Pour ce dixième épisode de Premier match, nous restons en Grande-Bretagne. De Glasgow, nous allons prendre la direction de Londres et d’Arsenal. Thierry Henry sera le sujet de ce nouvel épisode, mais nous allons tricher un peu. En effet, nous n’allons pas parler de la première d’Henry en 1999, mais de celle qui aura lieu treize ans plus tard. Direction 2012, l’Emirates Stadium et la FA Cup contre Leeds. Cet épisode marque aussi le premier opus d’une trilogie consacré à Thierry Henry.

Jeunesse et début

Né en août 1977 aux Ulis, Henry commence le foot à six ans au club local du CO Les Ulis. Aux Ulis, il y restera jusqu’à ses douze ans avant de partir à l’US Palaiseau à seulement une dizaine de kilomètre au nord. Nous sommes en 1989 et Henry réussi son test pour intégrer l’INF Clairefontaine, il y retrouvera Gallas et Rothen. Après des expériences à Viry-Châtillon et Versailles, en parallèle de sa formation à Clairfontaine, il s’engage avec Monaco.

La saison de ses dix-huit ans sera de bonne facture pour son rôle et son âge. En effet, le joueur rentre souvent en cours de match et n’est que très peu titulaire. L’attaquant ne sera que cinq fois titulaire sur la saison et rentrera seize fois en jeu. C’est suffisant pour marquer trois buts et délivrer six passes décisives le tout en 745 minutes de jeu. Soit un joli ratio d’un geste décisif toutes les 82 minutes.

Place à la révélation

Les deux saisons suivantes, Henry s’impose comme titulaire sur l’aile gauche, tandis que son pote, David Trezeguet occupe l’axe. À ce poste, il marque 21 buts et délivre 24 offrandes en 92 matches. Il devient champion de France en 1997 avec les Rouges & Blancs, remportant ainsi son premier titre majeur. Mais c’est la saison 1997-1998 qui le verra exploser aux yeux du monde. Il marquera sept buts en neuf matches de C1, emmenant l’ASM jusqu’en demi-finale.

Ses performances lui permettent de connaître sa première sélection avec l’équipe de France en 1998 contre l’Afrique du Sud. Finalement, il sera retenu dans le groupe des vingt-deux et sera Champion du Monde en 1998. Après sa bonne Coupe du Monde, Henry est courtisé par les plus grands clubs. Si Monaco arrive à repousser les prétendant lors de la période estivale, le club ne peut rien faire en hiver. Ainsi, Henry s’engage avec le Juventus de Turin contre une somme de douze millions d’euros versé au club du rocher.

Départ pour l’Italie

Cependant, tout ne se passe pas comme prévu en Serie A. Tout d’abord, la Vieille Dame est mal en championnat. Le 7 février, le club prend acte de la démission de Lippi et nomme Ancelotti en replacement. Henry, qui avait signé le 18 janvier, voit l’entraîneur qui voulait l’utiliser en pointe partir. La défaite quatre buts à deux à domicile contre le Parme de Lilian Thuram, fut celle de trop. C’est donc Ancelotti qui prend les rênes de l’équipe première, pour des résultats sensiblement meilleurs. Mais le nouvel entraîneur le fait jouer ailier gauche. Un poste qui ne lui convient pas trop. En plus, le calcio est un championnat qui ne colle pas avec ses qualités.

Ces critères, combinés aux consignes défensives demandées par Ancelotti, font que le joueur de vingt-et-un ans ne s’éclate pas. Il n’inscrira que trois buts en vingt matchs. Pas assez pour un club de ce standing. Même s’il est apprécié par le vestiaire et son entraîneur, les dirigeants des Bianconeri songent à se séparer de lui. En effet, Luciano Moggi, le directeur sportif de l’époque, voulait recruter Marcio Amoroso, alors avant-centre à l’Udinese. Lors des tractations, il fut envisagé de vendre ou prêter le jeune attaquant en échange. Henry n’accepte pas le deal et demande son transfert définitif ailleurs. Une aubaine pour Arsène Wenger qui vient de se séparer de Nicolas Anelka.

Les prés anglais

C’est donc contre seize millions d’euros qu’Arsène Wenger récupère la future légende d’Arsenal. Henry espère montrer ses qualités et se refaire en vue de l’Euro 2000. L’entraîneur des Gunners le fait jouer en pointe, poste auquel ce dernier pense qu’il est le meilleur. Malheureusement, en concurrence avec Bergkamp, Suker et Kanu, le joueur en fait trop. Voulant montrer ses qualités, il part souvent de trop loin et essaye de dribbler à tout-va. Il lui faudra attendre huit matches pour inscrire son premier but avec Arsenal le 18 septembre 1999. Un but qui donnera la victoire au Gunners sur le terrain de Southampton. Mais la machine fut véritablement lancer lors de la victoire deux buts à un à Highbury contre Derby County. Nous sommes le 28 novembre 1999 Henry inscrit un doublé et démarre sa légende.

