ». Il y a des « U » un peu partout en Amérique du Sud, puisque « U » signifie « Université ». Il y en a notamment au Pérou du grand Téo Cubillas. Mais la plus grande de toutes ces « U » se trouve au Chili. La Universitad de Chile, avant d’accueillir un club de foot, est la plus ancienne université du pays. Elle a notamment fait docteur des personnalités comme Lionel Jospin ou Lech Wałęsa. Le club a été fondé en 1927, et a vu passer de très grands joueurs, comme récemment Aranguiz, Herrera ou  Vargas. Mais un joueur, plus que les autres, est symbole de géant du football chilien. Ce joueur, c’est Leonel Sánchez.

L’histoire de Leonel Sánchez commence en 1936, le 25 avril précisément. Un soir de pluie, sa mère donne naissance à un de ses nombreux enfants. D’une famille pauvre, un père souvent absent, il ne garde cependant que le souvenir d’un grand bonheur. Enfance heureuse, donc, où il apprend à jouer au football avec ses frères et ses copains. Devant sa maison, alors en pleine seconde guerre mondiale, il taquine le cuir et se prend d’admiration pour les exploits de Sergio Livingstone avec l’équipe du Chili. Mais si le petit Leonel Sánchez manifeste des aptitudes avec le cuir, c’est plus au poste d’attaquant qu’il excelle. Adroit et vivace, du haut de son mètre soixante-quatorze, il ne fait pas pâle figure dans le football de rue.

Leonel Sánchez, Rouge Sang

Et Leo Sánchez est assez vite repéré par les recruteurs de la « U ». Il fait toutes ses classes avec le maillot prestigieux. Dribbleur, rentrant fortement sur son pied droit, il fait des merveilles au poste d’ailier gauche. Il fait d’ailleurs partie des premiers ailiers en faux pied utilisant vraiment cette caractéristique. Et en 1953, sa chance va arriver. Dans l’immuable dispositif de la « U », un élément clé se blesse, l’ailier gauche. N’ayant pas de remplaçant sous la main, l’entraîneur de l’époque va faire appel à un jeune venue de la cantera. Vous l’avez deviné, ce jeune, c’est Leonel Sánchez. Et les supporters ne vont pas regretter d’avoir fait confiance à un jeune inconnu. Dès ses premiers matchs, il terrorise les défenses adverses, avec son style de jeu si particulier. Ses deux premières saisons sont pourtant vierges de tout palmarès, et même de toutes performances particulières.

Mais un talent ne reste jamais ignoré. C’est pourquoi la sélection chilienne le repère. En 1955, il honore la première de ses nombreuses sélections. Il ne le sait pas encore, mais il deviendra recordman du nombre de sélection, conservant son titre jusqu’à être dépassé par Claudio Bravo en 2014. Il en comptera 84, de 1955 à 1968, et marquera à 24 reprises. Et parmi ces buts, il y en a 4 lors du mondial 62, dont il termine meilleur buteur ex-aequo avec cinq autres attaquants, dont Mané Garrincha. Lors de ce mondial, le Chili réalise l’une des meilleures performances de son histoire, avec une troisième place acquise contre tous les pronostics. A domicile, au côté d’Eladio Rojas, ils se font remarquer. Si bien que de nombreuses offres venues d’Europe arrivent sur son bureau, dont une notamment du Milan AC.

Leonel Sánchez, Ballet Bleu

Mais Leonel Sánchez est un joueur fidèle. Il reste fidèle à la « U », et le restera jusqu’en 1969 et son transfert à Colo-Colo pour raisons économiques. Sous le maillot bleu, il impressionne les supporters, et devient leur chouchou. Il remporte six championnats nationaux, de 1959 à 1969. Ailier travailleur, inventif, créatif, et innovant, il forme une attaque puissante aux côtés de ses coéquipiers. A tel point qu’aujourd’hui encore, quelques chiliens nostalgiques se souviennent d’avoir vu un jour le « ballet bleu », surnom donné à cette équipe de la « U » qui fut l’une des plus belles de l’histoire du football. Des joueurs cordonnés, prêts à mourir les uns pour les autres, prêts à dribbler, prêts à frapper, prêts à gagner. A quatre-cent onze reprises, il portera le maillot de la « U », marquant à cent-soixante-six reprises. L’un des meilleurs ailiers que le football aie connu.

Et si sa fin de carrière fut un peu plus houleuse, avec des passages à Colo-Colo, donc, mais aussi au Palestino et au Ferroviaros, il reste attaché à son seul amour. Son seul amour, qui brille en « U ». D’ailleurs, en 1972, à l’arrêt de sa carrière, il reste proche de son unique amour. Il entraînera le club bleu de 1985 à 1987, formant quelques générations de très bon joueur de foot. Aujourd’hui encore, âgé de 81 ans, il reste une idole pour nombre de supporters de la « U », nostalgique de ces années folles où le club était redouté. Le quarantième meilleur joueur sud-américain aura vu de son vivant son rêve : voire la « U » remporter un titre continental, en 2011, avec la Copa Sudamericana.

« Je n’ose pas encore tutoyer Leonel Sánchez: Ce fut mon père, celui qui m’a appris le plus dans le football », disait de lui l’emblématique Carlos Reneiso. De quoi mesurer le talent de ce joueur discret. Un grand monsieur du football, mais trop méconnu.

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