This is King Henry !

La carrière londonienne est trop riche pour être détaillée rapidement. Nous nous contenterons donc d’énumérer ses titres avec Arsenal. Entre autres, il remporte le championnat d’Angleterre par deux fois en 2002 et 2004. Il fait aussi partie de l’équipe des « Invincibles » de 2004. En outre, il s’adjuge deux Coupes d’Angleterre en 2002 et 2003. Finaliste de la C3 en 2000 contre le Galatasaray et de la C1 en 2006 contre Barcelone, il est aussi meilleur buteur du championnat en 2002, 2004, 2005 et 2006. Cela lui permet de soulever le soulier d’or en 2004 et 2005. En plus, il termine meilleur passeur de Premier League en 2003. Il sera élu à deux reprises joueur de l’année en Angleterre, en 2004 et 2006.

Bref, le joueur est énorme et rentrera dans l’histoire d’Arsenal un peu plus lors 2005-2006. En effet, le nouveau capitaine des Gunners, suite au départ de Vieira, devient le meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal. Henry dépasse ainsi Ian Wright et ses 185 buts, devenant de plus en plus la Légende du club. Lors de la même saison, il marque son centième but à Highbury lors d’une victoire contre Blackburn (3-0). De plus, il devient le premier joueur à marquer dans le nouveau stade d’Arsenal, l’Emirates Stadium. Mais la consécration avec Arsenal viendra en 2008, le « numéro 14 » est élu, par les supporteurs, meilleur joueur de l’histoire d’Arsenal. De plus, une statue en bronze le représentant est installée devant l’Emirates Stadium en 2011.

Départ pour Barcelone

Le Barça, amoureux du joueur, lui fait les yeux doux depuis déjà deux ans, mais voit ses sollicitations repoussées. Mais, après huit saisons, 451 matches, 262 buts et 108 passes décisives, Henry et Arsenal cèdent en juillet 2007. Le joueur de vingt-neuf ans signe chez les Blaugranas contre un chèque de vingt-quatre millions d’euros lâché à Arsenal.

En Catalogne, le joueur restera trois saisons, le temps de remporter sa première Ligue des Champions en 2009. Lors de cette année 2009, il remporte un fabuleux sextuplé historique. En une année civile, il glane le championnat, la Coupe d’Espagne, les supercoupes d’Europe et d’Espagne, le mondial des clubs et la C1. Lors de sa dernière année, il remporte aussi le championnat d’Espagne en 2010.

Finalement, Henry décide de partir et de tenter l’aventure aux USA. Le joueur a toujours été attiré par New-York, y passant régulièrement ses vacances. C’est donc en 2010 et après 152 matchs, 62 buts et 32 offrandes qu’Henry vit son rêve new-yorkais.

Welcome to the Big Apple

Henry signe donc quatre ans pour les Red Bulls de New-York en juillet 2010. Il débarque ainsi en milieu de saison. En effet la saison régulière de MLS se déroule de mars à octobre. Entre juillet 2010 et novembre 2011, l’ancien canonnier dispute 41 matches, inscrit 17 buts et délivre 5 passes décisives. Alors que son club est éliminé en quart de finale des playoff en novembre 2011, le joueur décide de retourner s’entraîner en Europe.

Cet entraînement qu’il effectuera avec Arsenal lors de l’hiver 2011-2012 donne des idées à Arsène Wenger. L’entraîneur, impressionné par la forme de son poulain souhaite convaincre Henry de s’engager un mois avec les Gunners. Il faut dire que le club sera privé de deux de ses meilleurs éléments offensifs pendant un mois. En effet, les attaquants Gervinho et Chamakh partiront courant janvier pour disputer la CAN. Cependant, il faut trouver un accord avec le Red Bulls de New-York pour obtenir le prêt.

King Henry is Back !

Finalement, cet accord arrive le 6 janvier 2012 et Henry est prêté deux mois. Il aura l’occasion de faire son retour dans son jardin trois jours plus tard face à Leeds. C’est donc en Coupe d’Angleterre contre Leeds, lors du troisième tour que le King fait son retour. Seul bémol, le 14 est déjà pris par Walcott, Henry hérite donc du numéro 12. Le joueur est remplaçant pour ce match, mais cela n’empêche pas le stade de s’enflammer à chaque apparition de la légende via l’écran du stade.

On joue la soixante-huitième minute dans ce match fermé, Henry se prépare à rentrer. Le panneau s’allume le numéro 29 apparaît en rouge sur la gauche. À droite, écrit en vert, le chiffre 12 apparaît, Henry remplace Chamakh. Des pancartes souhaitant un bon retour à Henry font leurs apparitions. La pression monte, Henry fait une accolade à Chamakh et rentre sur le terrain. Comme le Nord, l’Emirates n’oublie pas, il n’oublie pas son roi, sa légende, Henry a le droit à une ovation, frisson… Henry rentre en jeu et récupère son trône cinq ans après son départ, la foule est électrisée et donne de la voix.

Retrouver ses marques

Entrée à la soixante-huitième, il ne faudra que dix minutes au Français pour se distinguer. Miguel effectue une touche sur la gauche en direction d’Henry à environ 20 mètres du but. Le numéro 12 remet tout de suite à Miguel qui transmet ensuite à Arshavin. Sans solution pour avancer, le Russe passe le ballon à Song qui se trouve à trente mètres. Ce dernier avance un peu pour trouver une solution. Dans le même temps, Henry, qui s’est fait oublier à gauche, lance sa course aux abords de la surface. Song, qui est désormais dans l’axe à 25 mètres, le voit. Le camerounais effectue une passe du plat du pied droit à ras de terre. Cette passe transperce à la fois le milieu, qui était très bas et la défense.

Le reste ? Ça appartient à l’histoire. Henry contrôle du pied droit dans la course et fait un petit pas pour se mettre face au but. Titi enchaîne avec une frappe enroulée ras de terre dont il a tant le secret. Petit filet, le stade explose, Henry en fait de même et les bras écartés qu’il va se jeter dans les bras de Wenger. Henry est heureux et il frappe frénétiquement l’écusson d’Arsenal sur son maillot, comme pour montrer son attachement à ce maillot qui lui a tant donné. Le score ne bougera pas et Arsenal se qualifie pour le tour suivant (1-0).

La suite

Après ce match, Henry disputera encore six bouts de matches. Il fera une minute lors du tour suivant de la FA Cup lors de la victoire contre Aston Villa (3-2). Puis il entrera en jeu quatre fois en Premier League et marquera deux fois. La première fois contre Blackburn (90e) pour porter le score à sept buts à un. Puis la semaine d’après sur le terrain de Sunderland, il rentre (66e) et inscrit le but vainqueur dans le temps additionnel (91e). Son dernier match avec les Gunners sera lors du huitième de finale aller contre la Milan AC. Le français rentre en jeu (46e), mais ne peut éviter une sèche défaite 4-0. Henry repart de Londres en ayant marqué trois buts en 161 minutes, soit un but toutes les 54 minutes. Ces trois buts portent désormais son record à 265 buts en 458 matches.

Retour à New-York

Ce bref retour en Europe lui a fait du bien et il entame la nouvelle saison de MLS pied au plancher. En effet, en l’espace de huit journées, il score neuf fois et délivre cinq passes décisives. Cependant, son élan sera coupé lors de la huitième journée avec une blessure à la cuisse. Cette lésion à la cuisse l’éloigne des terrains pendant un mois et met un coup d’arrêt à sa dynamique. Il terminera quand même l’année avec quinze buts et douze offrandes, statistique qui reste sa meilleure saison outre atlantique.

L’année 2013 sera celle qui le verra remporter son premier trophée avec New-York. Il remporte le MLS Supporters’ Shield, trophée qui sacre l’équipe terminant première à l’issue de la saison régulière. Pour sa dernière saison en 2014, Henry se mue plus en passeur qu’en buteur. Il marque quand même sa dizaine de buts annuel, mais surpasse ce nombre en distillant dix sept passes décisives.

Finalement, à l’âge de trente-sept ans et après quatre ans et demi en Amérique, Henry décide de dire stop. Il arrête l’aventure après 135 matches, 52 buts et 49 passes décisives. En tout, dans sa carrière, Thierry Henry aura disputé 917 matches, inscrit 411 buts et délivré 235 passes décisives.

L’après-carrière

Henry se recycle d’abord en tant que consultant auprès de la chaîne SkySport. Puis il devient en 2016 l’entraîneur adjoint de la sélection belge avec qui il termine troisième de la Coupe du Monde 2018. Depuis le 13 octobre 2018, Thierry Henry est revenu dans sa première maison en tant qu’entraîneur de l’AS Monaco. Il a la lourde tâche de remplacer Leonardo Jardim et maintenir le club en Ligue 1. Tâche qu’il ne pourra accomplir. En effet, le 24 janvier 2019, l’ASM décide de rappeler Jardim pour le remplacer.

Le Henry footballeur restera dans les mémoires comme l’un des meilleurs attaquant mondiaux. Très rapide, il n’hésitait pas à prendre la profondeur, pour ensuite effectuer sa spéciale, un enroulé pied droit. Même s’il était buteur, il était aussi un excellent passeur, n’hésitant pas à décrocher pour faire le jeu et ainsi faire briller ses coéquipiers.

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Comme Ole Gunnar Solskjær en 1999, je suis le joker de luxe de DV. Heureux propriétaire du suffixe -Owski. "Qu’importe : on pourra même me traiter de fou, il n’y a que ces couleurs Parisiennes qui illuminent mon cœur. Et à chaque blessure, il saigne ce cœur-là. Mais il s’enflamme encore." Francis Borelli